Le succès des médias d’info-divertissement

Alors que le reste de l’industrie de la presse subit de plein fouet les conséquences économiques du confinement, sur Internet, les journaux exclusivement numériques, dits « pure player », continuent leur progression. Un succès qu’ils doivent notamment à une nouvelle manière de raconter l’actualité, profondément ancrée dans l’air du temps.

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Bienvenue dans l’époque de « l’infotainment », contraction d’information et de divertissement, où les médias en ligne sont devenus des professionnels du marketing.

En France, plusieurs agences numériques ont fait de cette formule hybride une marque de fabrique, à l’image de Konbini, Vice, Melty ou Brut. Dans l’ensemble, ces médias proposent un nouveau genre d’informations, avec des formats plus rapides et digestes, s’adaptant aux nouveaux moyens de consommation du
lecteur : infographies, diaporamas, et vidéos courtes. Il faut aller à l’essentiel, et divulguer rapidement les éléments clés du sujet afin de maintenir l’attention des utilisateurs, certainement tombés par hasard sur ce contenu en déroulant leur fil d’actualité. En bref, il faut gagner en impact, et toucher plus efficacement la cible : la génération des millennials, âgés de 18 à 35 ans.

Une formule du journalisme revisitée

Il faut savoir quoi communiquer, et comment le faire. Dans une tribune publiée sur
frenchweb.fr, un site d’information destiné aux mordus du numérique, Cyrille Frank, spécialiste du data-journalisme et directeur du pôle parisien le l’ESJ, l’une des plus grandes écoles de journalisme en France, décrivait chez ces médias une tendance à titiller notre sensibilité sur des sujets graves, et à réveiller notre militantisme. Selon lui, s’ils fonctionnent si bien, c’est parce qu’ils sont en phase avec les grands combats de notre temps, comme l’environnement, la lutte LGBTQ+, ou le mouvement #BlackLivesMatter : « Notre besoin d’agir est d’autant plus fort qu’il se nourrit du vide politique qui nous rend totalement impuissants à résoudre ces problèmes », soutient-il. Et justement, pour s’emparer de ces sujets, la plupart ne craignant pas d’être catégorisés comme des médias subversifs, consensuels ou militants.

Une affaire d’engagement

Dans cet écosystème numérique, le taux d’engagement, qui sert à mesurer l’interaction entre les utilisateurs (mentions j’aime, partages et commentaires) est une donnée très importante pour se démarquer. Les interviews de célébrités, la musique et les couleurs acidulées, en plus des « sujets choc » servent cet objectif. Et le pari semble réussi : selon une étude de Médiamétrie, 71 % des Français de 18-34 ans passeraient par les réseaux sociaux pour s’informer.