Psys remboursés sous conditions : la fausse bonne idée ?

Le 28 septembre dernier, Emmanuel Macron a annoncé le remboursement des séances d’accompagnement psychologique par l’Assurance Maladie à partir de 2022. Mais les revendications des psychologues n’ont pas été écoutées. Le remboursement se fera sous plusieurs conditions. “Des contraintes”, selon Émilie Pohl, psychologue à Strasbourg, qui nous explique en quoi ce dispositif est problématique.

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Emilie Pohl, psychologue à Strasbourg

Le remboursement du suivi psychologique était très attendu. Pourquoi ? 

La santé mentale est aussi importante que la santé physique. Il est indispensable de pouvoir prendre en charge un patient quel que soit son niveau de vie et son parcours. Une prise en charge à temps permet d’éviter parfois des conséquences sociales et économiques pour le patient (isolement, perte de travail,…) mais aussi pour la société (coût des arrêts maladies par exemple). Or, à l’heure actuelle, celle-ci n’est pas accessible à tous. Des conditions convenables seraient une grande avancée pour les patients, les psychologues et la sécurité sociale.

A partir de 2022, les séances d’accompagnement psychologique seront remboursées par l’Assurance Maladie, mais uniquement sur ordonnance d’un médecin.

Oui, et c’est un problème. Pour un patient, prendre la décision de consulter un psychologue est une démarche intime, et loin d’être facile. Être dans l’obligation de faire appel à un médecin leur ajoute une étape supplémentaire. Le parcours de soin sera compliqué : les psychologues devront faire un retour aux médecins traitants, qui ont déjà assez à faire. Tout cela pose question quant au secret professionnel : quid des personnes victimes d’inceste qui devront se rendre chez le médecin de famille ?

Le dispositif permettra de rembourser huit séances de suivi. Est-ce suffisant ?

Non ! Huit séances ne permettent pas une psychothérapie structurée. C’est une histoire de vie tout entière, une souffrance à entendre, et différents points sur lesquels travailler. Comment aider un patient qui n’ira pas mieux après ses huit séances autorisées ? De plus, la qualité des séances va en pâtir, en raison du remboursement très faible de ces séances.

Justement, les séances seront remboursées à hauteur de 30€ chacune. Cela va-t-il modifier votre organisation ?

En moyenne, une séance dure une heure (environ 60€ dans le Bas-Rhin), pour laisser le temps au patient de se sentir en confiance. Or, seuls 30€ seront remboursés par l’Assurance Maladie. Il faudra retirer la moitié pour les charges, et les dépassements d’honoraires ne seront pas autorisés. Adieu les formations (coûteuses) pour sans cesse améliorer l’accompagnement ! Les psychologues vont devoir proposer des séances de 30 minutes seulement pour rentrer dans le coût du dispositif. Une durée incompatible avec la plupart des suivis. Et, avec deux patients par heure, l’épuisement professionnel ne tardera pas à se faire sentir, et se répercutera sur l’accompagnement.

Ce dispositif va-t-il être obligatoire pour tous les psychologues ? 

Non et heureusement. Nous voulons revoir le dispositif et être écoutés ! Mais certains psychologues, les jeunes par exemple, craignant de ne pas trouver de patientèle, vont se conventionner malgré les nombreuses contraintes. Le risque, c’est que le gouvernement pense que le dispositif fonctionne et qu’il finisse par nous l’imposer à tous dans les conditions actuelles.

Les patients risquent également d’être induits en erreur ?

Oui. La plateforme Doctolib a par ailleurs modifié les informations des psychologues sans nous concerter. Sur ma fiche, il est désormais écrit “Consultation non remboursée par l’Assurance Maladie sauf dans le cadre du parcours de soins coordonnés”. C’est complètement faux, mes consultations ne sont pas remboursées car je ne suis pas conventionnée. [NDLR : Doctolib a depuis réagi au retour des psychologues en France et a modifié la mention sur leur profil]. Le patient risque de prendre rendez-vous sur ordonnance, sans savoir qu’il ne pourra pas être remboursé. A la fin de la séance, nous serons tous deux mis devant le fait accompli.

En conclusion ?

On reste sur un accompagnement psychologique à deux vitesses : un pour les riches, un pour les pauvres. Il n’y aura pas la même qualité de suivi pour les personnes sur ordonnance que pour celles qui peuvent se payer un psychologue.

https://emiliepohl-psychologue.fr/

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