Le temps du dialogue avec : Vincent Thiébaut, député de la 9e circonscription du Bas-Rhin

Vincent Thiébaut, député de la 9e circonscription du Bas-Rhin est né à Toulouse en 1972. Arrivé à Bischwiller à l’âge de 3 ans, il vit à Haguenau. Cadre et manager commercial, il adhère au mouvement d’Emmanuel Macron en octobre 2016 et fonde le comité local d’En Marche. Il devient député en 2017, alors qu’il n’a aucune expérience en politique. Cette rencontre ouvre un cycle d’entretiens avec ceux qui font l’Alsace du Nord dans tous les domaines.

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Maxi Flash : Vous n’aviez jamais fait de politique, votre vie a été complètement bouleversée ?

Vincent Thiébaut : Trois mois avant l’élection, si on m’avait dit que j’allais devenir député, j’aurais répondu : « Viens, on va boire un Picon » ou « arrête de fumer des trucs ». Depuis, c’est une vague.

MF : Deux ans de mandat, des allers-retours permanents à Paris, environ 700 évènements les week-ends en Alsace du Nord. Avez-vous une vie personnelle avec tout ça ?

VT : Je vous avoue que pendant deux ans, j’ai vécu un jeu de massacre. J’ai deux enfants qui vivent à Paris, mais que je n’ai pas assez vus. Cet été, pendant les trois premiers jours des vacances avec eux, j’étais là, mais je n’étais pas là. J’ai pris conscience qu’il fallait aussi préserver ces instants. Maintenant, avec un peu plus de recul, j’arrive mieux à gérer mon temps. Mon mandat peut s’arrêter dans trois ans, il est même possible que je ne me représente pas, que j’ai envie de faire autre chose, mais, mes enfants eux seront toujours avec moi. J’ai une fille et un garçon de dix ans. Ils sont sourds profonds. Avec leur maman, nous avons fait le choix de leur implanter une puce sous l’oreille, un implant cochléaire qui est relié à une antenne collée sous la peau, cette puce est reliée au cerveau. C’est parfois difficile pour eux dans certains environnements, l’appareil n’est pas aussi fin que l’oreille. Aujourd’hui, cela se passe bien, ils sont scolarisés, bons élèves, et ils adorent la lecture.

MF : Et vous ? Aimez-vous la littérature ? Que lisez-vous ?

VT : Oui, en ce moment je relis Stefan Zweig, « Le monde d’hier », j’ai envie de prendre ma voiture et partir à Vienne, car il en fait une description extraordinaire. Je suis un grand fan du « Joueur d’échecs », c’est une claque ce livre, il fait partie des incontournables.

MF : Quel était votre lien avec la politique avant les présidentielles ?

VT : J’avais vraiment la sensation qu’elle tournait en rond, au-delà du clivage gauche-droite, que l’on ne s’attaquait pas aux vrais sujets. Ce que j’aime dans la vie, c’est le changement de modèle. J’ai commencé à m’intéresser à Emmanuel Macron en 2015, je me retrouvais dans cet homme, j’avais très envie qu’il lance son mouvement. C’est son profil atypique qui m’a interpellé, il a fait des études de philo, et j’aime beaucoup la philo ; je trouve qu’on ne l’enseigne pas assez, que l’on devrait commencer la philosophie appliquée dès l’école primaire pour développer son esprit critique.

MF : Pour en revenir à Macron, que s’est-il passé pour vous quand il a lancé son mouvement ?

VT : Au début, j’ai suivi ça de loin, et puis je suis allé à son premier meeting et j’ai fait partie de l’équipe d’organisation de sa venue à Strasbourg. Quelques jours plus tard, je me suis retrouvé, avec quelques autres, chez Bruno Studer (qui est devenu député lui aussi). Il avait fait des pâtes, on a bu des bières, on a discuté, il nous a dit qu’on allait structurer un mouvement, monter des comités dans les villes et faire élire Emanuel Macron. On s’est tous regardés, incrédules, mais il y avait tellement d’envie, que nous y sommes allés. Au début, à Haguenau, nous étions deux, et au fur et à mesure, d’autres nous ont rejoints. Deux mois plus tard, on a commencé à organiser les premières réunions publiques. Je n’étais pas dans l’optique de devenir député, mais, encouragé par Bruno Studer, j’ai déposé mon dossier pour les législatives auprès du mouvement. Six jours après les présidentielles, je me suis retrouvé dans le bureau du sénateur Claude Kern. J’apprends que sur la circonscription, Vanessa Wagner, pressentie pour En Marche, devient la candidate UDI ce qui faisait deux candidats à droite (avec Étienne Wolf pour Les Républicains), je savais que cela pouvait passer et le même jour, j’ai été choisi. C’est une histoire folle, nous sommes tellement partis de rien.

