Psycho et confinement : pourquoi je n’arrive pas à me mettre au boulot ?

Comme beaucoup de personnes en confinement, Julie a beaucoup de mal à se (re)mettre au boulot. Pourtant, ce ne sont pas les idées qui lui manquent. Emilie Pohl, psychologue clinicienne, nous aide à comprendre pourquoi il est si difficile de s'y mettre, en ce moment.

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Depuis 10 jours, c’est la même rengaine. Une fois mon état de tristesse intense (à l’idée de ne plus revoir mes collègues et ma famille) passé, je me suis mis une idée en tête : je profiterai de cette quarantaine pour finir absolument toutes les tâches en attente qui trottent dans mon crâne depuis des mois.

Et j’étais vraiment motivée : me remettre à la photo, ouvrir un compte Instagram, cuisiner autre chose que des pâtes, payer mes PV de stationnement avant qu’il ne soit trop tard, faire mes carreaux, ou même apprendre des nouvelles postures de Yoga… Des idées, je n’en manquais certainement pas. De la motivation non plus. Enfin, c’est ce que je croyais.

10 jours plus tard, j’ai peut-être coupé quelques légumes pour me donner bonne conscience, mais je ne vois toujours pas à travers mes vitres et je redoute chaque jour de recevoir la relance suite à mes impayés (et comme je ne me déplace plus jusqu’à la boîte aux lettres, le suspense reste intact).

Pourquoi, alors que j’avais très envie de me mettre à bosser sérieusement, je n’y arrive pas ?

Figurez-vous que quelques connaissances en psychologie peuvent nous aider à comprendre cette situation. Et c’est Emilie Pohl, psychologue strasbourgeoise, qui m’aide à répondre à cette question que l’on se pose tous.

 

Pour l’instant, les effets du confinement sur notre comportement ne sont pas encore clairement identifiés. Les chercheur(e)s tentent de trouver des parallèles entre des situations qu’ils connaissent déjà et la situation actuelle de la Chine qui sort de six semaines de confinement.

Je peux déjà me permettre de faire un lien avec une situation qu’on appelle « la détention ».

Se sentir comme un détenu ? 
Un individu se retrouve dans cette situation lorsqu’il est, entre autres, privé de sa liberté, impuissant et face à l’incertitude de son avenir, dans un contexte de violences. Il est fort probable qu’en lisant cette dernière phrase certains éléments vous fassent écho, vous qui êtes confinés, impuissants, dans l’incertitude de votre avenir et privés de certaines de vos libertés.

La détention peut induire un traumatisme psychique. Il est d’ailleurs question dans la littérature scientifique de « choc carcéral », avec, chez les détenus, des signes d’état de stress aigu dans les 48h suivant l’entrée en détention. On entre donc dans la psychotraumatologie.

Vous allez certainement me demander où est le rapport : lorsque nous sommes confinés, nous ne sommes pas dans un contexte de violence (à l’exception des violences intrafamiliales malheureusement présentes dans certaines familles). Vrai. Mais regardons de plus près ce qu’est le traumatisme psychique

Un état de stress plus élevé
Il y a dans le traumatisme psychique un état de stress intense et une confrontation au réel de la mort. Dans le contexte sanitaire actuel, nous vivons tous
un état de stress plus élevé qu’à notre habitude. C’est une réaction physiologique normale.

Nous devons nous adapter à de nouvelles règles de vie en société. La peur sous-jacente est aussi normale puisqu’objectivement, il y a une insécurité sanitaire qui menace la survie de notre espèce.

Prendre conscience de la mort ?
Il y a également « la mort » qui se dévoile dans l’inconscient collectif et dans l’inconscient de chacun. Et c’est lorsque l’on se confronte à cette mort, qui ne peut être décrite, que peuvent apparaitre plusieurs types de comportement, dont la
sidération.

Ce mécanisme psychique de survie s’enclenche dans les situations terrorisantes et de non-sens absolu. Il nous empêche de faire quoi que ce soit : on se retrouve sidéré.

Et cela pourrait expliquer pourquoi, à l’annonce du confinement et de ce changement majeur dans notre vie, il nous est difficile voire impossible de se mettre au travail.

C’est une lecture personnelle mais partagée par des collègues de Monde Psy’. C’est le cas de Serge Hefez, psychiatre et psychanalyste, qui déclare, dans un article de France Inter : « Nous vivons tous un traumatisme collectif (…) avec la sidération, on est comme cristallisé à l’intérieur de soi-même ».

Mais rassurez-vous : cet état de sidération est passager. Dans un prochain article, nous vous donnerons des clés pour bien vivre votre confinement ! 

 

Emilie Pohl est une psychologue clinicienne indépendante d’orientation intégrative, spécialisée dans le champ du psychotraumatisme. Elle exerce à Strasbourg.
www.emiliepohl-psychologue.fr