Lucas Schrub, premier hiver en ville

Né à Haguenau en 1998, il passe sa jeunesse en Lorraine. Mais Lucas Schrub est revenu chez lui fin août pour prendre la suite de Jérôme Becker à la Maison de la presse de la Grand’rue. Rencontre au rayon littérature avec un amoureux fou des mots. Et quand on parle de livres, l’amour n’est jamais très loin.

783
Le jeune libraire dans ses rayons de la Maison de la Presse / ©EG

Quel parcours vous a amené à devenir libraire ?

J’ai fait un bac littéraire et je suis parti à Strasbourg pour mes études supérieures. J’ai fait une licence de lettres modernes en trois ans, et un master édition. Pendant ces deux années, j’ai fait des stages au Verger Éditeur, aux Presses universitaires et à la librairie Gutenberg à Strasbourg. Je me suis occupé des rayons poésie et théâtre, et puis, peu à peu, j’ai pris la main sur le rayon littérature. C’est là que j’ai fait mes armes et cela m’a sensibilisé à beaucoup de choses. Mon objectif n’était pas forcément de devenir libraire, mais pour un premier emploi c’est super, c’est un lieu que j’affectionne particulièrement.

Vous rêviez d’être auteur ?

Je ne sais pas. J’écris. Principalement de la critique pour les réseaux sociaux et la revue Page. Pour le cinéma et le site Bande à part aussi. Après, je suis tombé dans la littérature assez vite, car mes parents m’ont mis des livres dans les mains très rapidement et l’une de mes tantes est représentante pour la librairie. Le déclic s’est fait pendant mes années de lycée, en filière littéraire. Les deux livres qui m’ont marqué sont Un roi sans divertissement de Jean Giono et Paris est une fête d’Ernest Hemingway qui a été réédité au moment des attentats et je l’ai lu à ce moment-là, avant de lire tous les autres livres d’Hemingway. Je lis énormément, quatre ou cinq livres par semaine.

Il faut aimer les livres à ce point pour être libraire ?

Oui. Complètement. Je lis principalement de la littérature française, pas mal d’autofictions puisque c’est ce qui se fait beaucoup en ce moment. J’ai une culture classique qui n’est pas exhaustive, elle vient principalement de mes études, mais j’ai un bon bagage littéraire on va dire, une base assez solide.

C’est une belle histoire de revenir à Haguenau, votre ville, en tant que libraire ?

Oui. Même si j’ai peu de souvenirs de Haguenau, c’est une ville que je redécouvre, et une clientèle que je découvre complètement. Ce n’est pas du tout la même chose qu’à Strasbourg, et même si l’espace librairie bénéficie du label librairie indépendante de référence, c’est quand même une très grosse librairie. J’apprends à connaître les clients. Je ne suis pas un lecteur de Marc Levy ou de Guillaume Musso, mais je les vends. Je ne peux pas conseiller que des choses pointues, mais aussi des ouvrages de maisons d’édition indépendantes qui publient des livres très accessibles.

Les Haguenoviens achètent quel genre d’ouvrages ?

L’alsatique marche bien avec des maisons d’édition comme le Verger ou le Bastberg, les auteurs viennent ici en dédicaces. Et puis, il y a les meilleures ventes en Maisons de la presse, comme ailleurs en France, mais honnêtement, en littérature j’arrive à vendre de tout. Il y a les lecteurs qui restent dans ce qu’ils aiment, d’autres qui sont plus curieux. Depuis que je suis là, c’est vraiment du 50/50 entre ceux qui savent ce qu’ils veulent et les clients qui viennent chercher du conseil.

Avez-vous déjà vos clients fidèles ?

Cela se construit petit à petit. C’est beaucoup de discussions au départ, il faut prendre du temps. C’est toujours un plaisir de conseiller des clients, parfois à la Maison de la presse, il m’arrive de parler de littérature pendant une heure.

Avez-vous lu La Plus Secrète Mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr, le prix Goncourt ?

Oui je l’ai lu. C’est un énorme coup de cœur. Je le défends, car déjà il est publié par une maison d’édition indépendante et je suis ravi pour l’éditeur, c’est une belle reconnaissance pour lui et pour ce jeune auteur de 31 ans. Écrire un livre comme celui-là à cet âge, c’est vraiment remarquable. Ce n’est pas un livre très accessible c’est vrai, mais quand j’en parle je dis toujours « ne lisez pas ce livre parce qu’il a eu le prix Goncourt, lisez-le parce que c’est un grand livre », je le pense vraiment. Il m’a bouleversé. C’est l’un des plus grands livres que j’ai lus ces dernières années. Il n’est pas facile à vendre c’est certain, pas comme L’anomalie l’année derrière qui a fait plus d’un million de ventes en France. D’habitude pour un prix Goncourt, on est plutôt dans les 200 000.

Quels sont vos coups de cœur du moment ?

Je lis énormément la littérature italienne, que ce soit les premiers romans ou les auteurs confirmés, parce que c’est une littérature qui me parle. Elle a quelque chose de très particulier, notamment lorsqu’il s’agit de parler d’amour. L’amour à l’italienne c’est quelque chose. Cela n’a rien à voir avec les romans d’amour français. L’un de mes coups de cœur de l’année est Le dernier été en ville de Gianfranco Calligarich, sorti en Italie en 1973, c’est une première traduction française, une très belle histoire d’amour, une histoire impossible, un livre mélancolique comme un film de Fellini, tellement agréable à lire, c’est fantastique. Dans mes coups de cœur, il y a aussi Tableau final de l’amour de Larry Tremblay.

Vous avez 23 ans, comment voyez-vous votre avenir ?

Ce que j’aime le plus, c’est de conseiller un livre et d’en parler, alors, je vais continuer d’écrire et plus tard, j’aimerais travailler dans une maison d’édition, dans les relations libraires ou en tant que représentant avec un statut d’indépendant.

CONTENUS SPONSORISÉS