Le boom du célibat

En 2021, les célibataires ne sont pas seulement des étudiants ou des jeunes indépendants mordant dans la vie en quête de liberté, ils sont aussi des quadragénaires qui, en raison d’une vie professionnelle bien remplie, ne trouvent pas le temps pour de nouveaux contacts, des divorcés qui ne savent plus comment s’y prendre avec la vie à deux ou, puisque la durée de vie s’est allongée, des seniors. Si pour certains c’est un choix (assumé ou pas), pour un célib sur trois, c’est une source de souffrance, et la pandémie de Covid-19 n’a pas arrangé leurs affaires. La première « mise en couple » est devenue plus tardive et l’augmentation des séparations et des divorces depuis les années 70 s’accompagne d’épisodes de vie en solo plus longs. Plus d’une personne sur cinq âgée de 26 à 65 ans est célibataire. Un chiffre qui gonfle depuis 10 ans, un véritable célibat boom.

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Vivre célibataire n’est pas la même chose que vivre seul. Une large part (42 %) des célibataires ayant répondu à une enquête Épic il y a quelques années habitent avec d’autres personnes (enfants ou colocataires). Et puis, le célibat ne correspond pas forcément à une absence de relations intimes. Sans être engagés dans une vie amoureuse importante, 29 % des célibataires de 26 à 65 ans déclaraient avoir une ou des histoires qui ne comptent pas vraiment. La vie moderne est faite de périodes en couple et d’autres où l’on reste célibataire. D’après cette enquête, dans un contexte où la norme conjugale est encore très forte, le célibat apparaît d’autant mieux vécu qu’il est davantage répandu autour de soi. C’est le cas des femmes, surtout chez les ouvrières et les employées qui y trouvent un espace d’émancipation. Mais il est moins bien vécu lorsqu’il constitue dans son entourage un écart plus marqué à la norme.

La vie célibataire est plus courante dans les milieux modestes

Les proportions de personnes hors couple diminuent lorsque l’on s’élève dans l’échelle sociale. Ainsi, 29 % des ouvriers et 24 % des ouvrières sont célibataires, contre 13 % des hommes cadres et 18 % des femmes cadres. Interrogée sur leur vécu, seule une minorité considère que le célibat a un effet négatif sur leur vie, le plus souvent que « ça ne change rien ». Notons néanmoins que les parents en situation de monoparentalité et résidant avec un enfant de moins de 15 ans pensent davantage que la vie hors couple complique le quotidien.

Un choix ?

Être ou ne pas être en couple est une situation fréquente et souvent renouvelée, mais est-ce un choix ? Les femmes plus que les hommes (46 % contre 34 %) déclarent que oui, comme les employées ou ouvrières plus que les cadres ou les professions intellectuelles supérieures (43 % contre 33 %). Moins satisfaites de la vie célibataire, ces dernières disent davantage s’être senties exclues. Le célibat moins affirmé dans les classes supérieures semble coïncider avec une norme conjugale plus forte. Dans les classes populaires où la vie hors couple, la monoparentalité et le célibat définitif sont plus répandus, ces situations sont moins stigmatisées.

Pour les trentenaires, le choix est plus clair. Ils sont ceux qui souhaitent le plus souvent vivre en couple. Ils provoquent les rencontres, par Internet notamment. Alors que 7 % des femmes et des hommes s’installent à deux pour la première fois après 30 ans, et environ 1% après 40 ans, la trentaine est un cap ; à ce moment de la vie, la crainte de voir un célibat temporaire et réversible se transformer en un célibat durable ou définitif, est plus forte, c’est même considéré comme un échec, mais la société est en pleine mutation, on divorce de plus en plus facilement (avant 1975, le divorce n’était possible que pour faute). Aujourd’hui, on se sépare davantage, de nouveaux couples se forment et les plus de 50 ans qui ne se sont jamais mariés sont plus nombreux qu’il y a vingt ans.

L’impact de la Covid

La crise sanitaire bouleverse de nombreux secteurs en France, celui de l’amour n’est pas épargné. Les Français boudent les sites de rencontres en ligne. Entre août 2020 et février 2021, dix des plus grands sites en France ont connu une baisse de fréquentation moyenne de 36 %. D’après les chiffres de l’Insee, une majorité des 18 millions de célibataires en France, vivant mieux leur célibat qu’auparavant, semblent ne plus être intéressés par l’amour trouvé sur le web. Mais une étude Ifop menée en mai auprès d’un échantillon de 3 003 personnes représentatif de la population âgée de 18 à 69 ans résidant en France métropolitaine a constaté que les célibataires ont été impactés par le confinement. Cela a altéré leur estime de soi : 74% des Français en couple ont confiance en eux, contre 63% de célibataires. Même impact concernant leur physique : 49% d’entre eux déclarent se trouver beaux, alors que cette part grimpe à 57% pour les personnes en couple. Après trois confinements, 48% des femmes célibataires se trouvent belles. Elles étaient 59% en avril 2019. Cette période a joué sur leur santé mentale, elle a empêché les rencontres.

Pour les célibataires, quelle est la qualité non négociable pour aller loin ?

C’est peut-être une conséquence directe de la pandémie, alors que la confiance en soi est en chute, dans la recherche d’un partenaire les célibataires sont peu à faire du physique un critère déterminant : 36% seulement. Mais les manières et l’éducation sont essentielles pour 50% d’entre eux (62% des femmes et 38% des hommes). Les centres d’intérêt, les passions, les hobbies sont importants pour 34% des sondés, comme les projets de vie pour 32% et l’âge pour 32% des personnes interrogées également. Enfin, 90% des célibataires estiment que l’honnêteté est une qualité qui compte pour aller plus loin dans la relation, mais ils sont solos, ce qui pourrait prouver que cette qualité est une denrée rare et qu’il vaut mieux être en accord avec soi-même que malhonnête à deux.

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