Pascal Mangin, Putain d’époque

Les théâtres sont occupés, les artistes mobilisés font entendre leurs voix tellement essentielles. Mais tout cela sert-il à quelque chose dans cette époque de pandémie et de restrictions culturelles qui n’en finit plus ? La réponse est non, et c’est sans doute ce qui agace le plus le patron de la culture du Grand Est. Pascal Mangin n’a pas compris le traitement réservé à la culture et l’acharnement du gouvernement à maintenir les musées et les centres d’art fermés. Rencontre dans l’air du temps menaçant avec le Conseiller régional du Grand Est et Président de la commission culture, notre invité cette semaine.

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La culture est fermée à double tour ou presque depuis des mois. Quel est votre sentiment?

Personne n’est en sommeil. Ceux qui font la culture, les artistes, tout le monde travaillent. On a imaginé des solutions pour rouvrir, un nombre de solutions qui est plus long que celui des lettres de l’alphabet, plan A, plan B, plan C, etc. Chacun a montré une énergie incroyable, une capacité à s’adapter à une situation que l’on ne pouvait pas imaginer… Je ne peux pas utiliser le mot horrible, car il y a des gens qui sont malades, des gens qui souffrent, mais la culture et les artistes sont dans une difficulté extrême. Quand je vois que les gamins vont au lycée, mais qu’ils ne peuvent pas aller au cinéma ou un spectacle, ce n’est pas raisonnable. Quant aux musées, s’il y a bien un endroit où l’on ne s’approche pas trop des gens, où l’on ne touche à rien, c’est bien là.

Je sens beaucoup d’agacement. Vous regrettez que le gouvernement ne travaille pas assez avec les territoires,
en fait ? 

Je ne fais pas de reproches à ceux qui gèrent la crise, mais j’ai la chance d’agir sous l’autorité de Jean Rottner, un président qui est médecin et qui comprend bien ce qui se passe. Ce qui est certain c’est que l’on n’a jamais imaginé qu’on en serait là, un an après. Notre monde s’est réduit. Au-delà de la culture, les solutions sont venues d’un triangle, l’État qui doit évidemment gouverner et fixer un cadre, les collectivités territoriales et aussi les interlocuteurs qui sont par exemple pour la librairie le CNL ou le syndicat du spectacle vivant. Malheureusement, l’État travaille soit avec les uns, soit avec les autres. Par exemple, on ne sait pas si demain, avant un concert, on sera obligé de se faire tester, mais ce que l’on sait c’est que localement on a des solutions. Quand l’Allemagne a durci les conditions d’entrée sur son territoire et que cela a posé des problèmes à ceux qui travaillent tous les jours de l’autre côté du Rhin, on a mobilisé les étudiants et les écoles d’infirmières pour tester les gens. Il faut que l’on nous dise clairement quels seront les protocoles de réouverture. Ce que je propose, c’est que l’on travaille beaucoup plus ensemble. L’État, les territoires et les acteurs culturels. Ensemble on peut trouver des solutions. 

Comment la culture peut-elle se remettre de tout cela, comment peut-elle se remettre en
marche ? Comment peut-elle reprendre sa place ?

Moi, je suis un pessimiste optimiste. Je pense que du mal peut toujours naître le bien. On a vu que l’été dernier, même quand on a transformé les choses en petits festivals, les gens sont venus. Je n’ai pas de doute sur le désir des spectateurs. On aura terriblement besoin de retrouver le contact avec la culture, avec les œuvres, qu’elles soient théâtrales ou musicales, je n’ai pas d’inquiétude là-dessus. On a vu que le festival Musica, qui est passé entre les gouttes, a attiré beaucoup de monde. Mais il va falloir reconstruire des pratiques. Pour le cinéma par exemple, c’est difficile, car les jeunes générations se sont complètement déshabituées de la salle. Il faudra faire un énorme effort pour que les gens y retournent.  

Justement en parlant de cinéma, la soirée des Césars a été aussi désastreuse que la période que nous traversons, mais pour le représentant de la culture du Grand Est, il y a eu des satisfactions !

Oui, il ne faut retenir que le palmarès et les films qui étaient en compétitions, ils exprimaient assez bien la diversité de la production du territoire, du court-métrage au long-métrage, en passant par le film d’animation. Et pour Josep, soutenu par le Grand Est et déjà récompensé au festival des films européens à Berlin, le César du meilleur film d’animation est une formidable nouvelle. En ce moment, même si les conditions sont très compliquées, ça tourne beaucoup en Alsace, des longs-métrages et des séries comme En quête de vérité pour France 2 qui a mobilisé une centaine de comédiens de la région et une grosse production de TF1 va démarrer. 

Un mot sur la CEA, la Collectivité Européenne d’Alsace. De votre point de vue, ça change quoi pour la culture en Alsace ? 

Du point de vue de la culture, c’est plutôt une chose intéressante. La circulation des artistes, des compagnies, se faisait très bien au niveau de l’Alsace, elle se fait très bien au niveau du Grand Est, elle se fera encore plus facilement. La culture est une compétence partagée et c’est bien pour les acteurs culturels. 

Serez-vous aux rendez-vous des prochaines élections
régionales ?

Pour reprendre les mots de mon président, le plus important aujourd’hui c’est la campagne vaccinale, mais évidemment, je souhaite qu’il soit candidat. 

Et vous resterez donc à ce poste de responsable de la culture ?

Ah, ce n’est pas moi qui décide !

Mais vous pouvez avoir des désirs ?

Oui, mais le désir est quelque chose d’intime   

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