Volvo S60 T8 Polestar Engineered, la Grande Ourse

La dernière génération de la berline star de Volvo, la S60, est passée entre les mains musculeuses du département sport de la marque suédoise. Avec son moteur hybride et ses 405 ch combinés, la S60 T8 Polestar Engineered est tout simplement la berline la plus puissante jamais produite par la firme nordique. Tour de chauffe.

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Avec la précédente génération de la S60 Polestar, Volvo a déjà prouvé que l’on pouvait être une berline à la fois sûre et bouillonnante, précautionneuse et effrénée. Les conducteurs n’ont plus besoin de choisir entre la sécurité, fer de lance des stratégies commerciale et industrielle de la firme suédoise, et la sportivité. On peut être à l’origine de la ceinture de sécurité et de l’airbag tout en proposant des véhicules bodybuildés. Dans sa quête de reconnaissance sur le segment premium, Volvo ne pouvait de toute façon pas faire l’impasse sur le sport. AMG chez Mercedes et M chez BMW, par exemple, font énormément pour l’image de leur maison mère. Ce n’est donc pas un hasard si, en 2015, le Suédois a racheté Polestar, préparateur auparavant indépendant. Les résultats sont là : les ventes ont progressé de 12 % sur les huit premiers mois de l’année 2019 et les résultats battent des records à chaque présentation depuis cinq ans. Une bonne santé qui doit beaucoup au choix de Volvo d’électrifier massivement ses moteurs : d’ici à la fin de l’année, plus aucun modèle ne sera 100 % thermique. La S60 T8 Polestar Engineered n’échappe pas à cette règle.

La belle…

Connaissant l’histoire glorieuse de Polestar, dont le département dédié au racing s’appelle désormais Polestar Cyan Racing, on ne sera pas surpris de découvrir que les ingénieurs ne se sont pas contentés d’ajouter un badge bleu sur la version grand public de la S60 (en attendant le break V60). Les modifications et améliorations sont nombreuses. Esthétiquement, cette version musclée se reconnaît à sa calandre noire charismatique, ses sorties d’échappement assombries, son châssis rabaissé de 15 millimètres et à ses jantes 20 pouces. À l’intérieur, l’habitacle jouit d’une finition spécifique à l’image des ceintures de sécurité arrière assorties (dorées) aux étriers de frein. On retrouve l’arsenal technologique et sécuritaire qui fait la force des propositions scandinaves. L’écran central, divisé en plusieurs parties, permet d’accéder rapidement et intuitivement aux principales fonctionnalités et commandes. Plus de vingt aides à la conduite, comme la lecture des panneaux, l’alerte de franchissement des lignes, la protection anti-sortie de route et la détection des piétons et animaux sont au programme. La conduite semi-autonome jusqu’à 130 km/h impressionne aussi. Face à une telle débauche de soins, on aurait pu penser que la S60 magnifiée par Polestar perde de son caractère sportif. Il n’en est rien.

…et la bête

Le vrai juge de paix est en effet le comportement une fois le moteur allumé. Même si l’on doit se contenter d’un 4-cylindres, les premiers tours sont prometteurs. Le 0 à 100 km/h est avalé en moins de 5 secondes (4,7 s). Ça pousse fort, très fort. Pour arriver à la puissance de 405 ch, les ingénieurs ont amélioré le bloc 2 l d’origine pour le pousser dans ses retranchements (318 ch). Un moteur électrique de 87 ch placé aux roues arrière vient supporter l’ensemble. Cette S60 bénéficie ainsi d’une transmission intégrale. Entre les deux essieux, on retrouve la batterie LG de 11,6 kWh, que l’on peut recharger sur secteur en trois heures. L’autonomie en mode 100 % électrique est de 40 km : une prédisposition unique sur ce segment. La remarquable boîte automatique Aisin à huit rapports fait le reste. Polestar ajoute à la nouvelle plateforme CMA de Volvo des freins Brembo moulés d’une seule pièce, des disques ventilés ainsi que des amortisseurs Öhlins à double flux. Après quelques kilomètres, la bête est domptée. On s’aperçoit alors que les deux mondes, celui de la sécurité et celui de la sportivité, ne sont pas nécessairement opposés. L’extraordinaire solidité du châssis vient renforcer un caractère bouillonnant et non l’annihiler. La sûreté du comportement permet à l’ensemble d’être encore plus agressif dans les courbes ou sur les revêtements délicats. Quelques bémols viennent toutefois ternir cette belle idylle. La direction demeure perfectible : les retours ne sont pas assez directs et ne rendent pas hommage à un train avant irréprochable. En outre, la suspension, taillée pour la course, se révèle assez rapidement rude en ville. Des défauts compensés par l’omniprésente puissance, même à bas régime, et par une adhérence impossible à prendre en défaut. Côté consommation, les gains sont frappants : sur un parcours qui demandait énormément de relances, la S60 s’est contentée de 9 l/100 km, là où une berline thermique aurait dépassé les 15 l. De fait, le mariage entre raison et passion transpire l’évidence, tant et si bien que l’on se prend à regarder avec plus d’attention les tarifs de cette S60 bodybuildée. La belle Nordique s’affiche à 67 800 €, soit dans les clous d’une Audi S4 ou d’une Mercedes Classe C AMG 43. Les grandes stars allemandes ont ainsi du souci à se faire avec l’arrivée de cette nouvelle étoile, alliant parfaitement polyvalence et tempérament.