Mackwiller : La belle aventure

Mackwiller, l’Alsace Bossue, 600 habitants, et un club qui fait parler de lui depuis trois ans. Pas de pétrodollars, pas d’argent, mais un sacerdoce : l’amitié.

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2018 ou 2019 ? Aucun joueur n’a quitté le club cet été, preuve de la convivialité qui règne au sein du club. / ©DR

En scrollant les championnats de la Ligue d’Alsace, mon regard est attiré par le groupe A du District 3. Mackwiller : 4 matchs, 4 victoires. Google ayant réponse à tout, je situe le village, ses 576 habitants (Insee 2015), et je m’interroge. 

Que se passe-t-il dans ce petit bout d’Alsace, coincé entre Sarre-Union et Drulingen, en lisière du Parc Naturel Régional des Vosges du Nord ? Matthieu Mathia, le jeune président de 37 ans, a le rire facile. « C’est vrai qu’on a très bien commencé, mais on prend comme ça vient. On veut se maintenir et pas passer pour des prétentieux ! » 

Prime de match : bière et casse-croûte

À la discussion, c’est même tout le contraire. Celui qui entame déjà sa 11e année de présidence est déjà content de ce qu’il a : « Tout a été refait il y a une quinzaine d’années. Le terrain, les vestiaires, le club house… On a remis un petit coup de frais cet été. On n’a pas à se plaindre. » Et l’équipe alors ? « C’est clair qu’on ne peut pas rivaliser avec les gros autour, Butten, Avenir, Sarre-Union… Nous, c’est une bière et un casse-croûte après le match ! On est descendu en D5 et on a tout reconstruit sans argent, juste avec une bande de potes. Résultat : deux montées successives, et la saison dernière, on termine troisièmes… » 

Aucun joueur n’a quitté le club cet été

Une prime de match qui vaut sans doute beaucoup plus qu’un petit billet. L’argent dans le sport amateur, c’est le début des embrouilles, et Matthieu Mathia en a conscience. 

« On a des joueurs qui auraient pu aller plus haut, pour de l’argent, mais ils restent chez nous. Si tu veux monter sur du court terme, tu peux aligner, mais le jour où t’as plus d’argent, t’as plus de club. » Et preuve supplémentaire que le foot amateur, c’est autre chose que cela : aucun joueur n’a quitté le club cet été. « C’est un signe fort. » 

Que demander de plus ?

Ce petit club de petit patelin va sur ses 85 ans, qu’il fêtera l’été prochain. Rien que ça, c’est une fierté. « C’est vrai aussi qu’on peut s’appuyer sur des anciens comme Jean-Paul Klersy, un des vice-présidents, qui s’occupe des jeunes aussi. Ça fait plus de
40 ans qu’il est là ! »
Autrement dit, il jouait en bleu – ou blanc – que son président actuel n’était même pas encore un projet de bébé. « On aimerait toujours plus de bénévoles, mais ceux qu’on a sont hyper impliqués », souligne encore Matthieu. 

Dans un monde idéal, quels projets le ‘prési’ aimerait-il voir aboutir ? Après avoir immédiatement apprécié le « soutien de la commune », et en le forçant un peu, il avoue qu’un petit aménagement des abords du stade ne serait pas de refus. Mais surtout, les filets pare-ballon. « On a fait une demande à la Ligue, mais on n’a jamais eu de réponse. » Sans doute que d’autres dossiers ont été jugés prioritaires, même si ici, comme sur beaucoup d’autres terrains d’Alsace, les ballons ont une fâcheuse tendance à fuir le cadre et à aller tâter du champ, du jardin, ou de la route. 

Mais Matthieu Mathia ne réclame rien. Juste que la « belle phase se poursuive. » Tiens, au fait, c’est quoi la recette miracle de Mackwiller ? « Je pense que c’est la buvette. »