« Certains étudiants nous écrivent qu’ils ont peur de mourir de faim »

En novembre, l’AFGES a relancé ses distributions hebdomadaires de denrées alimentaires qui ont lieu tous les mercredis de 10h à 18h à Strasbourg. Léa Santerre, la présidente de l’association étudiante, explique comment la crise sanitaire aggrave la situation des étudiants.

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Plus de 1000 étudiants se rendent chaque mercredi aux distributions de l'Afges. Ils font parfois deux à trois heures de queue.

Comment s’organise cette nouvelle distribution de produits alimentaires ?

Au cours du premier confinement, nous avions mis en place une distribution de denrées alimentaires, étoffée avec des produits d’hygiènes. Nous faisions aussi des livraisons pour les étudiants dans toutes les filières de santé qui étaient mobilisés et ne pouvaient pas se déplacer. Nous avons désormais ajouté des vêtements et des écharpes lors de nos distributions. Environ 1.100 étudiants viennent chaque mercredi, c’est énorme. Nous avons relancé nos appels aux dons car nous fournir auprès de la Banque alimentaire et les dons ne suffisaient plus. Le Conseil Départemental nous a mis en relation avec des contacts utiles, comme Alsace Lait, mais nous sommes aussi soutenus par l’Eurométropole. Nous travaillons beaucoup avec le Crous qui nous met à disposition des chambres froides et l’Université, pour le volet de l’accès numérique.

La démarche de demander de l’aide n’est pas forcément évidente…

Oui, nous avons vu énormément d’auto-censure de la part d’étudiants qui ne venaient pas aux distributions car ils estimaient être moins dans le besoin que d’autres (voir encadré). Certains nous écrivent par mail qu’ils ont peur de mourir de faim… Nos distributions sont ouvertes à tous les étudiants, boursiers ou non. Pendant un temps, on voyait dans la presse des articles qui évoquaient les abus de certains étudiants, sauf que quelqu’un qui fait la queue pendant deux ou trois pour récupérer des féculents et des produits frais a clairement besoin d’aide.

Léa Santerre, Présidente de l’association étudiante AFGES

“Un troisième confinement impacterait énormément les étudiants. J’ai clairement peur des mails et des messages qu’on pourrait recevoir si c’était le cas.”

Le gouvernement a récemment annoncé un retour au compte-goutte des étudiants à l’université. La précarité étudiante est aussi devenue un sujet…

Un sujet qui vient tardivement sur la table malgré nos interpellations. Avant la crise sanitaire, 20% des étudiants vivaient déjà sous le seuil de pauvreté. Avec le Covid, ils ont été les premiers à perdre leurs emplois, surtout ceux qui travaillaient dans le milieu de l’hôtellerie-restauration. Il faut quand même rappeler qu’en janvier une étudiante a tenté de se suicider à Lyon. Clairement, les récentes annonces du gouvernement ne traitent pas le mal à la racine. On nous explique que les étudiants ne seraient pas capables de respecter les distances dans les amphis alors que les maternelles, les primaires, les collèges et les lycées vont en cours.

Quelles sont les actions prévues dans les semaines à venir ? Craignez-vous un nouveau confinement ?

Nous allons poursuivre les distributions toutes les semaines jusqu’à fin mars. C’est une date limite que nous avons fixé, espérant une réelle prise en main de ces problématiques par le gouvernement. Un troisième confinement impacterait énormément les étudiants. J’ai clairement peur des mails et des messages qu’on pourrait recevoir si tel était le cas. Car ce ne sont pas forcément les plus jeunes qui sont touchés : des doctorants nous écrivent aussi. Ce genre de mails ne vont faire
qu’augmenter.
 


 

Sarah : « C’est un peu la honte »

À 24 ans, Sarah (le prénom a été changé) est étudiante en langues étrangères appliquées. Originaire de la région parisienne, elle vit à Strasbourg depuis le début de ses études. « Pendant le premier confinement, on découvrait l’isolement, on multipliait les appels en visio. C’était long, mais ça allait », se souvient-elle. « Là, il y a l’aspect économique qui s’ajoute à l’isolement. Demander de l’aide, faire la queue pour chercher à manger, c’est un peu la honte quand t’es étudiant. Mes deux parents sont profs à la retraite mais je n’ose pas leur raconter ma situation, ni leur demander de l’aide, je ne veux pas les inquiéter ».

84% des étudiants estiment au début de l’été 2020 avoir décroché de leurs études63% estiment avoir besoin d’un suivi psychologique
23% disent avoir eu des pensées suicidaires

Sources : sondage Ipsos réalisé pour la Fédération étudiantes publiées juillet 2020

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