Sherlock Holmes et le mystère du Haut-Koenigsbourg, 10 ans de succès

En une décennie, le Verger Éditeur a écoulé 100 000 exemplaires des Enquêtes rhénanes, dont la moitié pour Sherlock Holmes et le mystère du Haut-Koenigsbourg, le best-seller alsacien dans sa catégorie signé Jacques Fortier.

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Pour le dixième anniversaire de cette collection, la maison d’édition bas-rhinoise publie une version limitée, augmentée et illustrée par Vlou, un objet collector qui fera bonne figure au pied des sapins de Noël. Le livre est disponible partout, mais aussi dans la magnifique librairie du château dans lequel l’auteur a pris un malin plaisir à situer l’action. Sherlock Holmes a existé, son biographe Watson aussi, mais ensuite, c’est l’affaire Fortier.

Depuis plusieurs années, il revient sur les lieux du « crime », pour raconter comment il a fabriqué son pastiche holmésien. C’était le cas il y a quelques jours, pour fêter ses dix ans de succès. Alors, Maxi Flash est venu se glisser dans les courants d’air du château du Haut-Koenigsbourg, avec deux guides extraordinaires, l’auteur lui-même et Loïc Guyader, le guide officiel du monument. Nous sommes revenus à la veille de la 1ère guerre mondiale, sur les traces imaginaires de Sherlock Holmes.


 

Entretien avec Jacques Fortier

Auteur de « Sherlock Holmes et le mystère du Haut-Koenigsbourg ».

Maxi Flash : Que ressentez-vous au moment de la publication de cette édition spéciale qui fête les dix ans de succès de Sherlock Holmes et le mystère du Haut-Koenigsbourg ?

Jacques Fortier : J’ai eu beaucoup de chance, il y a eu un alignement de planètes au moment où Pierre Marchant était en train de racheter Le Verger il y a dix ans. Il pensait à une collection de polars historiques régionaux, et moi je suis arrivé avec mon manuscrit sous le bras, mon premier roman. Quand un éditeur dit oui pour un premier livre, tu marches au-dessus de la terre pendant une demi-journée, ensuite, quand tu te rends compte que ça marche, tu te dis que c’est avant tout une aventure collective. Ce roman est le premier de la série et c’est aussi ce que nous fêtons aujourd’hui. Dans les Enquêtes rhénanes du Verger Éditeur, il y a maintenant 42 histoires, dont six de moi.

MF : Ce livre a changé votre vie ?

JF : Un peu oui. À côté du métier de journaliste que je faisais et que j’aimais beaucoup, j’ai pu exercer une autre activité ; elle m’a fait et me fait toujours respirer la tête autrement.

MF : On sent chez vous une jubilation à revenir sur les lieux où vous avez situé l’histoire de ce polar, ici au Château du Haut-Koenigsbourg. Il y a une forme de magie ?

JF : Oui, c’est vrai. Je me suis beaucoup amusé. Quand j’ai écrit le livre, c’était génial de pouvoir venir régulièrement repérer les lieux. On peut le faire dans beaucoup d’autres endroits, mais ici, il y a le prestige du château. Je prends beaucoup de plaisir à organiser ce genre de visite.

MF : Comment avez-vous travaillé sur le texte ?

JF : Au départ, j’avais fait sept pages sur le centenaire de la restauration du château, j’avais bien repéré les lieux, mais je n’avais pas encore l’idée en tête, et puis, quelque temps avant, j’avais imaginé un pastiche sur Sherlock Holmes. Pendant l’écriture des premières pages sur le centenaire, les deux idées se sont rapprochées. Le cadre était idéal, le Haut-Koenigsbourg n’est pas seulement un décor, c’est aussi un personnage de roman. Il raconte tellement de choses de la vie de l’Alsace à l’époque. Il y avait tout ça, le côté enfantin, ludique. J’ai écrit un premier petit chapitre, celui de la rencontre entre Sherlock Holmes et la belle espionne dans la chapelle. J’ai fait quelques tests, je l’ai fait lire et je me suis rendu compte que ça valait le coup. Je suis revenu ici plusieurs fois, j’en ai parlé assez vite à Loïc Guyader que je connaissais depuis longtemps et qui m’a assuré de sa collaboration. En écrivant, je lui ai passé quelques coups de téléphone, il me répondait toujours avec rapidité et exactitude. Il a lu le manuscrit, apporté quelques corrections historiques. Je ne voulais pas tricher, je voulais que tout ce qui touche l’histoire du château ou sa topographie soit le plus juste possible.

MF : Toutes éditions confondues, vous êtes à plus de 50 000 ventes, ce qui est exceptionnel et unique en France pour un polar régional. Pourquoi le livre a si bien marché ?

