Olivier Claudon, Seul dans la ville

Le journaliste Olivier Claudon signe un premier roman au cœur de Strasbourg, au moment de son évacuation en 1939, Et la ville sera vide, aux Éditions La Nuée Bleue (Collection l’histoire est un roman). L’histoire d’un orphelin en quête de ses racines et celle d’un inspecteur envoyé par le président d’une banque parisienne à la recherche d’un stock d’or, juste avant que le monde bascule.

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Pourquoi écrivez-vous des romans ?

J’écris depuis longtemps. J’aime imaginer des endroits différents, des époques différentes. Courir dans les rues de Strasbourg en 1939, c’est quelque chose que l’on ne peut pas faire autrement que par l’écriture. Et puis, j’ai toujours été passionné par l’histoire. L’idée c’est d’abord de se faire plaisir et de voyager. C’est aussi l’aboutissement d’un long travail. Une façon de parler du monde, de raconter les choses avec une forme de liberté.

Une liberté que vous ne trouvez pas forcément dans la profession de journaliste ?

Quand on est journaliste, il faut s’astreindre au fait, à des analyses qui doivent correspondre à la réalité. La démarche est d’expliquer à des gens qui n’y étaient pas ce qui s’est passé, c’est le reportage, et la littérature c’est autre chose. Souvent, on me demande de décrire la différence entre l’écriture journalistique et l’écriture romanesque ; dans le roman on fait ce que l’on veut, on part de zéro, on invente, mais pour ce livre qui se situe dans un cadre historique, ce n’était pas si éloigné finalement, j’ai emmené le lecteur dans un endroit où il n’était pas, un endroit qu’il ne connaît pas.

Le Strasbourg vide de 1939…

Oui, un épisode qui a existé et dont on ne sait que très peu de choses.

Vous êtes partis des photos d’époque, c’est ça ?

Oui, les photos avec des chats dans les rues désertes de Strasbourg, les silhouettes fantomatiques, les policiers au loin, vous voyez ? Je me suis dit qu’il y avait un truc à faire, pour première fois, on a vidé une ville de 200 000 habitants, c’est inédit et complètement romanesque.

À quel moment l’histoire de votre roman a-t-elle rejoint la vôtre ?

J’ai grandi avec des grands-parents qui ont connu la Seconde Guerre mondiale, ils ont fait de la résistance. Ce qu’ils ont vécu était présent dans les conversations régulièrement. Mon grand-père alsacien se prénommait Albert, comme le jeune orphelin de mon roman.

Après l’écriture de ce livre, vous avez passé un appel à témoin dans les DNA, le journal pour lequel vous travaillez, pour quelle raison ?

Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire d’un point de vue journalistique, je voulais retrouver des gens, car s’il existe des témoignages sur l’évacuation dans le sud-ouest, on sait très peu de choses sur ceux qui sont restés en Alsace.

En fait, les civils pouvaient entrer dans Strasbourg dans la journée pour récupérer des effets personnels dans leurs logements ?

Oui, dans les rapports il est écrit que les pompiers ont ouvert 3000 portes à des gens qui avaient perdu leur clé et qui revenaient dans leur appartement. J’ai rencontré deux personnes qui avaient 9 et 14 ans à l’époque, et qui ont traversé cette ville fantomatique, ils m’ont donné des détails sur les affiches de cinéma qui ne changeaient pas, la tarte qui était restée sur la table chez la voisine tellement le départ a été précipité, etc. J’avais passé deux ans à imaginer mon histoire en 1939 et c’était très étonnant cette impression de partager les mêmes souvenirs avec ces personnes de plus de 90 ans.