Le Grand Est, une terre de cinéma ?

Au-delà d’une soirée ratée et ponctuée de nombreux malaises et fausses notes, la 44e cérémonie des César est historique pour l’Alsace. Son plus digne représentant, le Strasbourgeois Alex Lutz est sacré meilleur acteur de l’année pour son rôle dans Guy, un film qui n’avait pas obtenu l’adhésion du public lors de sa sortie en salle et qu’il a lui-même réalisé.

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Il décroche également le César de la meilleure musique originale. C’est une récompense pour l’acteur, mais aussi, plus symboliquement pour le Grand Est qui est maintenant très organisé pour soutenir la création cinématographique et l’ensemble de la filière, au point de figurer dans les trois régions qui comptent en France. En 2018, 21 films ont bénéficié de son soutien, ce qui représente 700 jours de tournage (299 jours en Alsace), des chiffres en augmentation.

« On ne peut être que très heureux pour lui et fier d’avoir ici un artiste de cette envergure », se réjouit l’Alsacien Pascal Mangin, Conseiller régional et Président de la Commission Culture, du Grand Est. Il espère que l’acteur réalisera un projet en Alsace dans les prochaines années. L’Alsace est à l’honneur, même si le colmarien Clément Cogitore (Prix Marcel Duchamp 2018) réalisateur de «Braguino » est reparti sans le César du meilleur court-métrage. Tourné en Russie, mais produit et distribué par deux sociétés strasbourgeoises, Seppia FILM et BlueBird Distribution, l’oeuvre de ce jeune garçon promis à un bel avenir, a bénéficié d’un soutien d’aide à la création documentaire de la Région Grand Est pour son tournage et pour la qualité de son scénario abordant les thématiques de l’ethnographie, de l’exil, de la marginalité et de la spiritualité. Intégralement tourné dans le Grand Est, « Sauvage », écrit et réalisé par Camille Vidal Naquet n’a pas remporté le César du meilleur film. Ce long-métrage a impliqué une vingtaine de techniciens et de nombreux comédiens et figurants de la région. 

Ces nominations sont des signes forts qui affirme une volonté d’accompagnement et d’encouragement, le développement et la promotion de la filière cinéma audiovisuelle dans le Grand Est. Ce soutien à la création cinématographique représente un secteur d’activités important qui génère de l’emploi artistique et technique (voir encadré ci-dessous), valorise les patrimoines naturels et architecturaux et dynamise l’activité culturelle et touristique. Les retombées sur l’économie locale ne sont pas négligeables.

La Région propose des dispositifs et des fonds dédiés ainsi qu’un soutien technique et logistique d’envergure assuré par les Bureaux d’Accueil des Tournages, et depuis fin 2017, elle a mis en œuvre un réseau de Collectivités partenaires, qui concrétise la volonté de collectivités locales en faveur du cinéma et de l’audiovisuel. Avec Plato, 11 collectivités (la Communauté de communes Ardennes Rives de Meuse, la Ville et Agglomération de Châlons-en-Champagne, la Ville de Colmar, la Communauté d’Agglomération d’Épinal, l’Agglomération de Metz, Mulhouse Alsace Agglomération, la Ville et Agglomération du Grand Nancy, la Ville et Agglomération du Grand Reims, Troyes Champagne Métropole, la Ville de Vittel et le Département des Vosges) accompagnent des projets de longs métrages, courts métrages, de fictions TV et de web-séries sur leur territoire. Strasbourg de son côté, gère son propre fonds et son bureau d’accueil des tournages, tout en collaborant très bien avec la Région. Au total, en 2018, 21 films ont bénéficié d’un soutien du Grand Est. « Il y a un secteur dans lequel on devient bon », affirme Pascal Mangin, « c’est le film d’animation ». Il n’est pas utopique de penser que les cinéastes de demain travailleront dans le Grand Est.
« L’idée, aux yeux du monde, est d’être vu, au-delà de l’argent distribué, comme un endroit où l’accueil est de qualité », poursuit Pascal Mangin. 

Concernant l’Alsace du Nord, aucune collectivité n’a sollicité la région pour intégrer Plato, ce qui n’empêche pas d’accueillir des équipes de tournage. Un court métrage de Jean Meyer réalisé dans le cadre de ses études à l’École de la Cité de Luc Besson, par exemple, le film a été tourné à Haguenau.

Les Festivals pour créer 

des vocations

Les festivals comme Augenblick (films de langue allemande) en Alsace, sont des maillons essentiels de la diversité culturelle régionale. Depuis plus de 25 ans, Le Festival international du Film fantastique de Gérardmer crée l’événement (26e édition du 30 janvier au 3 février dernier). Cette année encore, le Festival a renouvelé l’opération Jury Jeunes. 9 jeunes cinéphiles ont constitué un jury officiel et vécu une expérience unique. Comme les jurys professionnels, ils ont remis le Prix du Jury Jeunes de la Région lors de la soirée de clôture du festival. Parmi les jeunes cinéphiles, il y avait deux Bas-Rhinoises, Eléa Koch du Lycée Stanislas de Wissembourg et Louisa Bablin, du Lycée International des Pontonniers de Strasbourg. « Avec près d’un million de jeunes âgés de 15 à 29 ans, le Grand Est est la 3e Région la plus jeune de France (hors Ile-de-France). Ce constat nous oblige, car notre jeunesse est une richesse dont les potentialités doivent être soutenues, mises en valeur et dynamisées. Avec le Jury jeunes du Festival international du Film fantastique de Gérardmer, la Région accompagne les jeunes qui seront peut-être les cinéastes de demain », affirme Jean Rottner, Président de la Région Grand Est. De quoi imaginer qu’à l’avenir, d’autres César récompenseront des artistes du Grand Est et… des Alsaciens.   

Loin des César et des réseaux de distribution, un jeune réalisateur se débrouille tout seul (Maxi Flash avait déjà parlé de lui dans son
N° 147). Benjamin Steinmann, infographiste de Hunspach, son village d’enfance, a réalisé un film à partir d’un scénario écrit quand il avait 12 ans. Un vrai film avec de vraies caméras et des comédiens (ses amis). Passionné par les Malgré-Nous et les histoires que lui racontait sa grand-mère, à 29 ans, Benjamin Steinmann s’est engagé dans une aventure un peu folle, il a dépensé ses économies (4 000 euros) pour réaliser son film et son rêve. In Memoriam a été diffusé au Mégarex de Haguenau en décembre, il passera à l’UGC Ciné Cité de Strasbourg le lundi 25 mars à 20h. On est loin des Tuche, loin des superproductions et des récompenses des César, loin du cinéma indépendant, mais ce film existe, il a été fabriqué en Alsace du Nord, et c’est assez rare pour être signalé.