Mûr

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J’essaye de décrocher, je me dis que cela suffit cet acharnement, que l’on va finir par penser que je suis un sale type. J’essaye, mais c’est comme pour un bon steak, il arrive toujours un moment où j’ai envie du fruit défendu. En fait, ses airs de victime des médias qui n’a pas dit ce qu’elle a dit mais qui l’a dit quand même avec cette voix ascétique qui tente de s’élever pour prouver qu’elle est tellement pleine de bonnes intentions continuent à m’exaspérer. L’autre jour, voilà que l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace annonce que son ambassadrice est virée sur le champ, et ce n’est pas le fruit du hasard. La raison invoquée est son engagement végan. Rien à voir avec ses idées politiques et son vote pour Marine Le Pen, paraît-il. Étrange, non ? L’ex-Miss l’était déjà à la signature de son contrat « juteux » et jusque-là, cela n’avait gêné personne. On ne peut pas être à la fois végan et égérie des fruits et légumes ? Qu’est-ce qui est pire ? Être pro Le Pen ou éviter la viande et dire que « nous sommes tous des animaux » ? Rien à voir avec son engagement pour l’extrême droite ? Rien à voir avec l’émission sur C8, cette poubelle remplie de déchets toxiques et recyclables à l’infini avec laquelle Hanouna fait ses choux gras ? En fait, le ver est dans le fruit ; dans le paysage, elle fait un peu tache de gras sur le tee-shirt de l’Interprofession. L’image de la Miss ruine le fruit de ses efforts pour la région. Il y a quelques semaines, un chef d’entreprise nous racontait que pendant la pandémie, il avait demandé à des personnalités alsaciennes une petite vidéo de soutien et qu’une seule avait exigé de l’argent… Je vous laisse deviner laquelle. J’écris cela, car, lorsqu’on ramène sa fraise à ce point pour prouver que l’on est une belle personne et « qu’il y a tant de cœurs
asséchés », l’image que l’on renvoie est peut-être le fruit de ce que l’on est profondément. Une petite courge sans importance qui devrait peut-être se taire plutôt que de remplir les vides qu’elle a créés elle-même. Heureusement cette semaine, le discours de Vincent Lindon à Cannes m’a ému aux larmes ; il a parlé de lutte contre le fascisme, de conscience à réveiller, d’exigence, de ceux qui souffrent vraiment dans le monde, et l’on était si loin de la vacuité des propos de l’ex-égérie des fruits et légumes. Alors promis, avant d’aller en enfer, je n’en parlerai plus. Et comme dirait ma voisine : afructueusement.

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