La coupe du monde au féminin Du 7 juin au 7 juillet en France.

Un an après les garçons, les filles de l’équipe de France deviendront-elles championnes du monde ? L’aventure serait si belle ! Elle commence dans quelques jours, un mois de football et d’élégance, une couverture média sans précédent, une fête du sport qui devrait booster une pratique qui a le vent en poupe chez les jeunes.

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Et si l’avenir du football, dans l’hexagone comme en Alsace, était féminin ? Dans quelques semaines, sur les lèvres des supporters, avec MBappé et Griezmann, il y aura peut-être Amandine Henry ou Eugénie Le Sommer.

En Alsace, elles sont 5000 licenciées et 350 équipes sont engagées dans un championnat, des chiffres qui augmentent de 15 à 20% chaque année et qui devraient franchir un palier pendant et après la Coupe du monde. Des sections féminines sont ouvertes dans des clubs comme Eschbach, Kurtzenhouse, Ohlungen, Weyersheim, Haguenau, Oberschaeffolsheim, Hatten ou Herrlisheim. La plupart essayent de se développer chez les jeunes filles, comme Hatten depuis presque 10 ans. Le meilleur club alsacien est depuis de longues années l’équipe de Vendenheim qui évoluent en D2, loin devant les autres clubs de la Région, mais le projet du Racing Club de Strasbourg progresse ; contrairement au FC Metz ou aux Girondins de Bordeaux qui « mangent » des petits clubs aux alentours, le Racing est parti du bas de l’échelle il y a six ans ; les filles joueront certainement en D1, comme les garçons, dans quelques années si la politique du Racing va dans ce sens.
Juste avant le coup d’envoi de la compétition, Maxi Flash est allé à la rencontre de deux femmes qui parlent de foot, l’une qui évolue dans le milieu et l’autre à l’opposé, mais elle évoque souvent le sujet dans sa conférence stand-up sur le sexisme dans le sport.

Entretien avec Sandrine Ringler

Sandrine Ringler compte dix-neuf sélections en Équipe de France (de 94 à 99). Conseillère technique de la ligue depuis 20 ans, sélectionneur adjoint de l’équipe de France U19, elle a beaucoup œuvré pour le développement du foot en Alsace. Elle passe en ce moment le plus haut diplôme d’encadrement chez les jeunes.

Maxi Flash : La progression du football féminin est constante depuis quelques années, mais la Coupe du monde devrait lui donner un bon coup de fouet ?

Sandrine Ringler : Nous travaillons beaucoup auprès des clubs et des écoles pour favoriser la pratique chez les filles qui pensent encore trop souvent qu’elles vont jouer avec les garçons, alors que dès le plus jeune âge, en Alsace, les filles jouent contre des filles. C’est en place depuis 2009 et c’est notre grand axe de développement. Dans d’autres régions et même à la fédération, on a mis plus de temps. Le Mondial aura un gros effet sur l’arrivée des petites dans les clubs, et nous avons les structures pour les accueillir contrairement à d’autres secteurs en France. Depuis le début de la saison, nous alertons les clubs sur cet aspect-là. Nous leur avons indiqué que cette année, leurs traditionnelles portes ouvertes doivent se faire pendant le Mondial, car quand les jeunes filles verront les grandes sur TF1, elles auront peut-être envie d’essayer immédiatement. Si les a découvertes sont organisées à ce moment-là, cela facilitera l’accueil au sein des clubs qui seront prêts. L’objectif est de pouvoir accueillir au mieux celles qui auront envie de jouer au foot.

MF : Comment expliquez-vous l’engouement actuel pour le football féminin ? On est loin de l’époque de Marinette Pichon, de votre époque ?

SR : Oui, il fallait connaître et aimer le football, évoluer dans cet univers-là pour savoir qui était Marinette Michon. Aujourd’hui, les infos arrivent, les filles de l’équipe nationale font de la pub. Il y dix ans, utiliser l’image des footballeuses était de l’ordre de l’utopie. Tout a commencé en 2011, quand la télé a commencé à retransmettre le Mondial, quand la France est arrivée en demi-finale. Les mentalités ont évolué. Avant on pensait qu’une fille qui jouait au foot ressemblait à un garçon, alors que finalement, en regardant les matchs, les gens se sont aperçus qu’il y avait de belles jeunes femmes.

