La place des femmes, un territoire en conquête

Olympe de Gouges, pionnière du féminisme, femme de lettres devenue femme politique et guillotinée en 1793 ne s’y trompait pas lorsqu’elle déclarait : « La femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune ! ». À l’occasion de la Journée internationale des Droits des Femmes du 8 mars, dans une société où le féministe n’a pas toujours bonne réputation, la place des femmes, loin d’être une évidence, gagne du terrain. La mutation est lente, mais le changement est en marche.

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Pourquoi les femmes ont tant de mal à pénétrer la chose publique ? Pourquoi, alors qu’elles ont acquis l’égalité civile, l’instruction, le salariat, rencontrent-elles autant de difficultés pour parvenir aux commandes de la cité ? Dans son livre « La Place des Femmes, une difficile conquête de l’espace public » qui vient de sortir, Michelle Perrot, professeure émérite qui a codirigé les cinq volumes de l’Histoire des femmes en Occident (1991-1992) explique que la place des femmes dans l’espace public a toujours été problématique. L’auteure a suivi des femmes dans la cité, des femmes aux prises avec une citoyenneté politique qu’on leur interdit, mais qu’elles investissent progressivement. Les résistances sont encore nombreuses et son ouvrage est le témoin des frontières entre les sexes qui, si l’on reste optimiste, se décomposent petit à petit.

Féminisme et décolonialisme

Partout dans notre société, il semble que les femmes gagnent du terrain pour prendre une place légitime. En effet, ce qui devrait être une évidence ne l’est toujours pas, le patriarcat a la peau dure. Et le colonialisme est encore omniprésent dans la société
française : « Comment imaginer que plus de cinq siècles d’histoire coloniale n’aient pas affecté la société française dans ses profondeurs ? La France s’est construite sur cette image d’empire colonial », explique Françoise Vergès, politiste, présidente du collectif « Décoloniser les arts », qui appelle à penser ensemble féminisme et décolonialisme. Son livre « Un féminisme décolonial » s’ouvre sur la grève des salariées de nettoyage de la Gare du Nord à Paris. Pour Françoise Vergès, il était important d’ancrer sa réflexion au niveau du droit du travail.

Sans le métier de ces femmes chaque matin, le monde ne fonctionnerait pas. Leur vie est exemplaire pour comprendre la convergence entre différentes dominations. L’auteure parle de la colonialité, celle qui décide qu’il y a une manière d’être, une manière d’être humain, d’être citoyen, une manière d’être une femme, d’être un homme. Être décolonial, c’est s’attaquer à cette colonialité.

La Ligue Nationale des Électeurs Féminins brandissait des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : «VOTE», le 17 septembre 1924. Des millions de femmes ont voté en 1920 et 1924, mais dans une proportion moindre que les hommes.

La société se transforme, à petits pas, mais elle se transforme

Un sondage INSEE indique que les femmes créent une nouvelle entreprise sur trois alors qu’elle représente un actif sur deux. Ce chiffre peut s’expliquer en partie avec une étude de l’Université Princeton Illinois qui a démontré que les petites filles commençaient à développer un complexe face aux garçons et à censurer leurs rêves dès l’âge de cinq ans. La cause serait les stéréotypes culturels et les préjugés sexistes implicites.

Autres statistiques : en France, 3% des présidences d’entreprises et 15% des positions dans leurs instances exécutives sont féminines, alors qu’en classe de 3e, les filles sont 85,9% à maîtriser les bases du français et 80,5% celles des sciences, contre 72,3% et 76,2% chez les garçons. Mais les choses sont en train de changer, la société se transforme, à petits pas, mais elle se transforme. Il faudra du temps pour inverser la tendance. Par exemple, depuis leurs créations en 1901, sur plus de 900 personnalités récompensées par un prix Nobel, une cinquantaine sont des femmes.

Foule de partisans du suffrage féminin manifestant avec des pancartes lisant « Wilson Contre les Femmes », à Chicago le 20 octobre 1916. Wilson a retiré son soutien au vote des femmes jusqu’en 1918.

Les choses seraient peut-être plus simples si l’on ajoutait une dose de féminisme dans son café chaque matin

Alors, pour établir les équilibres, les combats féministes ont beaucoup attiré l’attention ces dernières années. Le jugement exemplaire de l’affaire Harvey Weinstein, les témoignages de l’actrice Adèle Haenel, le livre de Vanessa Springora, les nombreux documents (films et ouvrages) ou le mouvement #MeToo ont fait plus qu’éveiller les consciences. Mais problème : le féministe reste très impopulaire. Seulement une femme sur deux et un homme sur cinq se déclarent féministes.

Pourtant, 80% des citoyens déclarent être en faveur de l’égalité des droits et des traitements entre femmes et hommes dans tous les domaines. On peut se demander ce qu’il y a dans la tête des 20% qui sont contre.

Les idées reçues associées au matraquage des mouvements féministes créent une forme de rejet, les féministes sont encore souvent vues comme des femmes qui ne se maquillent pas, qui ont du poil sous les bras et la haine des hommes, ce qui n’a rien à voir évidemment. Alors, le féministe c’est quoi ? Restons simples et voyons ce que dit Wikipédia : Le féminisme est un ensemble de mouvements et d’idées philosophiques qui partagent un but commun : définir, promouvoir et atteindre l’égalité politique, économique, culturelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes. Voilà un énoncé plutôt clair. Être féministe, ce n’est pas défendre les femmes coûte que coûte. Peut-être que dans un avenir proche, la journée des Droits des femmes aura disparu, ce jour-là, l’Homme aura fait un grand pas.