Réouverture des frontières : le village de Scheibenhard réunifié

La fermeture des frontières franco-allemandes a été un choc pour les habitants du village de Scheibenhard, coupé en deux pendant trois mois.

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Les retrouvailles d'Edwin Diesel, maire de Scheibenhardt (Allemagne) et Gérard Helffrich, maire de Scheibenhard (France), le 15 juin 2020. ©RB

Ce lundi 15 juin 2020 était signe d’un retour progressif à la normale pour les habitants de Scheibenhard. Dans cette petite commune d’Alsace du Nord, seule la rivière de la Lauter délimite la France et l’Allemagne.

Un village franco-allemand

Dans les années 90, le traité de Maastricht et les accords de Schengen ont profondément changé la vie des habitants des deux rives : depuis, leur village ne fait plus qu’un. Ils vivent ensemble, oubliant presque le passage obligatoire du pont, pour rejoindre l’autre pays. De nombreux allemands vivent par ailleurs du côté français, et vice versa. « Nous avons énormément en commun« , dit Gérard Helffrich, maire et enfant du village français. « Lorsque j’étais adolescent, nous avions déjà une équipe de foot franco-allemande. Et nous avons une histoire et une culture commune : le village a 800 ans ! Chaque année, nous organisons plusieurs manifestations en commun : la fête du pont, les rencontres associatives, les cafés-grenze, etc. »

Les barrières installées le 16 mars 2020 sur le pont du village franco-allemand. ©Document Remis

Alors le 16 mars 2020 fut un choc pour les Scheibenhardois. La date restera gravée dans les mémoires. 27 ans après la mise en place de la libre circulation des personnes, le pont, symbole d’une union entre les deux villages, redevenait une frontière. Une vraie, une physique. Avec des barrières. Rappelant aux anciens de douloureux souvenirs. Le 16 mars 2020, le Covid-19 séparait des voisins et des amis, jusqu’à nouvel ordre.

Au total, la fermeture du pont aura duré trois mois. Trois mois pendant lesquels la vie des frontaliers aura été complètement bouleversée. Par le confinement, d’une part, mais également par l’impossibilité de faire ses courses de l’autre côté de la rivière. La boulangerie française, située à 20m du pont, côté allemand, a même dû fermer ses portes faute de clients français. Verbalisations, dénonciations, la situation anxiogène a fait renaître « des comportements d’après-guerre« , s’inquiètent les habitants du village.

Cérémonie de réouverture des frontières, le 15 juin 2020 au soir. ©RB

« Freundschaft kennt keine Grenze »

Mais Gérard Helffrich ne veut pas dramatiser. Pendant toute cette période, les élus français et allemands ont gardé contact. D’un côté comme de l’autre, « on est des européens et on veut le rester !« , dit-il. « Et nous organiserons des rencontres chaleureuses dès que la situation sanitaire le permettra. » Pour préparer les retrouvailles, une banderole a été installée sur le pont : « Freundschaft kennt keine Grenze« , « L’amitié ne connaît pas de frontière« , en français.

Le lundi 15 juin 2020 apparaîtra certainement dans les livres d’histoire. Pour la première fois depuis trois mois, les habitants ont pu traverser librement le pont qui les séparait. Une réouverture attendue par tous.

Pour marquer le coup, mais aussi fêter les 70 ans du plan Schuman, texte fondateur d’une Europe unie, une cérémonie a été organisée en plein air ce lundi soir, juste à côté du pont. Ingo Espenschied, politologue et conférencier, a présenté son Dodu-Live, nouveau format de documentaire en direct. Intitulé « OpenAir, Open Borders » (Plein air, frontières ouvertes), l’événement a rassemblé une centaine de personnes, françaises et allemandes, venues célébrer ces retrouvailles.

Dans ce village comme ailleurs en Alsace et en Moselle, une Europe coupée par des frontières est inconcevable.

Le public assiste à la projection du DokuLive d’Ingo Espenschied, le 15 juin 2020. ©RB