L’éclipse

186

La semaine dernière je n’ai pas croisé ma voisine, elle était partie au ski. Elle dévalait les petites pentes d’or blanc des Vosges, toujours canon dans sa combinaison, lorsqu’au même instant Monica Vitti disparaissait et la neige artificielle de Chine crachait au visage du monde sa soupe indigeste. Depuis, j’ai revu seul les films d’Antonioni et les JO d’hiver ont débuté dans des conditions complètement folles. J’aurais bien aimé avoir l’avis de ma voisine sur l’organisation de ces Jeux sans spectateurs, et pendant qu’on y est, sur le Mondial au Qatar lui aussi programmé cette année, dans des stades climatisés en plein désert et sans les canons du folklore habituel faute de public et de culture foot. Oui, après les JO d’hiver sans neige, voici le plus gros scandale du siècle, la Coupe du monde sans âme, mais avec des poches de glace et d’autres pleines de pognon. À force d’organiser ce genre d’événements, je me demande si l’on n’est pas en train de casser le jouet, car la source, très écologique celle-là, la source de nos rêves vient de l’enfance.
Si le sport nous fait rêver, c’est qu’il vient de là justement, des partages en famille, avec les mômes entourés de leurs parents et parfois de tout le quartier devant le poste de télévision. Et puis, les enfants qui deviennent des adultes transmettent cette passion, ces rêves, à leurs enfants. Mais jusqu’à quand ? Jusqu’à quand pourrons-nous accepter d’être pris pour des canons à neige ? Ma voisine est sur une piste noire sans doute, le cinéma mondial est en deuil, Monica Vitti est partie… les rêves parfois sont si doux.

CONTENUS SPONSORISÉS