L’échec de l’internet français

Confronté aux grands sites web états-uniens, dans nos navigateurs, l’internet français paraît très peu présent. Au début des années 2000, la France avait pourtant ses propres services de messagerie, sites de vidéos et réseaux sociaux.

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En 2019, dans le top 20 des sites internet les plus fréquentés au monde, deux d’entre eux sont français. C’est déjà bien. Le problème, c’est qu’il s’agit de plateformes de vidéos pour adultes : difficile d’en faire une fierté de l’industrie. Tout le reste appartient plus ou moins aux GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), qui écrasent la concurrence grâce à des ressources financières inégalables. Dans les années 2000, ils surfaient justement sur le terrain des Français Skyblog.com et Dailymotion.com, « réseaux sociaux avant les réseaux sociaux », et n’en ont fait qu’une bouchée en quelques années.

Le réseau social avant les réseaux sociaux

Durant une décennie, des millions de personnes ont utilisé le service français Skyblog pour partager leurs passions, publier des photos et communiquer avec leur communauté. En 2006, elle devient l’une des principales plateformes de création de blogs en Europe, mais il suffira de quelques années à Facebook (disposant de toutes les fonctionnalités du site et bien d’autres) pour rendre le site désert. Ce que les USA ne créent pas, ils le rattrapent avec les moyens. Pour d’autres, et spécialement pour la plateforme de streaming Dailymotion, on a pourtant tout fait contre l’écrasement.

La poule aux œufs dort

Dailymotion a vécu une histoire très mouvementée. Fondé seulement un mois après YouTube, le site a longtemps été l’un des porte-drapeaux du Web français, atteignant dans ses meilleures années jusqu’à 128 millions d’utilisateurs uniques par mois répartis dans 38 pays. En 2005, le petit frenchie était plutôt semblable à YouTube en termes de services, mais depuis 2006, et le rachat du site par Google pour 1,65 milliard de dollars, l’écart n’a cessé de se creuser.

En 2015, dépité face à une chute constante depuis six ans, Orange, qui possède alors 100 % des actions de Dailymotion trouve un racheteur en la personne de Vincent Bolloré, le président du groupe Vivendi. Peu après, le co-fondateur du site rejoint l’équipe de Netflix et un an après le rachat, la moitié des salariés avaient quitté le navire. Depuis la chute de Dailymotion (qui malgré tout sort la tête de l’eau), aucun site français n’a depuis réussi à tenir tête aux géants américains. Les prochains à pouvoir sérieusement y prétendre sont probablement les Chinois, dont les sites d’e-commerce Alibaba.com ou Wish.com sont déjà très puissants.