L’homme à abattre

Il joue encore largement négatif, mais faute de temps, Davy Sum, 30 ans, stabilise son classement à 0. Tous les 2e série de la région se cassent les dents sur le joueur de Strasbourg, qui vient de remporter son 6e tournoi de la saison. Un monstre version Alsace.

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Cela doit faire une dizaine d’années que je suis le parcours de Davy. À l’époque, il grimpait les échelons quatre à quatre pour aller titiller le « grand circuit », jusqu’à atteindre la 585e place mondiale à l’ATP en 2013. Il avait déjà ce sourire ravageur et ce coup droit qui ne l’est pas moins.

Les années ont passé, mais la persévérance à ce niveau-là demande d’autres investissements, financiers et personnels que Davy n’a pas poursuivis. Il y a quelques années, il a repris la boîte d’informatique familiale, qu’il développe toujours, tout en poursuivant sa passion pour la balle jaune : « J’ai beaucoup de boulot », admet Davy. « Je me suis dit qu’à un moment la motivation allait baisser… Mais quand tu joues bien et que tout va bien, t’as envie d’enchaîner ! » Ce que le Strasbourgeois fait plutôt bien. En 2020, il a déjà accroché cinq tournois à son palmarès : Cronenbourg, Schiltigheim, Seltz, Lampertheim et Oberhoffen, auxquels il convient d’ajouter Souffelweyersheim, gagné en novembre et qui compte pour la saison en cours. Quand il joue à 1/6, Davy perd « en moyenne 3 jeux », de son propre aveu. Il est au-dessus, tout simplement.

Boulot, tennis, boulot

« Pour être négatif, il faut battre des négatifs », rappelle le grand blond. « Le problème c’est qu’il n’y en a plus beaucoup en Alsace. Ceux qui cherchent les points ATP, ils n’ont aucun intérêt à faire les tournois du coin. Après, j’ai battu des étrangers qui jouaient négatif, mais qui étaient assimilés à 0… » Pourtant toujours avec humilité, Davy Sum aimerait parfois matcher un peu plus. « Je fais un peu peur aux négatifs, et en dessous, je suis l’homme à battre. Là j’ai battu Hugo Daubias, qui est -4/6, ça faisait plaisir de le recroiser. »

Habitué du Nord Alsace, Davy garde de bons souvenirs des tournois de Seltz et Oberhoffen : « Ce sont des tournois où il y a toujours du monde ! Pour les finales, les remises de prix, c’est une vraie ambiance de club. Je pense qu’au foot, tu dois vivre un peu la même chose avec les clubs du nord, non ? » En effet, je confirme. Les troisièmes mi-temps sont souvent plus animées quand on passe les frontières de l’Eurométropole. Davy qui regrette de ne pas pouvoir trop s’attarder, « parce que je sais que le boulot m’attend à la maison… Mais c’est cool d’être mon propre patron, ça me permet d’aller faire les tournois ! »

Nagel se met en chasse

Sur ses cinq tournois de 2020, Davy a battu trois fois l’espoir du TC Bischwiller, Arthur Nagel (17ans, 1/6), et il voit en lui la relève : « C’est encore difficile de dire jusqu’où il ira, mais on voit qu’il a beaucoup progressé. Quand je le bats à Seltz, le score est très sévère pour lui, parce que c’était assez accroché. Il frappe plus fort, il est complet, il a une bonne marge de progression. C’est sans doute le meilleur 1/6 contre lequel j’ai joué. »

Pour l’avenir, Davy se voit bien continuer à concilier travail et tennis. « Mon objectif, c’est de jouer le plus longtemps possible, à l’image de mecs comme Florent Walter ou Marc Steger. » Le circuit alsacien, c’est un peu comme l’ATP : va falloir attendre votre tour les gars.