Retour rue des fourmis #18 – Le restaurant

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Ambroise Perrin ©EG

On allait au restaurant une fois par an, le dimanche de la fête des Mères. On allait au Restaurant du Canal, presque en face de la plaque de bronze qui raconte comment les soldats américains ont traversé pendant la guerre. Le canal n’était pas profond et on se demandait pourquoi c’était compliqué de traverser dans un char, sans penser qu’en face, les Allemands tiraient. Mais si on allait au restaurant du canal, c’était pour les frites, des frites coupées à la machine électrique. Mille fois meilleures.

Un jour, maman a acheté à la foire un coupe-frites en acier inoxydable avec deux grilles de tailles différentes. On mettait la pomme de terre dedans, on poussait avec une sorte de clapet et les frites sortaient coupées en carré, mais ça ne marchait pas bien, les patates étaient trop molles et surtout les bords raccourcis étaient trop fins et brûlaient dans la végétaline.

Des années plus tard, quand on a eu la 2 CV (immatriculée 701 DS 67), on allait à Weitbruch au Restaurant du Soleil pour la tarte flambée.
On s’asseyait à des tables couvertes de nappes en papier dans une grande salle des fêtes, on attendait que la serveuse passe et pose une tarte sur la table, elle faisait un trait sur la nappe pour compter, on mangeait avec les doigts et on attendait la suivante. Même les gens qui n’avaient pas beaucoup d’argent pouvaient aller au restaurant, ce qui explique le succès de la tarte flambée !

Le maire North habitait dans la villa rouge à l’angle de la rue des Fourmis et la rue du Trompette avec ses deux chiens épagneuls bruns qui aboyaient toujours quand on passait. (En face, il y avait le 2e bloc et de l’autre côté la maison de la famille de Nold Sport Grand’rue, avec le grand cerisier). Donc, quand le maire de Haguenau est allé manger la tarte flambée à Weitbruch, cela a fait tellement de publicité que parfois c’était complet et il fallait attendre. Un jour où on a eu de la visite, les Koebel de la rue de la Garance, il était prof avec papa et écrivait de la poésie, j’y suis allé à vélo pour en acheter 4 pliées en deux et emballées dans une des nappes en papier, et je pédalais le plus vite possible pour les ramener encore chaudes.

Ambroise Perrin

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