Le quart d’heure de Line #5

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Line ©EG

Chez moi derrière la lune, hender’m Mond d’Heim, on en a marre. Jetz’t langt’s (ça suffit maintenant) avec ces appels téléphoniques pile-poil au moment de passer à table. Tout y passe : des fameux panneaux photovoltaïques aux fournisseurs internet, en passant par les cuisines équipées, mais ça c’est devenu plus rare, changement des priorités. En ce joli mois de mai qui sent bon les Maiglecklè (clochettes de muguet) et la Stiirèrklärung (déclaration de revenus), le souper est souvent interrompu par une guedi Seel (bonne âme), avide de conseils pour nous aider à faire baisser, voire annuler, nos impôts. Si encore on nous appelait pour nous révéler les endroits secrets où dénicher le plus beau muguet du Forcht (forêt de Haguenau), ça ne nous énerverait pas d’être interrompus en pleine Fleischwurst Salàt (salade de saucisse de viande) ! Mais là franchement, après une prononciation plus que douteuse de notre patronyme, les «Peter» prononcés à la française et les «Muckensturm» écorchés peuvent en témoigner, on n’a qu’une envie : raccrocher et retourner à sa tartine de Menchterkaas (fromage de Munster)! Alors quand en plus la bonne âme insiste et que la demi-part qui termine sa Buchstabèlsupp (soupe de pâtes alphabet) s’impatiente à table, on peut, soit devenir frach (effronté), soit se montrer plus malin et continuer la conversation en Elsassisch (alsacien) ! Des esch à gueder Trick (voilà une bonne astuce) ! Ça marche à tous les coups, la bonne âme raccroche avant vous, sprachlos (sans voix) ! N’empêche que lorsque nous nous retrouvons, un magnifique Firdaa (jour férié) de mai, désoeuvrés devant notre écran d’ordinateur en train de nous casser la tête avec les indemnités kilométriques et les frais de garde, alors que le Frehjohr (printemps) exulte au-dehors, on aimerait bien que quelqu’un nous appelle… juste pour converser ou aller cueillir du muguet… 

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