Jeep Wrangler : la vie d’artiste

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Jeep revoit de fond en comble son mythique Wrangler. Mais l’on ne s’attaque pas à une icône avec la même fougue que pour un véhicule lambda. Les designers l’ont bien compris qui présentent ici une nouvelle copie sans dénaturer ce qui a été à l’origine de la légende du père de tous les SUV.

L’imagerie est tenace et commande des dizaines d’années après les faits. Nous sommes en 1944, les troupes alliées ont débarqué en Normandie et le président américain Eisenhower est en route pour Paris à bord d’un véhicule qui entre alors dans l’histoire de l’automobile pour ne plus jamais en sortir, le Wrangler. Toutes les générations qui succédèrent à cet illustre modèle ont été contraintes, de gré ou de force, d’en adopter les signes distinctifs. Un Wrangler n’est pas jugé à l’aune de ce qu’il apporte comme nouveautés par rapport à ses ascendants, mais bien à l’aune de sa fidélité à sa lignée. Les designers de Jeep ont bien intégré ces codes immuables. Même quand ce mythique 4×4 est revu de fond en comble, comme c’est le cas pour ce modèle 2018, le surmoi esthétique est flagrant. Pourtant, tout est nouveau, ou presque.

Résister à la tentation

La tentation fut grande, pour les têtes pensantes de Jeep, de céder aux modes de notre époque tout acquise aux SUV. Il aurait été facile de piocher dans ce qui a fait le succès de l’excellent Renegade et d’adapter le tout au Wrangler. Mais si l’on note quelques concessions faites à l’ère moderne, comme ce pare-brise revu et corrigé ou la position fantaisiste des phares aux extrémités de la calandre, le Wrangler nouveau ne transige pas avec son histoire de 4×4 infatigable. Certes, il se fait plus accueillant avec son empattement élargi de 2 cm et sa longueur qui gagne 3 cm. Mais c’est pour mieux mettre en confiance son conducteur et ses passagers avant d’affronter un dévers dangereux ou une rivière sournoise. La version 4-portes gagne même 8 cm de longueur hors tout.

Le Wrangler 2018 ne fait pas dans la demi-mesure. Ce choix de ne pas couper la ligne de fuite qui le relie à ses aïeuls se ressent à l’intérieur. Certes, l’équipement est proche de ce que proposent les SUV modernes, mais le confort reste pour le moins rustique. Même constat lorsqu’il s’agit de prendre la route. Nous sommes loin de la conduite aseptisée des crossovers d’aujourd’hui. C’est brut, c’est rugueux, parfois à la limite du confortable, mais le Wrangler offre une expérience unique en son genre. Ses défauts font sa singularité et sont sans doute les principaux points forts de cette version. En resserrant le rayon de braquage de son protégé, Jeep l’a rendu plus à l’aise en ville, mais c’est bien hors de sentiers battus qu’il se sent réellement vivre.

Croqueur de cailloux

Le Wrangler mettra sans crainte le museau là où la plupart des 4×4 actuels n’oseraient même pas mettre la roue. Certes, Jeep a renoncé aux montes 32 pouces de l’ancienne version pour les remplacer par de plus sages BRGoodrich All-Terrain T/A K02 afin de gagner en polyvalence, mais les capacités de franchissements restent intactes. Le constructeur a fait un constat simple : les aventuriers invétérés changent systématiquement les pneumatiques d’origine pour des modèles spécialisés. Le Wrangler reste quoi qu’il en soit intraitable sur route sèche et sur terrains boueux, neigeux ou rocailleux. La plateforme mise davantage sur de l’acier lourd, gage de solidité. Le renforcement de la structure est si important qu’il lui a permis de se passer de 3 traverses. Le gain en poids est de l’ordre de cinquante kilos : l’agilité ne s’en trouve que meilleure. Jeep a ainsi respecté l’une de ses règles d’or : rester fidèle à l’esprit de son Wrangler originel.

Les puristes crieront toutefois au scandale en soulevant le capot où officie un moteur turbo de 2 l aidé par une assistance électrique. Un Wrangler hybride, quelle hérésie ! Pourtant, ce choix technologique prend tout son sens à l’usage : idéal pour le tout-terrain, il permet de bénéficier très tôt dans les tours d’un petit surcroît de puissance et met le Wrangler en conformité avec les normes antipollution actuelles. Le dispositif permet en outre de bénéficier de l’option start/stop. Ainsi doté, le Wrangler « de base » peut compter sur un couple de 400 Nm dès 3 000 tr/min.

Pour les derniers réfractaires à toute forme de modernité, un V6, qui sera remplacé l’année prochaine, est également disponible. Toujours aussi impressionnant, à l’aise en diable hors des sentiers battus et loin d’être impotent en ville, le Wrangler 2018, qui s’affiche à partir de 34 000 €, est ainsi un excellent cru.