JF : Sans doute pour deux raisons : pour les Holmésiens et les amateurs de Sherlock Holmes, il est dans leurs cordes et il est crédible pour ceux qui aiment les châteaux et les vieilles pierres. Pour la petite histoire, avant d’en parler à Pierre Marchant, j’avais fait ma petite étude de marché et j’avais découvert un pastiche corse écrit par un journaliste de France 3, il y a une vingtaine d’années, « La vendetta de Sherlock Holmes » qui a été vendu à 4500 exemplaires. J’ai dit ça à l’éditeur en imaginant que c’était un argument important, et ça l’était. Quand je vois les chiffres aujourd’hui, c’est incroyable.

MF : Il y aura une suite ?

JF : Non, je me suis amusé une fois avec ça, c’est super, ça a bien marché, je suis très heureux, mais non. J’ai juste écrit une petite nouvelle dans un bouquin collectif qui s’appelle l’Autre Défenestration de Prague.

MF : Parlez-moi de la jubilation à inventer quelque chose qui n’existe pas, cette liberté de l’auteur…

JF : Comme dans beaucoup de démarches de création, tu as les contraintes que tu t’imposes. Et après, pour tout le reste, tu peux inventer ce que tu veux. Comme dans mes autres romans, avec Albert Schweitzer, avec Saint-Exupéry, il faut que le personnage historique soit le plus juste possible, le plus proche de ce qu’il fut, mais je lui fais faire ce que je veux. J’aime construire des romans comme ça, en prenant garde à ne pas être trop pesant, à ne pas faire des bouquins d’histoire, ou des fiches Wikipédia qui s’alignent les unes derrière les autres. Il faut que cela reste un roman, que l’action mène l’écriture.

MF : Vous avez reçu beaucoup de courriers depuis 10 ans, que vous disent les lecteurs ?

JF : Oui. Globalement le livre plaît beaucoup, mais si je devais le refaire aujourd’hui, compte tenu des remarques d’un certain nombre de gens, il y a des choses que je ne ferais pas de la même façon. Par exemple, l’introduction, avec les scènes historiques, je les disposerais autrement, dans des flash-back, un peu plus loin dans le livre.

MF : Dans cette version anniversaire, il y a un supplément, que quoi s’agit-il ?

JF : C’est l’histoire du manuscrit. En fait, c’est une conférence que j’avais donnée en 2010, parce que la petite société holmésienne locale que préside François Hoff et qui a beaucoup aimé le livre m’avait demandé de raconter où j’avais trouvé le fameux manuscrit de Watson. J’ai joué le jeu, j’ai fait un récit qui raconte comment je l’ai trouvé, c’était un jeu, et avec l’éditeur on s’est dit ça serait bien d’ajouter le texte de cette conférence au début de cette nouvelle édition.

MF : Dernière question, qui est réellement le coupable, Jacques Fortier ou Sherlock Holmes ?

JF : Oh, les deux, mais je ne suis qu’un modeste complice, c’est lui qui fait tout.


 

3 questions à Pierre Marchant

L’éditeur de la collection les Enquêtes rhénanes.

MF : En 2009, quand vous avez repris Le Verger Éditeur, vous avez créé une collection de polars régionaux. Quelle belle idée !

PM : J’espérais un premier projet et il est tombé tout seul. 42 volumes plus tard, nous sommes à 100 000 ventes, dont la moitié pour le premier de la série Sherlock Holmes et le mystère du Haut-Koenigsbourg : 22 000 romans, environ 20 000 BD, et le livre numérique, le livre audio, les traductions à l’étranger, c’est une très très belle aventure. Je ressens beaucoup de gratitude pour tous ceux qui étaient là pendant 10 ans pour construire tout cela. J’ai porté le truc évidemment, mais cela ne se fait pas tout seul. Sans Jacques Fortier, sans Vlou, sans les gens du château, sans les libraires et les autres auteurs qui sont venus après, cela n’aurait pas été possible, je suis très reconnaissant.

MF : Au Haut-Koenigsbourg, il y a aussi le festival de la bande dessinée qui est né lors de la publication de Sherlock Holmes et le mystère du Haut-Koenigsbourg en BD. Cela aussi, c’est une réussite ?

PM : Nous l’organisons avec plusieurs éditeurs de la région et cela fait maintenant six ans que ça dure. Les journées de dédicaces se passent dans le château, il y a des expositions tout l’été qui présentent les albums. C’est aussi un vrai bonheur.

MF : Un mot sur le 43e volume des Enquêtes rhénanes ?

PM : C’est pour le printemps et ce sera un… Jacques Fortier. Je ne peux pas en dire beaucoup plus pour l’instant, juste que cela se passe dans les Vosges.