MF : Et techniquement, le jeu a changé…

SR : …Oui, comme pour les garçons. C’est lié aussi aux structures d’entraînement. À l’époque de Marinette Pichon, les filles s’entraînaient une fois par semaine. Aujourd’hui, elles s’entraînent cinq fois au moins. Il existe des sections sportives, des pôles espoirs (la première a été créée en 98 à la DTN juste après la Coupe du Monde sous l’ère Aimé Jacquet). Depuis, huit pôles, comme les centres de formation chez les masculins, sont nés. Les filles sont mieux formées tactiquement, techniquement, athlétiquement pour le haut-niveau.

MF : Quand on regarde le foot féminin, on découvre quelque chose de très différent, une sorte d’harmonie qui n’existe pas chez les hommes. L’avenir de foot est-il
féminin ?

SR : Je ne sais pas. Ce ne sont pas les mêmes caractéristiques. L’argent a des incidences énormes qui amènent des dérives. On en est au stade des balbutiements chez les filles, j’espère que l’on ne va pas vivre les mêmes dérives. En fait, je pense que l’on n’arrivera pas à ces extrêmes-là.

MF : Quels sont les salaires des joueuses de l’équipe de France ?

SR : C’est variable. Entre celles que ne gagnent pas grand-chose, ou rien du tout parce qu’elles travaillent à côté, et le plus gros salaire de l’ordre de 35 000 euros par mois pour Amandine Henry (Lyon)… Je crois qu’il y a quatre salaires au-dessus de 15 000 euros, mais tous les autres sont en-dessous et relativement bas. Gaëtane Thiney, plus de 150 sélections, travaille à la fédération, d’autres aussi ont une activité, souvent aménagée. Il n’y a que deux clubs pros, Lyon et le PSG qui proposent des contrats pros à toutes leurs joueuses.

Entretien avec Karen Chataîgner

L’humoriste alsacienne est une femme engagée, dans ses spectacles et ses conférences, comme dans les entretiens pour la presse, son franc-parler ne laisse jamais indifférent.

Maxi Flash : Dans votre spectacle autour du sexisme dans le sport, votre conférence stand-up, il y a un sketch très drôle sur les footballeurs, vous les comparez aux filles, pourquoi avez-vous écrit sur ce sujet ?

Karen Chataîgner : Un jour, j’étais chez moi, je regardais un match, j’ai trouvé que les filles avaient du charisme, un charisme de dingue, la classe des chanteuses d’opéra, elles jouaient un football sans chichis. Quand elles tombent, elles se relèvent, elles ne crachent pas toutes les dix secondes avant de taper dans un ballon, je pense qu’elles font gagner dix minutes de jeu et j’ai écrit un sketch qui compare les codes du foot. Chez les hommes, il faut se jeter sur l’herbe et se rouler par terre pour montrer que l’on a bobo, si l’arbitre ne dit rien, on se relève… J’en mettrais des cartons moi… des cartons de chichi…

MF : Ce sketch marche bien, pourquoi ?

KC : Parce que les gens se disent : « Ce n’est pas faux », ça se voit que les mecs tombent à cause d’un coup de vent… Les femmes sont largement moins médiatisées que les hommes, mais ça commence à changer, car, après le handball, le football féminin a ouvert une porte… Y’a plein de jeunes filles qui vont avoir envie de faire du foot, on va leur dire « oui tu peux, ça passe à la télé ». Il est temps, les filles jouent au foot depuis les années 60, mais avant, quand une petite demandait à jouer, on se disait « merde, elle est lesbienne ».

MF : Vous aimez le foot ?

KC : Non, je n’ai jamais vraiment aimé le foot, à cause de l’ambiance dans les stades, de l’homophobie ambiante… enculé et tout ça, et bien chez les filles, ils ne pourront pas le dire… 

MF : Vous allez suivre les matchs du Mondial ?

KC : Oui, c’est la première fois de la vie, de la télé et du foot qu’il y a une compétition de femmes qui passe sur TF1, ça va changer beaucoup de chose. Les gens pourront voir que les femmes prennent des coups, qu’elles se relèvent, qu’elles ne crachent pas… c’est vrai quoi, pourquoi les footeux crachent ? qu’ils avalent et c’est réglé. Les filles vont montrer un autre style de foot, il y aura beaucoup de choses à apprendre.