Retour rue des fourmis #9 Slow

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Ambroise Perrin ©EG

Sept minutes et onze secondes, c’est une éternité, le temps qu’il faut pour tenter de flirter. Dans les boums, on alternait les jerks et les slows, les jerks on dansait seul, les slows c’était une fille et un garçon, un peu serrés et si possible un peu lentement. Rain and Tears, A Whiter Shade of Pale, Love me Tender, Aline et Hey Jude, take a sad song and make it better. Et on n’était pas là pour apprendre l’anglais.

Wikipédia annonce aujourd’hui que le plus long 45 tours de l’histoire de la musique c’est 7’05, avec de gros problèmes techniques pour que tout tienne sur une face. Mais j’ai ressorti le vinyle de la fine pochette vert clair un peu déchirée avec THE BEATLES en rouge capitales et Revolution en face B, et sur la pomme de la face A, c’est bien indiqué, 7’11. Il fallait donc bien choisir et deviner quand Hey Jude allait être mis sur le tourne-disque par le copain qui ne dansait pas et qui s’occupait aussi des boissons quand il y en avait. Bien choisir, oui. Et oser demander « tu danses ? », bref, vaincre sa timidité au bon moment pour inviter la copine avec laquelle on allait tourner pour l’éternité.

Important aussi, la couleur des chaussettes. Sinon, on avait l’impression d’être un imbécile, on ne disait pas encore avoir la honte. Le chic, c’étaient des Stemm avec 2 m comme dans la publicité qui faisait monter les chaussettes jusqu’au bijou, caillou, chou, genou. « Bonheur conjugal, plus jamais de raccommodages » disait la réclame. J’en avais des oranges et des bleues, surtout avoir la même couleur aux deux pieds ! Ne pas avoir les mains moites. Avoir quelque chose à raconter. Que c’est une chanson triste, et qu’on peut la rendre meilleure.   

Ambroise Perrin

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