MF : Certains élus d’En Marche, qui venaient pour beaucoup de la société civile, n’avaient comme vous aucune expérience en politique. On s’est beaucoup moqué d’eux…

VT : C’est vrai qu’il y a eu une phase apprentissage. Moi, je m’étais donné trois mois pour essayer de comprendre ou j’avais mis les pieds, j’ai pris ce temps, ce droit au silence, pour observer, écouter, sentir les choses et pour constituer mon équipe, et je suis l’un des rares à avoir la même depuis le début du mandat. Mon métier de manager m’a servi. Être responsable, gérer une équipe, c’est le fruit d’une expérience, j’ai repris en politique ce que j’avais appris dans ma vie professionnelle. En fait, les techniques sont les mêmes, il faut savoir s’adresser à la bonne personne, au bon moment, comprendre ce qu’elle souhaite.

MF : Vous dites que votre plus belle victoire, c’est d’avoir inscrit le droit local Alsace/Moselle dans la constitution, c’est exact ?

VT : Cela s’est fait très vite, en trois quarts d’heure, à la buvette. J’ai parlé à Rebecca Peres, la conseillère parlementaire de l’Élysée. C’était la bonne personne, le bon moment, elle était disponible et c’est comme cela que nous avons avancé. Le gouvernement a déposé un amendement pour pouvoir moderniser le droit local.

MF : Cet amendement est le fruit d’un travail de longue haleine porté notamment par André Reichardt, sénateur Les Républicains du Bas-Rhin.

VT : Oui. C’est certainement de la naïveté de ma part, mais ce qui m’a intéressé, c’était de montrer qu’il y avait un consensus en Alsace, que l’on avait envie de travailler ensemble, alors que ce n’était pas le cas, certains ont tout fait pour que ça ne passe pas.

MF : Dans la politique, la compétition est constante…

VT : Oh oui, les coups bas, qui peuvent même venir de là où on les attend le moins… Les tentatives de récupération…

MF : Qu’est-ce qui vous préserve de cette attitude-là, pourquoi ne seriez-vous pas comme les autres ?

VT : Je n’ai rien changé à ma vie depuis que je suis entré dans la politique. Le truc le plus fou que j’ai fait, c’est de racheter la voiture que j’utilisais dans ma société. Au niveau de mes dépenses, je gagne un peu plus que mon ancien salaire, mais je vis exactement avec la même somme, je place le reste. Pour deux raisons : garder le même niveau de vie et ne pas être dépendant de ça. Le risque est de penser que c’est un statut définitif, et d’adapter son train de vie à cela.

MF : Combien gagnez-vous ?

VT : 4800 € net par mois.

MF : Il vous reste trois ans de mandat, qu’allez-vous faire ?

VT : Il y a encore beaucoup de choses à faire. Déjà, je ne suis pas là pour faire la guerre à qui que ce soit, alors je prends tous les sujets, peu importe l’origine politique, j’accompagne les élus locaux dès que je peux agir. Par exemple, je me suis battu pour que la ville de Haguenau soit sélectionnée pour l’opération « Cœur de ville ». Ce qui m’intéresse, c’est de réunir les gens autour de la table, pas que les élus, les citoyens ou les entreprises, pour remettre l’humain au centre. On est tellement occupé dans la société d’aujourd’hui, on n’a plus ce temps, ce temps du dialogue.

MF : Le Développement durable est-il au cœur de vos préoccupations ?

VT : Oui, mais les politiques ne peuvent pas tout, la loi ne peut pas être la réponse à tout. Tant qu’il n’y a pas un changement de paradigme, une prise de conscience individuelle, cela restera compliqué. Mon envie, mon idée est de créer une association, elle réunira des gens de tous les horizons, des citoyens, des associations, des élus, des entreprises, ceux qui veulent faire quelque chose autour du développement durable. Je suis convaincu que les solutions sont dans l’échange et la communication. Quand on voit la crise actuelle, les gilets jaunes, on se dit que la problématique est là, on a un besoin urgent de mettre l’humain au centre.

MF : Et vous avez le sentiment que le gouvernement auquel vous appartenez est dans cet objectif-là ?

VT : C’est compliqué. C’est compliqué… Il le fait, mais ce n’est pas cela que l’on retient le plus. Je vois passer tous les communiqués de presse, chaque jour, le nombre d’informations envoyées est impressionnant. Les médias sont libres de choisir celles qu’ils ont envie de traiter, mais il y a aussi une réalité, la course à l’abonnement, la course à l’audience. Maintenant, prenons le numérique, je trouve que l’on aborde très mal le sujet. Pour moi, les objectifs sont : créer la relation humaine et continuer la relation humaine, l’humain est au centre, encore une fois. C’est compliqué, car pour faire des réformes, il faut changer de modèle. La France n’a pas été capable de digérer son système féodal, cela fait plusieurs générations que l’on essaye d’imaginer des périmètres de centralisation et de décentralisation, mais rien ne change, car les modèles de gouvernance sont les mêmes.

MF : Quand on vous parle de climat, vous répondez que la planète n’en a rien à faire, vous pouvez nous en dire plus ? 

VT : Clairement, le sujet n’est pas la planète.
Si l’Homme disparaît la planète nous «digérera». Les vraies questions sont : voulons-nous sauver la race humaine ? Point. Voulons-nous assurer un avenir aux enfants de nos enfants ? Que veut faire l’humain de son humanité ?