Psyconfinement : 8 conseils pour ne pas déprimer pendant le confinement

La troisième semaine de confinement bien entamée, certains commencent à trouver le temps long. Alors, comment ne pas tomber dans la déprime ? Émilie Pohl, psychologue strasbourgeoise nous répond !

0
872

La semaine dernière, je demandais à Émilie Pohl, psychologue strasbourgeoise, pourquoi je n’arrivais pas à me mettre au boulot depuis le début du confinement. Et j’étais soulagée de lire dans sa réponse que j’étais loin d’être la seule dans ce cas-là. L’appel des apéros-visio était trop fort !
Alors que mes deux premières semaines de confinement se sont déroulées dans une totale positive-attitude, le début de cette troisième semaine a été un peu plus compliqué : démotivation et mollesse étaient les deux mots qui me définissaient le mieux. Alors, comment faire pour ne pas tomber dans la déprime pendant cette quarantaine ? Faut-il garder une routine pour ne pas perdre la tête ?
Emilie Pohl nous livre ses conseils !


 

Emilie Pohl est une psychologue clinicienne indépendante d’orientation intégrative, spécialisée dans le champ du psychotraumatisme. Elle exerce à Strasbourg.
www.emiliepohl-psychologue.fr


Bon, il faut le dire :
je ne suis pas habituée à donner des conseils, mais à aider les personnes à trouver leurs propres conseils.

A situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle !

Ce qu’il faut se dire avant tout c’est qu’il n’est pas anormal d’éprouver des difficultés durant cette période de confinement et que chacun les exprimera à sa façon ! Soyez donc bienveillant envers vous-même et vos proches même si on vous raconte par téléphone l’histoire du voisin Jean-Jacques qui ne toussait pas dans son coude l’autre jour dans le couloir de l’immeuble.

Pour ce faire, voici quelques conseils :

  1. Gardez une routine: maintenez au possible votre rythme habituel ou à défaut créez en un nouveau.

Evitez de vous lever à des horaires différents tous les jours si vous aviez l’habitude de vous lever pour aller travailler. Bon, je ne vous dis pas de vous lever à 6h30 si vous êtes en télétravail et que d’habitude vous avez 1h de route pour vous rendre à votre travail, mais levez-vous à une heure cohérente avec votre ancien rythme et vos obligations (télétravail, s’occuper des enfants etc). Lavez-vous comme à votre habitude, habillez comme vous le feriez en temps normal (ne vous interdisez pas pour autant de mettre vos chaussons préférés !), mangez aux horaires habituels, imposez-vous des activités quotidiennes surtout si vous n’êtes pas en télétravail …

  1. Prenez soin de vous: gardez une hygiène corporelle donc si vous avez déjà retourné votre slip pour la 3e fois allez prendre une bonne douche et changez de slip !

Prenez le temps de faire des soins, mettre de la crème de corps ou toute autre lotion offerte par votre grande tante à Noël, taillez-vous la barbe, démêlez vos cheveux ou tout simplement prenez le temps de prendre un bon bain chaud !

Continuez à pratiquer une activité physique et à bien manger pour donner tous les moyens à votre corps d’aller bien.

Veillez aussi à réguler vos émotions dans votre quotidien. Pour cela il existe des outils tels que la cohérence cardiaque ou la méditation. Vous pouvez aussi en profiter pour prendre un bain de soleil avec manteau sur votre balcon, savourez la sensation de l’herbe sous vos pieds si vous avez un jardin, écouter les bruits ou le silence qui vous entoure et pourquoi pas, piquer un petit somme réparateur.

  1. Explorer des nouvelles activités

Si vous ne faisiez pas de sport par exemple faute de temps, c’est l’occasion de rejoindre des cours collectifs en ligne proposés gratuitement en cette période ; vous pouvez aussi prendre le temps de jouer avec vos enfants ou votre animal de compagnie (grand gagnant du confinement avec vous à ses côtés H24) ; vous pouvez cuisiner en famille pour en même temps transmettre de nouveaux apprentissages à vos enfants, faire le tri dans vos armoires pour trouver ensuite vos vêtements plus facilement … bref soyez créatifs !
Rêvez, essayez et lancez-vous !

  1. Gardez contact avec vos proches 

Cela vous permettra de limiter l’isolement ressenti et de rompre l’isolement de vos proches ! C’est gagnant-gagnant ! Un article de Maxi Flash a d’ailleurs été publié au sujet des applis de visio-conférences.

