Le football féminin : il était temps

Depuis plus de cinquante ans, Marilou Duringer-Eckert se bat pour la reconnaissance du football féminin. Pionnière de la pratique en France et présidente du FC Vendenheim depuis 2013, elle revient pour Maxi Flash sur l’évolution du foot féminin à l’occasion de la Coupe du monde féminine 2019 dont le coup d’envoi aura lieu vendredi prochain.

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MAXI FLASH : Qu’attendez-vous de cette Coupe du monde ?

Marilou Duringer-Eckert : J’attends surtout que toutes les équipes produisent du très beau jeu, et que par ce biais, elles fassent la promotion du sport féminin. Nous n’avons que 150 000 licenciées et cette édition est déjà une réussite pour la France. La fédération a tout fait pour qu’elles réussissent, du point de vue organisationnel déjà, et promotionnel je le pense, plus que précédemment en tous cas. Pour le côté sportif, je suis certaine que les filles feront la différence sur le terrain. Je pense que Corinne Diacre (l’entraîneuse de l’équipe de France) leur transmettra sa hargne. Je suis intimement convaincue que si les filles suivent ses directives, on ne peut que réussir sur le terrain. À mon avis ce sera une grande réussite.

M.F. : Avez-vous l’impression que cette édition génère plus d’enthousiasme que les
précédentes ?

M.DG : C’est évident. Et c’est aussi une pression supplémentaire que l’on met sur les épaules des joueuses. On veut enfin la réussite que nous n’avons jamais connue. Après la demi-finale de la Coupe du monde 2011 (qui a eu lieu en Allemagne), il y a eu une vraie effervescence du côté des supporters français, et depuis on parle beaucoup plus du football féminin. Je vois clairement la différence : les mentalités ont changé et les générations ont évolué. Pour ce championnat, même si les stades seront moins grands que chez les hommes, il y a fort à parier que les gradins seront pleins, car tout le monde veut voir l’équipe de France gagner.

M.F. : En France, l’intérêt pour le football féminin grandit, mais cela a pris beaucoup de temps. Pourquoi, selon vous ?

M.DG : Je trouve qu’en France, dans le football ou ailleurs, le sport féminin n’est pas roi. Comparé à l’Allemagne, où il y a quarante ans déjà tout le monde trouvait ça normal que les femmes jouent au foot, la France a toujours eu beaucoup de retard. Même lorsque nos équipes nationales réalisent de grosses performances, on n’en parle pas beaucoup ; j’ai été déçue pour le handball par exemple.

On n’a vu trois fois rien, alors qu’elles étaient finalistes ! Heureusement aujourd’hui les parents des joueuses sont plus jeunes et acceptent beaucoup mieux la pratique du football. Ce n’était vraiment pas le cas à mon époque, je n’étais entourée que de dinosaures ! Évidemment, il y a encore du boulot et des réticences, j’entends toujours des parents dire « j’aurais préféré qu’elle fasse un autre sport », mais ça évolue. Aujourd’hui, les filles viennent naturellement au football, donc c’est déjà gagné.

M.F..F. : On est sur la bonne voie ?

M.DG : Par la force des choses, le foot féminin va s’améliorer. On est sur la bonne voie, oui, mais il y a encore beaucoup de choses à faire. Quoi qu’il en soit, on ne peut pas se comparer au football masculin : économiquement, on n’est pas sur la même longueur d’onde. Le football masculin génère beaucoup d’argent (ce qui aide le football féminin heureusement), et j’ose espérer que les choses s’amélioreront pour les femmes aussi et que l’on pourra attirer plus de sponsors et faire vivre nos clubs et nos joueuses.

Cela ne passera que par un beau jeu et de beaux résultats, mais je n’ai aucun doute là-dessus, cette coupe du monde sera une réussite.