Le triomphe du béton

Au début des années 1900 s’érige à Brumath un bâtiment incongru : un petit arc de triomphe, comme ceux qu’on trouve dans les grandes villes et sur les grands axes ou plutôt une curiosité monumentale, dont l’originalité fait beaucoup parler.

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Depuis plus d’un siècle, devant le « Sclosshof », la Cour du Château à Brumath, trône ce bâtiment surprenant : est-ce une porte monumentale ou un arc de triomphe ? Dans un texte qui revient sur ce mystère, Louis Ganter, président de la SHABE (Société d’Histoire et d’Archéologie de Brumath et des Environs) met en relief l’histoire peu commune de son architecture.

Une affaire de publicité

Visuellement, la plupart des constructions du genre n’ont rien à voir avec ce qu’on trouve ici. Comme le rapporte Louis Ganter « Difficile de deviner pour quelle raison on a érigé cette monumentale construction au style indéfinissable, juste devant la très belle entrée de la cour ». Pour lui, comme pour d’autres, l’initiateur de l’ouvrage est sans doute l’artisan-cimenteur Joseph Armann, « puisque sa publicité figure en haut sur la balustrade de l’édifice ». On peut ainsi y lire « Kunststeine und Cementwaare – Fabrik – Jos. Amann » (pierres artificielles et fabricant d’articles en ciment – Jos. Amann) en grandes lettres. Le chef d’entreprise avait son atelier au n° 46, rue des Remparts à Brumath. Dans son activité, il moulait et coulait une grande variété d’éléments en béton : escaliers, balustrades, clôtures, dalles, conduites, encadrements de porte et fenêtres, etc. Des matériaux robustes, qui, comme le souligne le président de la SHABE, sont encore visibles un peu partout aujourd’hui.

Nouveau look pour un nouveau siècle

À l’époque de la construction, au début du XXe siècle, c’est l’apparition de nouveaux types de ciments et de nouveaux moyens d’extraire le gravier gris présent dans les sous-sols. Et Louis Ganter le dit très justement : « c’est une nouvelle industrie qui s’ouvre en ce premier quart du 20e siècle : l’ère du béton ». Alors, afin de capitaliser sur ces nouvelles technologies et de se faire connaître, Joseph Armann se lance l’objectif d’échantillonner toute sa technique dans un seul ouvrage : un arc de « triomphe du béton ». Ces préfabriqués, s’ils surprennent aujourd’hui, ont sans nul doute beaucoup aidé les affaires de l’artisan, mais ont aussi certainement constitué un symbole fort pour la ville, fière d’entrer dans le XXe siècle à la pointe de la technologie.