Si à contrario vous avez besoin d’intimité parce que vous êtes à plusieurs dans un petit espace, dites-le aux personnes avec qui vous êtes confinés pour trouver ensemble une solution. Ne lâchez pas un « ooh fiche moi la paix » à votre conjoint-e si jamais il ou elle vient vous parler, dites-lui simplement « j’ai besoin d’intimité un peu, et peut-être que toi aussi, comment est-ce qu’on peut faire ? » et rassurez cette personne sur vos sentiments si elle le prend mal !

  1. Informez-vous correctement

Prenez une distance avec les informations diffusées à la TV ou en masse sur les réseaux sociaux. La répétition augmente l’anxiété parce que cela forge la réalité, ce qui n’est pas bon pour vous. Quitte à me faire blâmer, évitez les chaines qui font tourner en continu les informations et évitez de regarder le même flash info 2 fois. À l’extrême, si vous êtes très anxieux, je vous dirais même de privilégier les supports écrits car les images sont davantage anxiogènes ! En résumé : s’informer oui, mais bien et pas trop !

  1. Évitez d’adopter des comportements qui peuvent rapidement renforcer vos symptômes liés au confinement

On évite donc l’automédication et les substances dites nocives (alcool, drogue). On ne va pas se mentir, prendre un verre ça aide à réduire l’anxiété mais ce n’est pas une solution efficace et encore moins à moyen terme. Vous pouvez faire un apéro le vendredi soir pour décompresser mais n’en faites pas un quotidiennement. Optez par exemple pour un Tea Time Visio !

  1. Consultez des professionnels si certains de vos symptômes persistent ou s’exacerbent (anxiété, idées noires, colère, etc)

Il existe de nombreuses initiatives de la part des professionnels. Nous sommes nombreux chez les psychologues à proposer du soutien psychologique en cette période que ce soit à travers notre activité libérale ou via des plateformes.

Il existe aussi un site qui propose une boite à outil géniale pour gérer ses émotions.

  1. Enfin, restez positif !

Plus facile à dire qu’à faire ok mais franchement essayez ça ne coute rien non ? Vous pouvez par exemple identifier dans votre quotidien ce qui vous fait plaisir : même une chose simple comme apercevoir le soleil par la fenêtre. Vous pouvez regarder par exemple avec tendresse votre chat jouer avec votre stylo (non ce n’est pas du vécu) et vous dire « mais qu’elle est mignoooooonne », en faire une photo et la montrer à toute la planète via internet !


Petit focus sur les enfants
qui sont susceptibles d’être impactés par la perte de routines quotidiennes et l’inquiétude des parents/proches qui peuvent être perçus comme moins protecteurs.

  • Maintenez une routine et les rituels quotidiens,
  • Bornez alors les activités éducatives aux heures de cours soit grâce à des cours en ligne mis en place par l’établissement scolaire soit via d’autres supports (chaine de télévision France 4, plateformes éducatives comme Lumni, Khan Academy, Dr Nozman sur Youtube)
  • Alternez les activités récréatives,
  • Laissez les s’ennuyer car l’ennui amène votre enfant à laisser aller son imagination et donc à créer
  • Soyez disponible pour parler avec eux du virus. Les enfants ont besoin d’exprimer leur stress et d’exprimer leurs émotions comme la peur ou la tristesse ! En leur parlant avec un vocabulaire adapté et de manière sincère, l’enfant ne se perdra pas à s’imaginer mille et une choses dans son esprit. Pour vous aider il y a plein d’outils sur le site psycom.org, celui du Centre Pierre Janet ou vous pouvez encore vous tourner vers les illustrations de Marguerite de Livron & Paul de Livron. Sinon faites appel à votre ressenti et inventez des supports à travers des activités créatives ou d’autres qui permettent de développer l’imaginaire !

Est-ce que vous devez suivre tous ces conseils à la lettre ? Non, faites-vous confiance et surtout n’oubliez pas que vous êtes plus résistant que vous ne le pensez !

 

Emilie Pohl est une psychologue clinicienne indépendante d’orientation intégrative, spécialisée dans le champ du psychotraumatisme. Elle exerce à Strasbourg.
www.emiliepohl-psychologue.fr