Serge Kurschat, soldat de la vie

Il est entrepreneur, écrivain ou historien, spécialiste des mouvements révolutionnaires au 18e siècle ainsi que des relations franco-suisses, mais il est plus que cela encore. La vie de sa famille, quatre générations de militaires, est un livre d’histoire rempli de médailles et des décorations, alors, il s’est engagé dans forces spéciales de la Marine, mais il est aussi devenu maître-nageur ou ceinture noire 2e Dan de karaté. Un CV aussi solide que les remparts de Wissembourg où ses grands-parents sont enterrés. Installé en Suisse, Serge Kurschat est né en 1974 à Strasbourg.

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Ce n’est pas un hasard si vous êtes né à Strasbourg ? 

C’est vrai. Ma mère a eu un grave accident qui a failli lui coûter la vie. Elle est restée dans le coma longtemps. Et puis, un beau jour, enceinte de moi, alors qu’elle vit en Corse, elle souhaite accoucher à Strasbourg, car le médecin qui lui a sauvé la vie est en Alsace, en guise de reconnaissance.

Vous êtes strasbourgeois, mais vous avez beaucoup bougé !

Oui. Quand j’étais en Corse, on me faisait comprendre que je n’étais pas d’ici, quand j’étais à l’armée on disait que j’étais le Corse, en Suisse on dit le Français. En fait, j’ai toujours voulu savoir qui j’étais. 

Vous avez été militaire, c’était un passage obligé ? 

Quand j’étais adolescent, je m’en foutais de l’armée, je voyais des médailles chez moi, mais pour moi c’était des médailles en chocolat. C’est seulement en faisant l’armée que j’ai compris le sens de tout ça. Ancien marin et membre des forces spéciales, j’ai appartenu à l’unité d’élite des commandos marine. En fait, je suis issu d’une famille de militaires. Mon arrière-grand-père, Georges Kurschat, né en Prusse-Orientale, était adjudant des douanes, côté allemand. Il a été tué en 1916 lors de la Bataille de Verdun. Hermann, l’un de ses fils, dont le nom sera transformé en Armand Kurschat, orphelin à l’âge de 8 ans, est envoyé à 12 ans dans les mines, puis à la faïencerie de Sarreguemines. En 1929, il s’engage dans le 22e régiment d’infanterie coloniale, direction l’Indochine. Il incorpore en 1935 le 9e régiment de zouaves. En juin 1940, il est rappelé pour aller combattre en Europe et se retrouve débarqué́ en Tunisie. En février 1943, Hermann participe à la campagne de Tunisie contre les troupes de Rommel. Son régiment est tellement décimé́ qu’il est réintégré́ chez les tirailleurs sénégalais basés à Dellys. En 1946, il s’engage comme policier à Alger. Après la guerre d’Algérie, il choisit de s’installer à Wissembourg où il sera enterré avec son épouse Bertha. Ils auront trois fils, dont Philippe Armand, mon père, qui s’engagera dans l’armée de l’air puis dans la gendarmerie. 

Lorsque vous étiez dans l’armée, en République du Congo avec votre commando, vous avez sauvé plusieurs milliers de personnes lors de l’opération Pélican. Ensuite, vous avez participé à la lutte contre les narcotrafiquants et la piraterie maritime dans l’Océan Atlantique, mais vous avez changé d’orientation. Pourquoi ?

J’ai côtoyé la mort. J’ai eu envie de quitter les commandos marine, mais j’ai servi encore quatre ans comme moniteur d’entraînement physique militaire et sportif, après avoir été promu officier-marinier et réussi les présélections et la formation de l’École interarmées des sports de Fontainebleau. J’y exerce successivement les fonctions d’instructeur militaire de combat et de directeur de séance d’escalade tout en donnant des entraînements adaptés à la préparation des soldats. 

Mais vous décidez de revenir à la vie civile ?

Oui, en 2004. Je suis reparti de zéro. J’ai passé mon brevet fédéral de moniteur d’haltérophilie et de force athlétique et deux Brevets d’État d’éducateur sportif ; je suis devenu préparateur sportif et agent de protection rapprochée et instructeur de Close-combats. En 2007, je reviens à nouveau à la case départ et je m’installe en Suisse, je passe une formation de maître-nageur et je fonde l’école d’échecs de la Gruyère. En 2011, je monte mon entreprise spécialisée dans le développement personnel et depuis 2018, je suis mandaté par la Confédération helvétique pour aider les femmes, les hommes et les enfants victimes de violence. 

Et ce n’est pas fini, dans votre vie, il y a aussi l’écriture. 

Oui, les livres ont toujours été importants dans ma vie. À l’âge de neuf ans, ma grand-mère m’a offert la République de Platon et La solitude de Schopenhauer. Ces deux ouvrages m’ont toujours suivi. En 2017, j’ai publié un livre d’histoire sur une personnalité politique suisse. Et en parallèle à mes activités, je suis entré à l’Université de Franche-Comté à Besançon. Après sept années d’études, j’ai obtenu un master en sciences humaines et sociales et en histoire, avec mention. Je suis devenu spécialiste de l’histoire des révolutions, des révoltes et des guerres civiles. Mes travaux portent notamment sur les relations franco-suisses à travers le personnage historique Pierre-Nicolas Chenaux. Il y a quelques mois, j’ai publié Honneur, un récit historique sur la guerre civile sierra-léonaise et la guerre en ex-Zaïre où je décris la plus grande évacuation de ressortissants étrangers effectuée par l’armée française. J’ai aussi élargi mon champ de recherche avec l’étude des traumas, des enjeux mémoriels, des violences extrêmes contre les civils et des génocides. 

Serge Kurschat à l’époque où il servait dans l’armée. ©DR

Et il reste beaucoup de lignes sur votre CV. Où trouvez-vous le temps de réaliser tout ça ?

Je suis millionnaire en temps disponible, j’ai appris à me détacher des choses matérielles. Le plus important, c’est la santé et le temps. Ma philosophie
c’est : profiter de l’instant présent. Je peux recevoir un coup, je tombe, mais je me relève toujours. 

Vous êtes donc le digne héritier des générations de militaires de votre famille ?

J’essaye surtout d’être chaque jour la meilleure version de moi-même. Le mot qui me guide c’est respect, c’est peut-être une valeur qui se perd.   

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