L’érection : Les troubles encore tabous ?

Quel homme peut affirmer sans mentir qu’il n’a jamais eu de panne sexuelle, qu’au moment de l’acte il n’a jamais perdu ses moyens ? Surtout dans les premiers instants d’une relation. Mais rien de plus normal, car, je sais c’est étonnant, les hommes possèdent aussi un cerveau, ce sont des êtres doués de sensibilité, dingo non ?

0
108

Et parfois, cette sensibilité et la peur qui nous envahit peuvent provoquer quelques situations difficiles à assumer, car le sexe masculin en érection est toujours un symbole de virilité. Cette idée d’un autre temps a du plomb dans l’aile, aujourd’hui six hommes sur dix «avouent» qu’ils ont déjà connu des problèmes d’érections, c’est encore insuffisant, car sauf dans des cas extrêmes, les solutions existent.

Au moment d’une recrudescence des troubles de l’érection en France, une enquête vient d’être réalisée par l’IFOP pour en savoir plus sur ces troubles encore tabous. L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1 957 personnes représentatif de la population française masculine âgée de 18 ans et plus, du 19 au 24 avril 2019. Chez les hommes, comme chez les femmes, tout part du cerveau ! Sous l’effet de l’excitation sexuelle, des signaux de stimulation sexuelle sont transmis du cerveau jusqu’à la verge, en passant par la moelle épinière et les nerfs érecteurs. Le pénis se gorge de sang et les contractions des muscles de la partie inférieure et du périnée s’occupent du reste. Le sexe se durcit alors et se redresse, mais, souvent, les signaux provenant de la même partie supérieure du cerveau sont castrateurs. Et la zigounette joue à cache-cache.

Il s’agit d’un trouble sexuel courant qui touche un homme sur trois après 40 ans, et un sur deux après 50 ans. 20 % de ces troubles sont psychologiques : l’angoisse de la performance, le stress, une baisse de désir. Les spécialistes disent que le mécanisme de l’érection est involontaire, qu’oublier son sexe et la peur de l’échec, que se laisser guider par l’érotisme est la clé d’une bonne érection. Mais la plus grande partie, 80%, relève du domaine physiologique. L’origine la plus fréquente est vasculaire (les artères se bouchent et empêchent une bonne irrigation du pénis), mais les autres causes sont les troubles hormonaux, l’alcoolisme, le tabagisme, le diabète, la liste des facteurs aggravants est longue. Elles s’accompagnent le plus souvent d’une perte de confiance en soi qui n’arrange rien et pourtant, rares sont les hommes qui consultent un médecin (ils ne seraient que 25%) alors que de traitements existent.

« Ces problèmes d’érection sont d’autant plus problématiques que la majorité de la gent masculine a une conception très phallocentrée de la sexualité et du plaisir sexuel masculin », explique François Kraus, directeur du pôle « Genre, sexualités et santé sexuelle » à l’IFOP. « L’idée selon laquelle « un rapport sexuel doit impliquer une pénétration pour être pleinement satisfaisant » étant partagée par une majorité de Français (56%).

Les chiffres

61% des hommes ont déjà vécu un problème d’érection au cours de leur vie contre 44% en 2005 et 49% en 2010. Ce chiffre ne dit pas si les hommes révèlent plus facilement la vérité aujourd’hui, mais le stress est l’une des causes du problème, 58% des hommes ayant eu un problème d’érection au cours des 12 derniers mois sont sujet à un stress régulier et 57% prennent des antidépresseurs.

41% des hommes accros à Netflix et aux réseaux sociaux affirment avoir déjà eu un problème érectile au cours des 12 derniers mois. C’est un facteur psychologique aggravant, puisqu’en moyenne, un homme sur trois, obnubilé quotidiennement par Netflix, Facebook ou Instagram, avoue avoir des complexes.

25% des hommes ont déjà souffert de complexes sur la taille de leur sexe en érection, alors que toutes les femmes vous diront que cela n’a rien à voir avec le plaisir. Les habitants de grandes agglomérations seraient nettement plus sujets aux problèmes d’érection (46%) que les ruraux (36%).

Un homme sur trois ayant déjà rencontré ce genre de soucis a déjà menti à sa partenaire pour masquer un problème sexuel. Une tendance plus accentuée chez les moins de 30 ans qui sont 60% à avoir trouvé une fausse excuse. Mais bon, nous ne sommes pas des machines, non ? Le Top 5 des excuses préférées des hommes : la fatigue (78%), le stress (63%), un excès de nourriture ou d’alcool (47%), la proximité d’autres personnes (43%) ou encore une migraine (31%). « La proportion d’hommes aptes à inventer de fausses excuses plutôt que d’admettre leur problème est deux fois plus forte chez les jeunes qui regardent quotidiennement des sites ou des films tels que Netflix (53%), contrairement à ceux qui n’en regardent jamais », poursuit François Kraus.

La plupart des hommes concernés ont recours au porno

74 % des hommes ayant rencontré des problèmes d’érection au cours de leur vie n’en ont jamais parlé et n’ont jamais consulté, les jeunes étant plus décomplexés (42% des moins de 30 ans).

Seuls 56% des hommes seraient prêts à prendre des médicaments pour remédier à leurs troubles, les autres évoquent le manque de fiabilité et de sécurité de médicaments vendus sur internet (49%), la crainte d’effets secondaires (39%) et le prix (20%) comme principaux freins à l’utilisation de médicaments. La plupart des hommes concernés ont recours au porno (43%) ou repensent à de précédents rapports sexuels (42%).

Les jeunes hommes de moins de 30 ans se distinguent de leurs aînés par un recours plus fort à des produits psychoactifs comme le Viagra (25%) mais également des produits dangereux comme une forte quantité d’alcool (29%), de la drogue (27%) ou des produits aphrodisiaques naturels (20%).

Une hygiène bucco-dentaire irréprochable pour une bonne érection ?

Au-delà d’une consultation chez un médecin, une bonne santé dentaire rime avec bonne santé sexuelle. C’est ce que révèle une étude clinique menée par Amada Martin Amat, une étudiante de l’université de Grenade en Espagne. Elle est la première à faire le lien entre l’hygiène dentaire et des dysfonctionnements sexuels, alors que des relations avaient déjà été établies entre l’inflammation des gencives et les problèmes cardiaques. Elle montre que les hommes qui souffrent de parodontite, une inflammation chronique des gencives, ont deux fois plus de risques de connaître des troubles de l’érection. L’étude a été réalisée sur 180 hommes européens. Selon les scientifiques, les bactéries parodontales, contenues dans les gencives mal lavées, endommagent certaines cellules. Si ces cellules touchent les vaisseaux sanguins du pénis, la circulation en pâtit, ce qui entraîne l’impuissance.

L’étude a permis d’isoler des marqueurs biochimiques qui pourraient améliorer le diagnostic et le traitement des deux pathologies : la parodontite et les troubles de l’érection. «En France, il se vend moins de 100 millions de brosses par an. Si on considère que nous sommes 65 millions, et qu’il faut changer de brosse tous les trimestres, ce sont près de trois fois plus de brosses qui devraient être vendues chaque année. Conclusion : les Français n’ont pas une hygiène bucco-dentaire irréprochable», affirme de son côté Michel Cymes. Ceci expliquant sans doute cela.