Les petits commerçants en proie aux prédateurs du net

Déjà fragilisées par des « congés » de deux à trois mois imposés lors du premier confinement, certaines entreprises craignent de ne plus être en mesure de lutter contre la concurrence des sites de vente en ligne, plus plébiscités que jamais depuis le début de la crise.

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«Il faut redoubler d’efforts pour survivre», s’exaspère Julie, copropriétaire d’une bijouterie à Strasbourg. En 2020, les dispositions sanitaires prises par les états pour juguler la propagation du virus ne font qu’accroître les inégalités entre commerçants physiques et marchands du web.

Les présidents des principales fédérations de commerces en France ont d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme fin novembre, appelant l’état à prendre des mesures pour freiner l’essor du e-commerce qui menace très sérieusement d’enrayer l’économie locale. Une étude publiée le 21 novembre par l’institut d’audit GFK prédit d’ailleurs que ce mode de consommation se pérennisera certainement au-delà de la crise. Et les premiers dégâts apparaissent déjà dans certains secteurs. Les boutiques d’oeuvres manufacturées, comme celle de Julie, voient apparaître les tout premiers signes d’une concurrence directe féroce.

Une alternative qui vampirise la clientèle

« Comment voulez-vous faire lorsqu’ils vendent des produits dix fois moins cher que vous?» reprend la créatrice, pointant du doigt Amazon, plus gros revendeur d’articles sur internet. Sa plus grande crainte, c’est de voir des pastiches de ses bijoux vendus sur le site. «Une amie bijoutière a vu des articles similaires aux siens à prix cassés… alors elle était curieuse», explique-t-elle. À sa réouverture, elle a distribué un questionnaire anonyme à une poignée de clients. La moitié a avoué être prête à acheter des articles similaires aux siens sur internet s’ils étaient moins chers. « Depuis, j’essaie de produire uniquement de belles pièces, uniques, et d’abandonner les bijoux basiques. Je me vois mal vendre quelque chose qu’internet semble pouvoir offrir… la concurrence m’écraserait. »

Un risque de perdre son emploi

À force d’accaparer des parts du « marché physique », les entreprises comme Amazon risquent surtout d’accaparer des secteurs d’activité, comme ils l’ont déjà fait avec la livraison : l’habillement, le multimédia ou encore l’électroménager en première ligne. Le 4 décembre 2020, une autre étude sur l’e-commerce et l’emploi est arrivée à la conclusion édifiante qu’entre 2009 et 2018, les plateformes marchandes auraient détruit environ 82 000 emplois en France de manière indirecte. Et c’est une tendance qui n’est pas près de s’inverser, en croire les lanceurs d’alertes qui fleurissent sur la toile. 

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