Déconfinement : Le chantier d’ampleur du bâtiment

La rénovation du collège de Brumath est le premier grand chantier à redémarrer dans le Bas-Rhin depuis le déconfinement, et se fait l’exemple réussi d’une reprise généralisée d’un secteur en crise, comme beaucoup d’autres, et où « exception » et « distanciation » sont devenus les maîtres mots pour appréhender les prochains mois.

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Rénovation du collège de Brumath

Pas à pas, la société reprend forme, différemment. Parmi les travailleurs essentiels à la reprise économique figurent artisans et ouvriers du secteur BTP, premiers au front pour la relance de l’activité du pays. La plupart n’ont pas tout à fait suspendu leur activité pendant le confinement, se trouvant même parfois plus sollicités que jamais et adoptant des précautions inédites dans les équipes les plus nombreuses. Depuis le 11 mai, l’activité reprend plus largement sur les chantiers, annonçant des réorganisations sur le long terme pour limiter la promiscuité et la propagation du virus. La rénovation du collège de Brumath, initiée en juin dernier, canalise ces inquiétudes et réactions.

UN BESOIN DE REPRISE

« Le chantier du collège de Brumath, est le premier grand chantier à redémarrer pour le Département depuis le début de la crise du Covid-19, conformément aux recommandations nationales du secteur, via l’Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics (OPPBTP ) » tient à rappeler Etienne Wolf, maire de Brumath et vice-président du Conseil départemental du Bas-Rhin. Avec le port du masque et toutes les mesures de protection et de précaution de rigueur, il est important pour lui que ces chantiers redémarrent pour accompagner la reprise d’activité.

« Il faut veiller à ce que les différents corps de métiers, les différentes entreprises, puissent travailler ensemble [..] avec une organisation et des mesures particulières pour protéger la santé des ouvriers » insiste Etienne Wolf

Cela dit, bien qu’il soit maître d’ouvrage, ce n’est pas le département qui a pressé l’horloge pour réinvestir le chantier, mais plutôt les entreprises sous-traitantes qui ont souhaité reprendre le travail. Il faut relancer la machine. La chef de projet du Département du Bas-Rhin en charge des travaux du collège, Anne Turin, a donc réuni les différentes sociétés collaborant sur la rénovation pour annoncer la reprise avec de nouvelles règles.

Projection numérique du futur collège de Brumath – OSLO Architectes

S’ORGANISER EN EQUIPE

« Après avoir reçu les premières demandes d’entreprises souhaitant reprendre le chantier, et avoir consulté le coordinateur SPS — personne dont le rôle est de gérer la mise en place des règlementations de sécurité et de santé sur le chantier —, l’équipe a intégré de nouvelles mesures strictes en rapport à l’épidémie. Une fois le plan général de construction mis à jour, il a été transmis aux entreprises souhaitant reprendre l’activité, qui elles même ont dû mettre à jour leur PPSPS (plan particulier de sécurité de protection de la santé), toujours en accord avec les recommandations nationales de prévention des risques. »

Cette règlementation formalisée en plusieurs échelles — partant des recommandations nationales, au plan général de construction du chantier, jusqu’aux directives des sous-traitants en interne — est censée garantir une application concrète des gestes barrière. Désinfection systématique des locaux de la base vie, port de masques, de gants, roulement des effectifs au réfectoire… mais aussi mise en place de zones de travail spécifiques pour chaque corps de métier : les mesures semblent avoir été bien réfléchies avant d’être intégrées. Reste le facteur humain, et un flou qui persiste malgré la bonne direction de la reprise « En raison de cette nouvelle organisation par zone, on ne peut pas encore clairement mesurer l’avancement des travaux. », explique Anne Turin. Quoique l’horizon général reste limpide : dès la semaine prochaine, de nouvelles équipes intègreront le chantier pour prolonger les travaux de rénovation comme prévu, avec seulement deux mois de décalage sur le calendrier initial.

Collège de Brumath : avancement du chantier

TROUVER DES SOLUTIONS

Faire des efforts pour s’adapter : c’est le lot de tous, et particulièrement pour les entreprises privées. Betty Fehr, directrice du département béton prêt à l’emploi (BPE) de l’entreprise familiale du même nom, basée à Reichshoffen, gère une équipe de 150 personnes comprenant une flotte de chauffeurs qui effectuent des livraisons tant aux particuliers qu’aux petits artisans et aux grandes entreprises comme Vinci. En raison de ces effectifs nombreux, il a fallu s’organiser rapidement afin d’éviter la propagation du COVID19. L’ensemble du groupe FEHR a donc mis en place une cellule de crise, active dès le 25 février, développant une communication claire entre ses collaborateurs pour limiter les contacts physiques avec les clients ; un « must have » pour eux, même avant la projection d’un confinement.

Comme beaucoup de leurs concurrents, fournisseurs et collaborateurs, à la suite de l’annonce gouvernementale du 17 mars, ils se sont retrouvés sans clients. « On a heureusement pu remplir le carnet de commandes et poursuivre l’activité à partir du 23 mars, sur la demande pressante d’artisans anxieux sur la reprise de leur activité, et parce qu’on était préparés en amont à la situation, nos collaborateurs plutôt confiants », explique la directrice.

Depuis l’ouverture de leur nouvelle plateforme en ligne il y a deux ans, et grâce à un système de livraisons dématérialisées, tout le flux de vente a pu se faire — de la commande, au paiement, jusqu’à la réception — sans aucun contact physique pour les clients et transporteurs. Cette solution quasi miraculeuse a permis de prolonger leur activité et de soutenir les petits artisans en péril. Par ailleurs, pendant le confinement, ce fut un peu partout le même combat : on a joué de ses cartes pour maintenir l’activité, la suspendre tout en évitant la casse, éviter la faillite. 

SE PRÉPARER POUR L’APRÈS

Alors évidemment, en fonction de leur taille et de leur activité, toutes les entreprises de BTP ne sont pas égales dans leurs moyens de faire face à la crise économique qui arrive (elles ne l’ont pas été face au début de la crise sanitaire). C’est aussi un secteur le télétravail est forcément moins fréquent, voire impossible. Les PME sont en souffrance. La mise en place des gestes barrières présume aussi une augmentation des coûts de personnel, avec l’achat de masques pour les employés, ou la mise en place d’équipes à effectifs réduits entraînant des dépenses pour les salariés inactifs ou en semi-activité. L’avenir demeure incertain pour beaucoup de sociétés, même si, comme expliqué plus haut, certaines ont signé encore plus de devis ces deux derniers mois. Il va falloir faire preuve de résilience et d’ingéniosité, du moins jusqu’à la fin des chantiers en cours.