Le super-logiciel d’espionnage Pegasus traqué par la justice internationale

Il y a peu, une enquête de grande ampleur a révélé au monde l’existence de Pegasus, un logiciel espion capable d’infiltrer n’importe quel smartphone. Les victimes, souvent des personnalités publiques, sont de plus en plus nombreuses à vouloir saisir l’ONU tandis que les autorités poursuivent leurs recherches.

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Le « projet Pegasus » est le nom de code de l’enquête qui a révélé l’existence du logiciel espion. / ©Forbidden Stories

L’information a provoqué un raz-de-marée dans la géopolitique mondiale. En 2019, un consortium de journalistes a découvert que les numéros de téléphone d’Emmanuel Macron, d’Édouard Philippe et de quatorze autres ministres français avaient été infiltrés par les services de sécurité marocains.  Les enquê-teurs ont alors suspecté le pays d’utiliser un logiciel malveillant très puissant, encore inconnu. 

Deux ans plus tard, le 18 juillet 2021, la supercherie est révélée au grand jour par le média Forbiden Stories, et le nom de Pegasus se diffuse dans l’hexagone grâce à l’AFP, Radio France et le journal Le Monde, avec le soutien d’Amnesty International et de Reporters sans frontières (RSF). Depuis, ce qui apparaît comme la plus grande faille de données sensibles jamais répertoriée dans l’histoire fait l’objet d’une investiga-tion de fond aux quatre coins du globe.

Le monde entier victime et suspect

Officiellement, le logiciel vendu par l’entreprise israélienne NSO Group serait destiné à lutter contre le terrorisme, mais force est de constater que son utilisation a largement dépassé ce cadre, alors que tous les gouvernements sont désormais suspectés de pouvoir espionner illégalement leurs opposants politiques. Sous prétexte de la lutte contre le crime organisé, de nombreux États utiliseraient en effet Pegasus pour cibler des militants, des avocats, des journalistes et – comme pour le Maroc – des hommes politiques étrangers. Le Mexique, l’Inde, l’Indonésie, l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis, ou encore la Hongrie font partie des États qui reconnaissent publiquement utiliser le logiciel. 

L’enquête suit son cours

Pegasus pénètre furtivement dans les smartphones et peut accéder à tout ce qu’il contient : contacts, photos, mots de passe, etc. Il peut même accéder aux messageries chiffrées, activer les micros et caméras, transformant votre smartphone en véritable mouchard. Parmi les 180 journalistes, les 600 personna-lités politiques, les 85 militants d’ONG ou encore les 65 chefs d’entreprise dont le piratage du téléphone a été avéré, seule une poignée a porté plainte. Le 6 août encore, dix-neuf journalistes français se sont ralliés à RSF pour interpeller l’ONU, qui souhaite déposer un moratoire pour une meilleure régulation internationale de ce genre de logiciels.   

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