Pierre Klein, Désir d’Alsace

Le président de l’Initiative Citoyenne Alsacienne (ICA) est né dans le Bas-Rhin, mais il a passé son enfance dans le Haut-Rhin. Prof d’économie et de gestion, notamment à Haguenau où il termine sa carrière, ancien représentant syndical, il est un militant historique du mouvement culturel alsacien. Rencontre avec Pierre Klein qui confirmera que les deux tiers des Alsaciens veulent toujours sortir du Grand Est, que le nord de notre région est un territoire très impliqué et engagé pour retrouver une institution qui lui est propre.

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D’où vient votre engagement ?

Dans mon enfance, j’avais le sentiment d’être Alsacien, mais il y avait aussi une contrariété ; j’ai été puni à l’école parce que je parlais mon dialecte. En même temps, il y existait une suradmiration de la France, une vraie schizophrénie, une sorte de déchirure. Au fil du temps, des réflexions et des rencontres, je me suis fait une idée de l’identité alsacienne et de ce qui serait à préserver, à sauvegarder, à développer.

Pour vous, que signifie le terme « identité alsacienne » ?

J’ai longtemps cherché à quel concept philosophique accrocher mon identité alsacienne et j’ai trouvé une ligne quand, il y a 25 ans, j’ai découvert le grand philosophe allemand Jürgen Habermas, l’un des pères de l’union dans la diversité et du post-nationalisme. Je m’y suis retrouvé et j’ai inscrit toute ma démarche et celles des associations que je préside dans cette ligne-là : Il faut sortir du nationalisme quel qu’il soit et trouver autre chose pour définir une nation, Habermas dit la chose suivante : « Si le ciment est la Constitution, alors la diversité peut vivre tout autour, l’union peut se faire dans la diversité ». En France, on demande, en particulier à la langue française, d’être le ciment de la nation, ce qui empêche ou interdit la reconnaissance et le développement des autres langues et cultures de France, ce qui construit des clones de citoyens et de territoires, c’est à dire sans nuance, sans aspérité, sans histoire, sans culture, sans identité. 

C’est exactement ça, votre désir d’Alsace ? 

Oui. Quand Daniel Hoeffel vient à nos réunions de l’ICA, il dit souvent la chose suivante : « Nous savons encore ce qu’est l’Alsace, ce que c’était et ce que nous sommes en train de perdre. » Donc notre désir vient d’un malaise, nous savons ce que nous pourrions être.

Un mot sur les réunions de l’ICA…

Nous avons rencontré plus de 2500 personnes en 30 rendez-vous. Ces réunions confirment ce désir et ce malaise. Nous en avons organisé à Haguenau et Wissembourg, le nord de l’Alsace est un territoire très impliqué.

Croyez-vous vraiment à une sortie du Grand Est ?

Non. Pas avec cette majorité. Le blocage semble installé. Néanmoins, nous disons qu’il faut prendre ce qui est à prendre et essayer d’obtenir un petit peu plus. 

Prendre, c’est-à-dire accepter la création de la Collectivité européenne d’Alsace ? 

Oui, et faire en sorte que cela réussisse pour aller plus loin, pour pouvoir un jour démontrer que c’est la collectivité à statuts particuliers qu’il nous faut, pour gérer en propre ce qui nous est propre. La première identité de l’Alsace est géographique, elle n’est pas qu’une extrémité orientale de la France, elle est aussi une extrémité occidentale de la Mitteleuropa. Toutes nos particularités découlent de là et nous devons pouvoir les gérer en propre, tout en gérant en commun avec le reste de la nation ce qui est commun à la nation, c’est une évidence absolue. 

Quels sont vos rapports avec Vincent Thiébaut, député LaREM de Haguenau, qui affirme que la Collectivité européenne d’Alsace n’est qu’un premier socle ?

J’ai toujours dit que c’était quelqu’un qui comprend, nous sommes sur la même longueur d’onde sur les questions linguistiques et culturelles, mais il est au sein d’une majorité et ne peut pas se mettre « en défaut » du courant politique dominant. Il ne m’a pas déçu, car je n’entendais rien de plus de lui. La vraie déception vient d’Olivier Becht, député du Haut-Rhin que nous avons rencontré à plusieurs reprises et qui était le premier à lancer l’idée d’une collectivité pour l’Alsace. On ne l’entend plus.