Un monde sans viande ?

Le débat s’intensifie et il est explosif, comme si notre avenir en dépendait, et justement, pour certains, la consommation de la viande doit être rapidement remise en question pour commencer à sauver une humanité qui court à sa perte.

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Alors que la population mondiale atteindra 10 milliards d’individus à l’horizon 2050, que nos sols ne pourront plus nourrir les humains et les animaux toujours plus nombreux, un changement radical dans nos habitudes alimentaires semble inéluctable. Et le point de départ serait la consommation de la viande.

Moins, ou plus du tout, pour arrêter de pousser la Terre au-delà de ses limites ? Où se trouve le curseur qui permettra de sauver l’essentiel ? Qui sera le Noé des temps modernes ? Le problème n’est pas simple, car la viande n’est pas une denrée alimentaire comme les autres partout sur la planète bleue. La France abat chaque année plus d’un milliard d’animaux et produit 3,7 millions de tonnes de viande consommable. Près de 84 kg sont consommés par Français, un chiffre néanmoins en baisse de 10% depuis 10 ans. Pour les solutions de survie planétaire, il faudra trouver des accords internationaux, car les plus gros consommateurs de viande au monde sont, vous l’aurez deviné, les Américains avec presque 100 kg de viande en moyenne par an et par habitant. Ici, comme aux USA, les traditions et les habitudes autour de la consommation de viande sont très solides.

Certains s’élèvent, de plus en plus fort, comme la miss préférée de Cyril Hanouna: «Pour moi, chaque morceau de viande, même bio, est un morceau de souffrance». Après cette petite phrase de Delphine Wespiser, Miss France 2012, et par ailleurs ambassadrice des Fruits et Légumes d’Alsace, Jean-Luc Hoffmann a vu aussi rouge que le faux sang lancé par 269Life France sur les places publiques ou devant des boucheries. Nous avons donc été rencontrer le Président de la corporation des bouchers charcutiers traiteurs du Bas-Rhin pour faire le point avec lui, mais aussi l’un des référents Alsace de l’association 269Life France, Jesper Gustafsson, pour un match à distance. Quand un végan et un boucher s’expriment sur ce sujet chaud, c’est bien deux mondes qui s’opposent.

Pour 269Life France, les animaux ne sont pas des numéros sans visage

269 est à l’origine le matricule d’un veau sauvé de l’abattoir. De ce numéro est né 269Life, un mouvement international pour les droits des animaux qui s’est fait connaître pour ses actions-chocs, dans le monde comme en Alsace, lancement de faux sang sur les places publiques ou devant des boucheries. L’association 269Life France milite pour la reconnaissance des intérêts fondamentaux de tous les êtres sensibles, sans discrimination arbitraire.

Elle entend dénoncer ce qu’elle nomme « le meurtre prémédité et organisé en dehors d’une situation de survie ou de légitime défense ». Pour 269Life France, les animaux ne sont pas des numéros sans visage, ils ne sont pas « du poulet », « du cochon » ou « du poisson », mais chacun d’entre eux est un être unique ayant des intérêts propres. 269Life France est une association antispéciste, car son activité principale consiste à dénoncer le spécisme, l’idéologie selon laquelle l’espèce humaine serait supérieure aux autres animaux, et non pas de promouvoir uniquement le mode de vie végan.

Jesper Gustafsson, 22 ans, étudiant en communication, est depuis septembre l’un des trois référents Alsace de l’association créée en 2013. Il ne mange plus de viande depuis plusieurs années.

