Thierry Pouillaude, « On redémarre ensemble »

Il y a une quinzaine d’années, l’ancien directeur marketing du Casino de Niederbronn a cofondé Agile Business à Geudertheim. L’agence de marketing est devenue une filiale d’Agile Group (60 salariés) née de la fusion avec DS Impression. Elle travaille pour des marques comme Atlantic, Nespresso, Calicéo, Barrière ou Soprema. Comment a-t-elle vécu la crise du COVID-19 et quelles sont les perspectives ? Les réponses avec son directeur général que nous avons interrogé.

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Comment Agile Business traverse-t-elle cette crise sanitaire ?

Comme tout le monde, nous avons pris un coup de massue, car les magasins ou les marques qui ont des points de vente ont fermé, c’est-à-dire 80 % de nos clients. C’était un arrêt brutal. Un arrêt systémique de tout l’écosystème. Nous avions déjà livré les opérations commerciales des mois d’avril et mai qui sont généralement super forts en termes de business et qui ont été balayés. Quand il y a eu une perspective de réouverture, nous sommes entrés dans une phase d’équipement et de signalétique Covid dans les points de vente.

Mais vous n’avez pas beaucoup arrêté de travailler ?

Pas tant que ça, c’est vrai, les clients que l’on accompagne et qui avaient la chance d’avoir une présence sur Internet ont vu leurs activités s’envoler sur le Web, certains ont des progressions de 600% sur leur site de vente en ligne. L’activité digitale a fait un bond.

C’est une bonne chose ?

Cela nous a obligés à faire preuve de réactivité. En fait, je dirais que l’on a eu un virus qui a fait planter le système et nous avons développé des systèmes informatiques spécifiques. Certains de nos clients nous ont demandé de créer des opérations commerciales adaptées au contexte. En fait, on s’est fait bousculer pour changer de modèle. Nos clients qui n’étaient pas présents sur Internet ont décidé de redémarrer avec un site marchand, une interaction en ligne, un système de messagerie instantanée.

75% des marketeurs estiment que les engagements sociétaux et environnementaux des marques seront au cœur de la communication de demain…

Le RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) qui existait avant le Covid était une belle philosophie, une belle mentalité, mais sur la partie écologique nous faisons marche arrière, nous sommes en train d’inonder la planète de plastique. Cela fait quinze ans que, nous les marketeurs, nous travaillons à réenchanter le shopping en magasin, en facilitant l’accès, les paiements, avec des niveaux de services très élevés et là, en cette période certes transitoire, on revient presque au Moyen Âge, pour acheter quelque chose il faut être sérieusement motivé.

Alors, comment communiquer dans cette période justement ?

En disant que le magasin reste accessible, que les services sont renforcés, certains ont décidé d’ouvrir plus longtemps, d’autres autorisent leurs clients à emporter les vêtements chez eux. Au niveau du service ce qui était considéré comme acquis avant le Covid doit être réexpliqué et réaffirmé. Et puis, il y a toujours le socle, c’est-à-dire le meilleur produit au meilleur prix, le rapport qualité prix qui est immuable.

Conseillez-vous à vos clients d’utiliser l’actualité ?

Oui. Avec des opérations «On redémarre ensemble», ou «heureux de vous retrouver», la notion de redémarrage est présente dans les accroches, comme celle de l’extérieur,
« on reprend l’air » par exemple. Les marques donnent rendez-vous à leurs clients, elles sont contentes de les retrouver.

Comme l’affirment des professionnels de votre secteur, ce n’est plus le moment de vendre du rêve, mais du sens ?

Cette crise est un accélérateur, on entend beaucoup de choses sur le monde d’après, mais cela ne fait qu’accélérer ce que nous avions initié. Nous sommes très prosaïques, cela fait un petit moment que l’on ne fait pas rêver. On dit « Voilà, cela vaut tant », ou alors
« Normalement cela vaut tant, mais pendant un mois ça va valoir un peu moins cher ».

Sentez-vous de l’optimisme dans l’air après cette crise ?

Oui, parce que l’on sait que cela va redémarrer. En général, un briquet vaut 1,50 €, mais quand tu es perdu la nuit dans une forêt, tu es prêt à l’acheter 1500 €. On est un peu dans cette situation-là, donc il y a un rapport à l’investissement ou à l’innovation qui d’un seul coup est un petit peu différent. Et puis, je suis optimiste car cela va accélérer l’innovation dans les entreprises.