Le temps des sénatoriales

Ce dimanche 27 septembre, les « grands électeurs » choisiront les sénatrices et les sénateurs en charge de représenter le Bas-Rhin au sein de la haute assemblée française. La question est brûlante, mais les réponses encore plus.

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Les sénateurs sont élus par un collège électoral de grands électeurs formé de députés, de sénateurs, de conseillers régionaux, départementaux et municipaux, élus à leur poste au suffrage universel. Dans le Bas-Rhin, les grands électeurs sont 2 727.

C’est eux qui désigneront les sénateurs, au scrutin proportionnel plurinominal (le nombre de sièges à pourvoir est partagé en fonction du nombre de voix recueillies). Leur nombre reste inchangé, cinq sénateurs sont à élire, pour un mandat de 6 ans. En 2014, Guy-Dominique Kennel, André Reichardt, Esther Sittler, Claude Kern, et Jacques Bigot avaient été élus. Certains repartent pour un tour au Jardin du Luxembourg, d’autres arrêtent, comme l’ancien maire d’Illkirch-Graffenstaden, Jacques Bigot, que nous avons rencontré pour l’occasion.

Les listes

(Source : Ministère de l’Intérieur)

Les sortants André Reichardt (Les voix de l’Alsace) et Claude Kern (Ensemble pour l’Alsace), mais aussi Andrée Buchmann (Une voix forte pour nos territoires), Antoine Herth (Agir pour l’Alsace), Thiebault-Valery Zitvogel (Pour l’Alsace, Fer’s Elsass), Gérard Bouquet (Alsace et République), Michel Léopold (Du bon sens pour les Bas-Rhinois), Jean Claude Bader (Pour le Rééquilibrage Territorial), Jacques Fernique (Écologie, Solidarité, Proximité), Pascale Ludwig (Ruralité, une vitalité partagée), Jean-Paul Léonhardt (L’Alsace en action). Qui représentera le Bas-Rhin à l’ouverture de la session 2020/2021 ? Réponse le 27 septembre.

Le Sénat est l’une des deux chambres du Parlement français. Avec l’Assemblée nationale, il détient le pouvoir législatif. C’est le garant de la stabilité des institutions. À Paris, au Palais du Luxembourg, les sénateurs votent les lois et le budget de l’État, ils contrôlent le gouvernement et modifient la constitution, ils peuvent aussi déposer des projets de loi et amender les projets de loi du gouvernement. Contrairement à l’Assemblée nationale, la dissolution du Sénat est impossible. Il est aussi le représentant des collectivités territoriales, à l’écoute des territoires, en permanence dans le dialogue avec les élus locaux.

En 2019/2020 les sénateurs (229 hommes et 119 femmes) ont passé 627 heures en séance, ils ont déposé 9071 amendements, et adopté 56 textes de loi.   


Entretien avec Jacques Bigot
« Il faut savoir tourner les pages »

Avocat, ex-maire d’Illkirch-Graffenstaden, ex-Président de la Communauté urbaine de Strasbourg et sénateur depuis 2014, Jacques Bigot, figure discrète de la scène politique alsacienne a décidé de prendre sa retraite.

Pourquoi avez-vous pris la décision d’arrêter la politique ?

C’est quelque chose que j’avais fixé dès 2014, considérant qu’à 68 ans, il fallait savoir s’arrêter. Pour moi c’était inscrit.

Et à aucun moment, vous ne vous êtes dit, comme beaucoup, je vais y retourner quand même ?

La seule question était, comme un type qui part à la retraite, comment je vais vivre tout cela ? Mais je crois qu’au Sénat, j’ai quand même fait des choses et qu’il faut savoir tourner les pages. Il y en a qui ont l’impression de ne rien pouvoir faire d’autres, moi je crois qu’il vaut mieux s’arrêter à un moment où les gens vous disent que vous pourriez continuer.

C’est quoi la vie de sénateur ?

Comme à l’Assemblée nationale, les parlementaires sont là pour débattre, pour construire la loi et contrôler le gouvernement, donc c’est beaucoup plus un enjeu de débats que de décisions et de mises en œuvre de décisions concrètes qui s’appliquent immédiatement. C’est la grande différence avec le mandat de maire ou celui de président de la communauté urbaine que j’ai connu. Ce qui est intéressant, c’est qu’après la loi sur le cumul des mandats, certains ont préféré abandonner leur mandat apparemment prestigieux de sénateur, pour leur mandat de maire. C’est révélateur.

On a parfois le sentiment que les sénateurs sont de vieux messieurs, pardon pour l’expression, qui ne savent pas s’arrêter au bon moment ?

C’est moins vrai. La parité et les scrutins de liste ont naturellement rajeuni le Sénat. Mes collègues qui se représentent ont souvent moins de soixante ans. En même temps, par définition, vu le corps électoral et le mode de scrutin, les sénateurs ont déjà une grande expérience.

Sur quoi terminez-vous votre mandat ?

Avec une collègue, nous avons fait un travail sur la cybercriminalité, on s’est demandé si une meilleure organisation européenne serait utile. Nous avons fait un rapport que l’on a présenté à la commission des lois en juillet. Je suis aussi intervenu sur la fameuse Collectivité européenne d’Alsace dont on n’a pas suffisamment dit aux concitoyens que c’est la fusion des deux départements. C’est bien de dire qu’au sein de la grande région, l’Alsace devient un département unique, qui n’a pas de compétences particulières, on ne le dit pas franchement.

Le débat public ne va pas vous manquer ?

J’ai toujours aimé ma vie professionnelle à côté, et j’étais un militant de gauche. Aujourd’hui, on est dans la confusion totale. Quelle société préparons-nous pour nos enfants et nos petits enfants ? Si un jour je trouve que ce que je pense est intéressant, peut être que j’en ferais quelque chose, mais comme lors de mon mandat de sénateur, je n’ai pas besoin d’exister médiatiquement.