« Mes grands-parents exploitaient une ferme en Suède d’une trentaine de vaches. Quand j’étais au lycée, j’ai commencé à comprendre l’impact catastrophique de l’élevage sur la planète, sur le climat. J’ai commencé à m’intéresser à la question et j’ai pris conscience que pour les animaux, c’est une vraie souffrance, une exploitation. J’ai vu autrement la petite ferme toute mignonne et nécessaire, comme on la décrivait quand j’étais petit. C’est une exploitation et ce n’est pas nécessaire.» Pour lui, que ce soit pour la protection de la planète ou contre l’exploitation animale, il n’y a pas à discuter, il faut arrêter de manger de la viande. Il y a zéro débat possible : « Les preuves scientifiques débordent de partout, elles font le lien entre le problème écologique et l’élevage. Pourtant les gens ne bougent pas plus que cela ». Il évoque l’élevage à grande échelle, industriel, mais pour lui et son association, même l’élevage de proximité, dans des petites exploitations familiales, ne trouve grâce à leurs yeux, car les conséquences sont toujours les mêmes: « Il faut arrêter. Il n’y a aucune raison de se nourrir avec des animaux. »

De son côté, Jean Luc Hoffmann répète depuis longtemps qu’il faut diminuer sa consommation de viande, mais que c’est l’affaire de chacun.

« Oui, moins de viande, mais manger mieux, des bêtes issues de l’élevage de proximité, arrivées à maturité, avec un respect de l’animal, et surtout pas d’élevage intensif. Ceux qui connaissent le mieux les bons produits sont les bouchers charcutiers », affirme le président, conscient que la planète a atteint ses limites : « Dans quelques années, il n’y aura plus assez de viande pour nourrir tout le monde, il faut une prise de conscience », ajoute celui qui, entre parenthèses, s’est opposé à Delphine Wespiser, car les bouchers charcutiers sont partenaires des Fruits et légumes d’Alsace dont la miss est le porte-drapeau. Parmi les légumes préférés des Alsaciens, il y a les navets salés qui sont cuisinés avec de la viande et que l’on trouve chez son boucher charcutier. « Je n’ai rien contre elle, elle est très belle, mais son image n’est plus en phase avec la campagne de promotion pour les navets salés d’Alsace. Les trois principaux légumes cultivés dans la région sont le chou à choucroute, le navet salé et l’asperge. On les consomme avec de la charcuterie alsacienne. » Fin de la parenthèse.

« Les végans me considèrent comme un assassin »

Pour le boucher, « chacun doit être libre et responsable de ce qu’il mange, mais, arrêter de manger des animaux, c’est juste pas possible. Il faut qu’il y ait une régulation, comme il y a toujours eu ». Un argument que Jesper Gustafsson réfute : « Si c’était normal et nécessaire à une époque, ça ne l’est plus aujourd’hui. On a la preuve scientifique que les animaux souffrent, ce qui n’était pas le cas avant. On sait aujourd’hui que cela détruit la planète, donc, il faut arrêter. Il faut évoluer. C’est un grand changement qui doit s’opérer, et comme dans tous changements, il y aura des dommages collatéraux, des métiers qui disparaîtront. On ne peut pas continuer sous prétexte que l’on a toujours fait comme cela. C’est ridicule comme argument. »

Pour lui c’est incontestable, et pour faire passer ce message, l’association 269Life France n’hésite pas à provoquer les bouchers. Jean Luc Hoffmann réagit : « Je suis outré, les végans me considèrent comme un assassin. Je peux vous dire que les bouchers charcutiers se défendront, on ne peut pas accepter de se faire traiter comme cela alors que l’on perpétue un métier ancestral, que l’on nourrit nos concitoyens. Il faut juste être conscient des dérives, qu’à un moment donné, les grandes surfaces ont demandé aux paysans de produire plus et moins cher, c’est leur deal, ils achètent la viande à un certain prix si vous produisez plus. Ce n’est pas notre modèle, notre façon de faire. Moi, j’ai des accords avec des éleveurs, je respecte leur travail, je paye le vrai prix. Il faut revenir à ça et stopper l’élevage industriel. » Un point sur lequel les deux opposants sont d’accord, même si pour le végan, c’est très loin d’être suffisant.

Pour finir, que mange le gaillard végan ce soir ? Une soupe de végétaux locaux bio, potimarron, pomme de terre et carotte, des légumes d’Alsace évidemment. Un repas qui ferait même plaisir au président des bouchers charcutiers traiteurs du Bas-Rhin.

Quant à la question du spécisme, le débat n’a pas encore débuté.