Pour de vrai, une exposition pour dénoncer l’inceste

L’événement est baptisé « Pour du vrai » pour insister sur la très dure réalité des choses. Organisé par Victimes Incestes Alsace, une association créée il y a six mois dans le Nord Alsace, il aura lieu les 9 et 10 octobre au foyer catholique, 6 rue de l’école à Schweighouse-sur-Moder. C’est une première dans la région autour d’un sujet encore tabou.

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©Victimes Inceste Alsace

L’idée est de sensibiliser les citoyens et les médias qui parlent très peu de ce fléau, de faire de la prévention si rare en France, et de permettre à des milliers de personnes de trouver une écoute. En France, le nombre de personnes qui déclarent avoir subi un inceste semble irréel. 6 millions ! Pourtant, malgré les succès des livres de Vanessa Springora et de Camille Kouchner notamment, on en parle encore très peu. Alors que le niveau de perversité, de cruauté, comme le sentiment d’impunité des adultes à l’égard des enfants sont encore sans équivalent, il est improbable que l’on trouve une ligne dans les programmes des candidats aux Élections présidentielles. L’opinion, elle, se place du côté des victimes, elle est en avance sur les décisions politiques jusque-là quasi inexistantes par rapport à la gravité de la situation. Le public devrait répondre présent les
9 et 10 octobre à Schweighouse.

Pour du vrai

Le prix d’entrée, 1 euro, est symbolique, mais les photos de cette exposition seront un énorme coup de projecteur sur les fléaux que sont l’inceste, le harcèlement de rue et scolaire et le viol. Des images qui bousculent (les plus choquantes seront exposées dans une salle à part). Pour du vrai ce sont aussi des peintures, des poèmes et un flash mob prévu le dimanche pour les victimes de violences conjugales ; une chanteuse interprétera N’insiste pas de Camille Lellouche. Une visite VIP est également organisée spécialement pour les maires, une trentaine sont invités à venir.

Cet événement est une première étape pour Victimes Incestes Alsace. Début novembre, un local ouvrira ses portes grâce à la maison des associations et la Ville de Haguenau qui n’ont pas hésité. D’autres municipalités ne réagissent pas de la même façon, c’est encore très tabou. Le travail pour les membres de l’association et les victimes ne fait que commencer. En fin d’année, un flyer sera distribué dans les cabinets médicaux, avec un poème, un témoignage, un dessin notamment. Mais là aussi, les portes ne s’ouvrent pas facilement. Il faut insister, qu’un jour tout s’arrête…


Témoignage
Davina Deseigne
« J’étais en état de guerre »

Maxi Flash : Pour commencer, un mot sur votre histoire.
Davina Deseigne : À partir de l’âge de 8 ans, j’ai été abusée par mon frère. Il avait 16 ans. J’ai réussi à le dire à ma mère, mais elle ne m’a pas crue. Cela a duré des années. Il existait chez nous un climat incestuel, on peut dire que les limites n’étaient pas posées. Il est très important de parler aussi de ce genre de climat… Mon père montrait ses parties génitales en permanence, il n’y avait pas d’hygiène, il nous regardait ma sœur et moi, nos seins, nos fesses… Je ne me souviens pas de tout… Le matin, on retrouvait nos culottes aux pieds du lit, on ne savait pas ce qui s’était passé dans la nuit. Je me souviens qu’il nous battait. À 20 ans, je me suis engagée dans l’armée. C’est à partir du moment où j’ai quitté le cercle familial que mes souvenirs sont revenus.

Vous en avez parlé ?
Oui. On a fait une réunion familiale qui s’est très mal passée. Mon frère rigolait, mon père qui d’habitude avait une grande gueule ne disait plus rien. C’était très théâtral. Quand j’ai dit que je voulais consulter un psy, mon père s’est foutu de moi. C’était très difficile à supporter. Après ma première séance, il m’a dit « alors, tu n’es plus malade, tu n’es plus folle ? »

Mais vous avez construit votre vie ?
Oui. Je me suis mariée, j’ai eu deux enfants, mais les deux grossesses ont été très difficiles, je faisais beaucoup de cauchemars. Ces moments-là révèlent beaucoup de choses. Et puis ma mère est décédée et cela a déclenché de grands changements. C’était comme une prise de conscience. Je me suis affirmée. Je suis devenue plus féminine. Mon mari était beaucoup trop absent, je ne supportais plus cette solitude. J’ai divorcé. J’ai rencontré un autre homme et je suis tombée enceinte. C’est là que le stress post-traumatique est apparu. J’avais des flash-back, je n’acceptais plus rien, pendant cette grossesse, j’étais en état de guerre, je me scarifiais. J’ai fait deux tentatives de suicide et j’ai été prise en charge au CMCO de Schiltigheim.

Et maintenant, comment allez-vous ?
Cela n’a rien à voir, je vais beaucoup mieux. Comme je ne trouvais rien dans la région pour aller plus loin, que je me sentais beaucoup trop seule dans cette épreuve, j’ai créé l’association avec l’envie d’aider des jeunes, de faire de la prévention. Nous proposons une bibliothèque gratuite avec des livres références sur le sujet et cette première manifestation «Pour du vrai» à Schweighouse-sur-Moder les 9 et 10 octobre. Une troisième victime d’inceste vient de rejoindre l’association. Pour elles l’adhésion est gratuite. En ce moment, je suis une formation pour animer des groupes de parole et accueillir des victimes dans nos locaux, et j’espère que des portes vont s’ouvrir, dans les mairies, dans les cabinets médicaux. Mais c’est encore compliqué, on essaye d’y aller petit à petit. On ne peut pas rester dans le silence.


Le chiffre : 6 millions

C’est le nombre de personnes qui déclarent avoir subi un inceste. En France, un enfant est violé toutes les heures. Pourtant il est peu probable que l’on trouve une ligne sur le sujet dans les programmes des candidats aux élections présidentielles.

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