La mode : un désastre pour la planète?

Douze chemisiers, une quinzaine de robes, un nombre incalculable de t-shirts et beaucoup trop de jeans pour mon unique paire de jambes… Lorsque j’ai décidé, il y a quelques mois, de faire le bilan de ma penderie débordante, j’ai bien cru que j’allais m’évanouir. Un soir, avachie sur mon canapé après une journée de travail, je me laisse tenter par le documentaire du siècle : The True Cost (le véritable coût). Je découvre avec horreur les secrets de fabrication de ma combinaison fleurie préférée, achetée quelques semaines plus tôt dans une grande enseigne. Difficile de fermer les yeux après de telles révélations : la mode est la deuxième industrie la plus polluante du monde.

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12kg, c’est en moyenne la quantité de vêtements qu’un Européen achète chaque année, selon Greenpeace. En l’espace de 15 ans, la consommation occidentale de vêtements a doublé. C’est le phénomène de la « fast fashion » ou de la « mode jetable » : des vêtements toujours plus nombreux, à des prix toujours plus bas, et rapidement démodables. Les conséquences environnementales et sociales sont désastreuses.

Des conditions de travail en soldes

Souvenez-vous. Le 24 avril 2013, à Dacca, capitale du Bangladesh, le Rana Plaza s’effondre. Cet immense bâtiment de huit étages abrite alors six usines textiles qui fabriquent des vêtements pour des distributeurs tels que Gap, Benetton, C&A, Mango. Ce jour-là, 1127 personnes perdent la vie. Le monde occidental prend alors conscience de la face cachée de leurs garde-robes. Mais sept ans après la catastrophe, aucune grande avancée n’a été constatée quant aux conditions de travail de ces employés. Malgré une augmentation de leur salaire de 28 à 60€ mensuels, les Bangladais restent les travailleurs du textile les moins bien payés du monde. Et des usines comme celles-ci, on en compte 5000, rien que dans leur pays.

Effondrement du Rana Plaza au Bangladesh, le 24 avril 2013.

C’est un désastre pour la planète. La moitié des vêtements produits dans le monde ne serait jamais portée. Beaucoup d’entre eux sont jetés, brûlés. Et dans les placards des Français, ce sont cinq milliards d’euros d’habits qui dorment paisiblement.

1 t-shirt = 3000 litres d’eau

Une aberration lorsque l’on connaît l’impact de leur fabrication : pour un seul t-shirt en coton, vous aurez besoin de quelque 3000 litres d’eau et d’une vingtaine de pesticides. Et pour son homologue en matière synthétique, c’est encore pire. Créé à partir de pétrole, son empreinte carbone est 2,5 fois plus importante. Plomb, mercure, cuivre, chrome et tant d’autres substances toxiques (extrêmement néfastes pour la santé des travailleurs) sont alors utilisées pour le transformer (le teinter, par exemple). Ces produits chimiques poursuivent ensuite leur chemin jusque dans des rivières à la sortie des usines. Puis vient le moment du transport : entre le champ de coton et la boutique en France, notre t-shirt pourrait avoir parcouru 65 000km, soit une fois et demi le tour de la Terre. Et pour couronner le tout, chacun de ses passages en machine lui permettra de se libérer de quelques produits toxiques qui finiront, à leur tour, dans la nature.

Malgré ces constats alarmants, peu d’entre nous sont prêts à abandonner le loisir préféré des Français : le shopping. Alors que faire ?

Des solutions existent

Pour commencer, on sort l’intégralité de sa penderie pour se rendre compte de la quantité astronomique de vêtements qu’elle contient. Un bon tri ne fera pas de mal : on ne garde que ce que l’on porte régulièrement. Et le reste, on en fait quoi ? Pas question de le jeter. Au contraire, depuis quelques années, pour des raisons écologiques et économiques évidentes, le marché de la seconde main est en plein essor. Alors on donne, on échange ou on vend.

La fripe, c’est chic

Très touchés par la cause environnementale, ce sont les jeunes qui ont permis à ce marché de se développer, jusqu’à en faire une réelle mode. La fripe a le vent en poupe, et viendrait même à concurrencer la fast fashion. Terminé, le cliché des magasins d’occasion qui sentent la transpiration. La fripe, c’est chic. Il y en a pour tous les goûts : vintage, luxe, streetwear ou sneakers… On y trouve des vêtements en très bon état, tant ils ont été peu portés. À Vendenheim l’année dernière, une immense friperie de 500m2 a ouvert ses portes : Label Fripe. Les vêtements proviennent exclusivement de dons effectués dans la région dans les bornes du Relais Est, société coopérative alsacienne. Shopping écologique et solidaire garanti ! Dans la même veine, Emmaüs organise régulièrement des journées de ventes à prix cassés.

Label Fripe, immense friperies de 500m2 qui a ouvert ses portes l’année dernière, dans la zone commerciale de Vendenheim.

Quant aux passionnés de marques, pas de panique, on a pensé à vous également. À Haguenau, la friperie Le Concept connaît un franc succès depuis son ouverture en 2018. Passionné de mode et soucieux de son environnement, Maxime Jaeger, 19 ans lors de la création de son entreprise, a eu la bonne idée : ouvrir une boutique qui ne vendrait que de la seconde main de marque. L’emplacement était tout trouvé : à la croisée des lycées. « Les vêtements sont sélectionnés avec soin pour ne proposer que des produits en très bon état », nous explique-t-on. Et le principe du « premier venu, premier servi » plaît beaucoup. Son compte Instagram est suivi par plusieurs milliers de personnes, qui s’informent chaque jour des nouvelles arrivées en magasin. Il faut dire que certaines marques luxueuses comme Burberry ou Supreme, très en vogue chez les jeunes, y sont proposées.

La friperie Le Concept à Haguenau, spécialisée dans les marques

Une nouvelle mode éthique ?

Ceux qui ne peuvent pas se passer du neuf peuvent se rassurer. Des entreprises récentes ont décidé d’agir à leur manière en proposant des vêtements écologiques. C’est le cas du jeune nancéien Davydao qui crée des jeans 100% made in France. Ils sont en effet composés de lin, dont la France est le premier producteur mondial, et que la pluie suffit à faire pousser ! Le tarif est bien plus élevé que pour un jean de fast fashion (environ 140€), mais il s’agit là d’un prix juste pour la planète, pour la qualité et sa durée dans le temps, ainsi que pour les personnes qui y ont contribué.

www.daodavy.com

Jean en lin de la marque nancéienne Davydao, 100% made in France

C’est toute notre manière de consommer qui est à revoir. Un jean qui sauve la planète n’en vaut-il pas dix qui la détruisent ?