Pierre Kretz, Ich Ben A Beesi Frau

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Pierre Kretz est né en 1950 à Sélestat. Il était avocat avant de changer de cap et de devenir écrivain, en 2000. 5 ans plus tard, son grand succès « quand j’étais petit j’étais catholique » lance sa deuxième carrière, sa deuxième vie. Il publiera aussi «le gardien des âmes», « Vies dérobées « ce mois-ci aux Éditions Le Verger, et « Ich ben a beesi frau » qui a donné naissance à une pièce en dialecte surtitré en Français. Elle sera jouée le 27 novembre au Théâtre de Haguenau.

Êtes-vous Haut-Rhinois ou Bas-Rhinois ? La question est un peu tordue, je l’avoue

J’ai été conçu dans un petit village catholique du vignoble du 68, mais la maternité la plus proche était dans le 67, à Sélestat. C’est peut-être déjà un signe du destin. J’ai fait des études de droit, je suis devenu avocat, j’adorais ce boulot, mais je voulais écrire. Je savais que le métier d’avocat était trop prenant pour concilier les deux. Comme je suis né en 50 et que j’aime les chiffres ronds, j’ai dit, le 31 décembre de l’an 2000, j’arrête le barreau. J’ai fait une fête que j’ai appelé « je tombe la robe ».

Sans regret ?

Parfois. C’était un métier très enrichissant, mais en même temps, j’ai eu le bonheur d’écrire, et de publier des ouvrages qui ont marché en Alsace, en Allemagne et en Suisse, en particulier « Ich Ben A Beesi Frau ». En France cela s’est perdu, mais en suisse et en Allemagne, la tradition des pièces radiophoniques perdure et permet à de nombreux écrivains de vivre de ça, elle a obtenu le prix de la meilleure pièce radiophonique en dialecte dans l’ère germanophone.

Vous êtes engagé dans le mouvement « l’appel des 100 » pour la sortie de l’Alsace du Grand Est, vous pensez que c’est une vraie catastrophe, et vous avez publié un livre très « politique », « l’Alsace n’existe plus ». Pourquoi ?

Je pense maintenant que pour un écrivain, faire des écrits politiques, ce n’est pas une bonne chose. On est vite enfermé là-dedans, et c’est très difficile d’en sortir, mais j’ai eu envie d’écrire sur un sujet qui me touche. On ne peut pas calculer au moment où l’on écrit, sinon, on ne s’en sort pas, on arrête d’écrire. Il faut y aller et il se trouve que j’ai eu envie de faire un essai polémique, d’une manière légère, avec mon style et mon plaisir d’écrire. C’est politique, et voilà.

Vous connaissez bien l’Alsace du Nord ?

Les Haut-Rhinois pensent que l’Alsace s’arrête au nord de Strasbourg, qu’après Brumath, il n’y a rien. De la même manière, un Strasbourgeois pense qu’au sud de Mulhouse il n’y a plus rien. Quand j’étais môme, je me souviens d’un garçon qui venait d’Alsace du Nord. Il y avait un attroupement autour de lui tellement on trouvait cela drôle lorsqu’il parlait le dialecte. Pour nous, Haut-Rhinois, c’était un truc invraisemblable. Ensuite, quand j’étais avocat, j’allais dans les tribunaux d’instance de Haguenau et de Wissembourg (qui a été supprimé depuis). J’adorais les tribunaux de campagne, parce que c’est la vraie vie. J’ai prêté serment en 1974, à l’époque, il y avait des gens qui ne parlaient pas du tout français. Je ne souviens d’une affaire d’injures à Wissembourg, il y avait un interprète qui devait traduire « lumbapack », et il a dit « sac de nippes », ce qui avait fait rigoler tout le monde, y compris le juge. Et puis l’Alsace du Nord, c’est surtout le théâtre à Lichtenberg, un lieu unique, tout à fait remarquable. J’y ai écrit, j’ai mis en scène sept pièces, j’ai traduit Molière et Goldoni. C’était mon point d’ancrage théâtral, des années 80 à 2000.

Dans votre actualité, il y a un nouveau roman et cette pièce qui est une très belle aventure !

Oui, elle sera jouée le mardi 27 novembre à 20h30 au Théâtre de Haguenau. « Ich ben a beesi frau », je suis une méchante femme, nous emporte dans un monde proche et lointain à la fois, celui des campagnes alsaciennes du milieu du XXe siècle, dans un village qui pourrait se trouver n’importe où en Europe, à une époque où le mot féminisme n’existait pas. La mise en scène est signée Francis Freyburger. En écrivant « Ich Ben A Beesi Frau », en deux semaines seulement, je n’imaginais pas que ce texte serait joué un jour.