Stéphane Brogniart, le Vosgien qui traverse les océans

Alors que plus d’un tiers de l’humanité se confinait, le spécialiste d’ultra-trail et préparateur sportif Stéphane Brogniart traversait l’océan Atlantique à la rame et sans assistance, un défi fou. Parti des îles Canaries, il est arrivé en Martinique euphorique et indemne, bien qu’affaibli par son épopée. L’aventurier a passé 71 jours seul en mer sur une embarcation de 8 mètres de long sur 1,60 m de large. Une nouvelle étape du Projet Etarcos, lancé en 2017. Maxi-Flash l’a rencontré chez lui, dans les Vosges, quelques jours après son retour sur la terre ferme.

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D’où vous est venue l’idée folle de traverser les océans à la rame ?

Avec mon équipe, c’est un défi qui nous semblait impossible. C’est la seule raison de le relever. Lorsqu’on se fixe un objectif et qu’on a envie de le réaliser, c’est un moteur de vie tellement énorme, une sensation incroyable quand on se lève le matin. Aujourd’hui, c’est chose faite. C’est juste merveilleux.

J’imagine que l’on ne se lance pas dans ce genre de défi sur un coup de tête !

Ça, c’est certain ! Ma préparation physique était fatalement liée à mon environnement vosgien : du ski de fond, du VTT, un peu de musculation, de la natation, de l’aviron… Dans l’équipe, chacun avait sa place. Pas à mon service, mais au service d’un bateau avec un être humain à l’intérieur. C’est toute une famille. Moi, j’avais aussi à tenir le rôle d’ambassadeur et de manutentionnaire de l’embarcation. Il a fallu composer avec la nature, espérer une sorte d’alignement des planètes, des vagues dans un sens, du vent dans l’autre, les rames, le bateau, le gouvernail, la dérive… Lorsque vous êtes à bord et que ça ne va pas fort, que la solitude vous pèse, vous êtes tellement redevable que ça vous procure une forme de supplément d’âme pour continuer.

Justement, psychologiquement, comment l’avez-vous vécu ?

Les dix premiers jours, quand je me suis rendu compte que j’allais passer autant de temps dans cette boîte, je me suis senti vraiment mal. J’écoutais des podcasts, de la musique, j’envoyais des messages à mes amis, mais c’était compliqué. À un moment je me suis dit qu’il me fallait une demie-seconde d’avance. J’ai repris le contrôle sur mon environnement et à partir de là ça a été super agréable !

Un mois après votre retour, comment ça va ?

J’ai eu un mal de terre qui a duré plus de quinze jours… Un peu comme une cuite sans être bourré. Les analyses de sang ne sont pas fabuleuses, mais c’est normal, mon corps a pris très cher. À mon retour, après trois kilomètres de footing, je n’arrivais même plus à lever les pieds du sol. J’étais mal au point de faire une vraie rééducation. Je suis en pleine reconstruction et c’est plutôt très intéressant, mais frustrant aussi !

Quelles leçons tirez-vous de cette traversée ?

Un voyage comme celui-là vous démonte totalement, mais on peut se remonter différemment, un peu mieux. Vu l’évolution de la planète et de la nature, il est important d’associer nos exploits à autre chose, pour essayer d’apporter une pierre à l’édifice d’un monde meilleur, ou en tout cas plus respectueux de l’environnement. Au lieu du Pacifique en solitaire qui était notre but ultime, j’irai peut-être d’île en île, en équipage, à la rencontre de ces gens qui seront bientôt obligés de quitter leur terre, leur famille, leurs ancêtres, leurs coutumes, à cause de la montée des océans. Il nous faudra du temps pour mettre en place ce nouveau projet qui ne sera pas basé sur la performance. Nous vivrons un projet beaucoup plus humain. 

Toutes les informations sur le Projet Etarcos : www.etarcos-adventures.com