Pourquoi Vossloh Cogifer ne trouve pas d’usineurs ?

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Le 24 septembre, onze apprentis ont intégré la formation d’usineurs sur commande numérique en alternance au CFAI à Reichshoffen. Objectif : intégrer la société Vossloh-Cogifer.

La société Vossloh Cogifer est présente à travers le monde et compte 3 900 salariés. Leader des systèmes de fixation de voie et des systèmes d’aiguillage, elle est spécialisée dans l’infrastructure ferroviaire. Industrie métallurgique productrice de composants clés éprouvés, elle agit en tant que fournisseur unique de solutions et services intégrés couvrant l’ensemble du cycle de vie ferroviaire.

En France, son siège social est basé à Rueil-Malmaison (92). A Reichshoffen, son site technologique existe depuis 250 ans. A ses débuts, c’est un des ateliers de la Schmeltz qui devient en 1976 l’entreprise De Dietrich Appareils de Voie. Qui sera suivie par les créations de Socader en 1978, de Cogifer en 1984 pour être finalement rachetée par l’industriel Vossloh en 2002. Aujourd’hui Vossloh Cogifer Reichshoffen totalise 320 salariés dont 200 en production. La société fait partie du bassin industriel de Haguenau. Elle peine à recruter de nouveaux salariés.

Une mauvaise image qui lui colle à la peau

En septembre 2018, le bassin d’emploi de Haguenau affichait un taux de chômage de l’ordre de 5,9 %. La société Vossloh Cogifer a des postes à pourvoir mais connaît des difficultés de recrutement. Pour Julien Schaeffer, Directeur du site Vossloh Cogifer de Reichshoffen, « l’intelligence collective n’a pas mis en avant les métiers de l’industrie et nous payons aujourd’hui cette dévalorisation. Les difficultés de recrutement sont réelles selon les postes à pourvoir ».

Un paradoxe dont les racines sont profondes. Malgré la désindustrialisation, les entreprises proposent des offres d’emploi. Mais le monde industriel est victime d’une mauvaise image. L’enjeu des industriels passe incontestablement par une image à redorer. Et par les mentalités qui doivent changer. En France, l’apprentissage n’est pas mis en avant alors qu’en Allemagne, il est plébiscité.

Face à l’augmentation de sa charge de travail, la société Vossloh Cogifer recherche des usineurs. Ce sont eux qui réalisent les pièces usinées prêtes à l’emploi. « Il faut des compétences pour réaliser les produits. L’avenir de l’industrie ne se fera pas qu’avec des ingénieurs » appuie Michel Iellatchitch, Directeur des Ressources Humaines Europe de l’Ouest et du Sud – Afrique. Vossloh Cogifer a réfléchi différemment pour faire face à la pénurie du métier sur le bassin d’emploi.

L’industriel a lancé un programme ambitieux de recrutement-formation pour son site de Reichshoffen. « Au lieu de débaucher des salariés au sein d’autres entreprises, nous souhaitons en former et augmenter le nombre d’usineurs sur commande numérique » souligne Michel Iellatchitch. En effet, cette situation critique amène certains industriels à user de primes à la débauche : ils  piochent chez les autres leurs ouvriers qualifiés.

Des compétences révélées

Vossloh Cogifer a conclu un partenariat avec Pôle Emploi, Manpower et le CFAI (Centre de Formation des Apprentis de l’Industrie) à Reichshoffen. En septembre dernier, une première session de recrutement a démarré. Après une information collective réalisée par Pôle Emploi, les 12 et 14 septembre, une cinquantaine de candidats étaient réunis pour passer des tests via la Méthode de Recrutement par Simulation (MRS).

« Pôle Emploi a déterminé les habiletés nécessaires pour tenir le poste comme la concentration et se représenter un objet dans l’espace » explique Frédéric Bleesz, conseiller à l’équipe Entreprise à Pôle Emploi Haguenau. Cela a permis d’élaborer des tests qui sont proposés à tous ceux que ce métier intéresse sans l’obligation d’une formation préalable dans le secteur d’activités : chômeurs et salariés qui souhaitent se reconvertir, jeunes diplômés ou pas. « La MRS permet de brasser tous les profils. Au moment des tests, on se retrouve dans le vif du sujet, on reproduit une gestuelle à faire sur le terrain » ajoute Frédéric Bleesz. Exit le CV, les profils ne sont pas calibrés et les candidats viennent de différents horizons.

Une formation gagnante

À l’issue, 16 candidats ont été sélectionnés et reçus en entretien individuel chez Vossloh Cogifer par trois superviseurs du secteur usinage Michel Zirnhelt, Sébastien Ruch et Florian Wilhelm, et René Nies, Responsable Ressources Humaines ainsi que par Thomas Feidt, responsable de l’agence Manpower à Niederbronn-les-Bains. « 11 candidats ont intégré la formation d’usineurs en contrat de professionnalisation. Ils bénéficient d’une formation rémunérée en alternance pendant 9 mois en tant que salarié intérimaire » explique Anne-Catherine Brun, responsable de la formation, secteur Alsace et Vosges, chez Manpower. La formation est prise en charge par Manpower et Vossloh Cogifer. Elle se déroule en alternance au CFAI, implanté sur le site de production, et chez l’industriel.

Les 12 et 14 septembre, les candidats se sont retrouvés à Pôle Emploi Haguenau, immergés dans les conditions de travail du poste. C’est à dire en étant soumis à des consignes et des procédures d’assemblage de composants dans un environnement proche d’un atelier le tout pendant 3h30. Ils ont répondu à des questions développées sous 7 thèmes différents permettant de mesurer leur habileté au poste.
Le 24 septembre, les 11 futurs usineurs ont intégré le CFAI. Damien,
Jonathan, Tristan, Arnaud, Florian, Nabil mais aussi Guillaume, 26 ans. Il est détenteur d’un BAC PRO Service et proximité de vie locale, il connaît le secteur industriel et a aussi été magasinier cariste. Ramazan, 35 ans, a travaillé 2 ans en production et 10 ans en gestion administrative et commerciale. Clément, 32 ans, a obtenu un BTS Unités commerciales et a travaillé de nombreuses années dans la grande distribution. Il souhaite se reconvertir dans un « métier manuel où il utilise aussi sa tête ». Il est en congé sabbatique afin de suivre la formation. Maxime a 20 ans. Il a obtenu un BTS Assurances suivi d’une expérience en industrie où il a aimé l’esprit d’équipe. Et Jérémy, 18 ans, vient d’obtenir un BAC STMG. Il a envie de travailler et « de ne pas rester assis derrière un bureau ».

Pour Michel Zirnhelt, leur superviseur, le retour est positif, « ils respectent les consignes et sont tous motivés ». Vossloh Cogifer prévoit de reconduire cette opération en 2019 et 2020, opération ouverte à toutes et à tous.

A la fin de leur formation, les 11 apprentis-usineurs se verront délivrer un certificat de qualification professionnelle de la Métallurgie. Un atout gagnant et l’assurance de trouver un travail dans le bassin d’emploi industriel de Haguenau.