Le télétravail est-il le tube de l’été ?

La crise sanitaire accélère la réorganisation du travail. Dans l’entreprise ou dans les institutions publiques, les défis sont nombreux. Le télétravail est-il est train de supplanter le travail en présentiel, avec quelles conséquences ? En France, 93% des DRH estiment que le télétravail va bouleverser le management (source Insee). Maxi Flash a fait un petit tour en Alsace du Nord pour en savoir plus.

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Christelle Criqui travaille pour la CAP (Comité des Commerçants, Artisans et Professionnels de Haguenau et Schweighouse sur Moder). Le télétravail, elle connaît bien. Tout au long de l’année, elle organise ses semaines en alternant le télétravail et celui sur place au bureau, ce qui implique une organisation personnelle rigoureuse : « il faut mettre en place une discipline avec des horaires et un lieu, sinon c’est la dérive vers les distractions. Chez moi, j’ai un bureau dans une pièce spécifique. Il est essentiel de délimiter le temps de travail et le temps en famille. J’ai besoin de me rendre deux jours par semaine à mon bureau, cela me permet de ne pas rompre le lien social ».

Pour un bon nombre d’entreprises du Nord-Alsace, la place du télétravail fait l’objet d’une réflexion en cours. Pour d’autres, c’est en place, parfois depuis longtemps. Et puis, il y a celles qui ont été obligées de s’organiser. Le télétravail a été une vraie solution lors du confinement, mais avec ses limites. Par exemple, le Groupe Abert Investments dans la région de Brumath :

« Pour ceux qui pouvaient travailler à distance, nous avons déployé les moyens nécessaires, en toute confiance : autodéclaration du temps de travail, connexion à distance… », explique Carmen Schaeffert. La responsable RH est certaine que le télétravail amène une certaine flexibilité qui est appréciée des nouvelles générations, mais que certains postes restent incompatibles avec le télétravail : « Nous travaillons avec nos représentants du personnel et managers sur cette thématique afin qu’elle reste en accord avec les besoins de l’entreprise. La démarche doit être « gagnant-gagnant » pour conserver le dynamisme qui fait notre réussite », conclut-elle, persuadée qu’avec ou sans télétravail, l’entreprise qui n’a procédé à aucun licenciement reprendra sa croissance en 2021.

« Personne n’a proposé l’idée de télétravailler à nouveau ».

Thierry Pouillaude est le cofondateur d’Agile Group à Geudertheim (conception et fabrication de dispositifs marketing). Les salariés dont les fonctions et équipements informatiques le permettaient sont passés en télétravail pendant le confinement : « Malgré la situation, un étrange sentiment de légèreté positive s’est dégagé : liberté, autonomie, responsabilité, les fameuses réunions Zoom, Teams, FaceTime. Il y a eu deux phases. D’abord, tout le monde a travaillé presque de manière boulimique, peut-être pour se rassurer, chacun était légitimement inquiet pour la société, son emploi, sa famille. Je dirai que le stress a produit de l’énergie, de l’engagement. Et puis, assez rapidement, est arrivée la phase 2. Un télétravail plus cool, sans grandes obligations. Avec l’absence de communication sensorielle, d’échanges informels, du rythme généré par le collectif, ce qui a entraîné un ralentissement dans l’avancement des projets, un manque d’enthousiasme. Nous avons donc proposé aux personnes qui le souhaitaient de revenir au bureau, avec toutes les précautions sanitaires nécessaires et indispensables. Tout le monde est revenu avec le sourire derrière le masque. Nous avons la chance d’avoir des bureaux spacieux, ça a beaucoup compté. Quelques jours plus tard, l’activité s’accélérait. Personne n’a proposé l’idée de télétravailler à nouveau. L’homme, même à l’heure du numérique, reste un animal social ».

Le télétravail : une organisation temporaire ?

La société Alsace Alimentaire Équipement pratique le télétravail avec ses commerciaux: « la crise nous a permis de repenser nos organisations. Le bilan est assez positif. Ce n’est pas la fin des bureaux physiques, il est indispensable que les collaborateurs se voient et partagent, pour l’équilibre personnel et le bon fonctionnement de l’entreprise », précise Carole Mortier, gérante et présidente de la CAP. « Dans le commerce de proximité, la relation humaine prime bien entendu, néanmoins la crise que nous traversons a poussé les commerçants à être inventifs et novateurs ».

Du côté des artisans, le télétravail est une option compliquée affirme le Président de la Chambre de Métiers d’Alsace, Jean-Luc Hoffmann. « La spécificité des métiers nécessite une production manuelle, des déplacements sur chantiers ou encore l’accueil de différents publics. Mais La Chambre de Métiers d’Alsace et ses deux CFA ont mis en place une continuité de service public pour les artisans et organisé des enseignements à distance pour les apprentis. Cette expérience s’est avérée positive, les dossiers, projets et apprentissages ont pu avancer et les contacts entre les équipes se sont poursuivis par visioconférences notamment. Après le confinement, collaborateurs, comme apprentis, ont salué le retour sur les sites. Cela souligne sans doute que le travail dans un lieu «normé et collectif» est perçu comme un élément fondamental du lien social ». Même son de cloche (et pardon pour le jeu de mots) à la chocolaterie Stoffel : « Nous travaillons les mains dans le chocolat, donc pas de bras, pas de chocolat », indique avec beaucoup d’humour Martine Stoffel la directrice générale dont toutes les équipes, sauf contre-indication médicale, sont restées en présentiel. Finalement, le télétravail n’est pas forcément une organisation d’avenir pour les entreprises d’Alsace du Nord.

Pour terminer cette enquête, nous sommes allés voir la Communauté d’Agglomération de Haguenau qui regroupe 1000 agents sur l’ensemble du territoire de 36 communes. Pascale Amrheim, la DRH, explique que le télétravail a été mis en place au niveau de la communauté de communes en 2014, avant même que les textes ne paraissent dans la fonction publique territoriale. Avant le confinement, il concernait une centaine de collaborateurs.

« Pendant le confinement comme beaucoup, nous avons subi un surdosage de télétravail, mais heureusement, nous avions l’habitude de fonctionner comme cela, nous avions les outils. Le télétravail est incontournable, il permet d’aérer nos organisations. C’est une démarche de management, on se met d’accord sur les missions et les agents et les managers débriefent. Il faut que la confiance s’instaure. L’essentiel est de rester en contact les uns avec les autres. On constate que les dossiers avancent, que les objectifs sont atteints. Au-delà de la crise sanitaire, tout en conservant les services ouverts au public, nous allons continuer à exploiter le télétravail, car sa mise en place a amélioré la qualité de vie au travail ».