Jacques Fortier – Plus d’une tour dans son sac

Cet automne, l’ancien journaliste, retraité des DNA en 2018, a publié une nouvelle enquête de son jeune détective Jules Meyer, Les Neuf Sentinelles des Vosges. Un personnage qui grandit, s’épaissit, mais sans laisser de côté ses failles. Une enquête tout ce qu’il y a de plus humaine au grand air des Vosges.

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Maxi Flash : Jacques, vous étiez encore journaliste quand vous avez commencé à écrire en 2009… C’était une transition facile ?

Jacques Fortier : Dans tout journaliste il y a un écrivain qui sommeille ! (rires) On a toujours la tentation de faire en long ce qu’il faut faire court. Rajouter des détails, allonger un entretien, vouloir tout mettre. Mon premier roman, c’était un jeu, un pastiche de Sherlock Holmes. Ça a très bien marché et je me suis pris au jeu. Aujourd’hui que je suis à la retraite, je suis ravi de faire ça !

On poursuit donc les aventures de Jules Meyer, et on se retrouve là en 1928…

Mon détective a eu 20 ans en 1918. C’était important pour moi. Novembre 1918, c’est la fin de la Grande Guerre, les premières révolutions ouvrières. Cette période de l’entre-deux-guerres, elle est encore proche de nous finalement. Nos rues de villages sont encore très marquées. Quand on regarde des photos, on reconnaît les lieux. Et en même temps, il y a un siècle de distance. Ce n’est pas de l’uchronie, j’essaye que tout soit juste et exact, tout en restant dans le roman d’évasion. Mais je place simplement le contexte, sans faire une réécriture de l’Histoire. Les chiffres sont exacts, l’atmosphère le plus possible.

Dans ce roman, l’enquête se joue autour des tours construites par le Club Vosgien, avec aussi un personnage très attachant, cette Mme Dinghof !

Lucille Dinghof a un petit côté mystérieux. Elle représente un peu son époque. Mais c’est une manière de remercier ma principale source d’inspiration, le club Vosgien. Quand j’étais aux DNA, j’ai suivi les travaux de reconstruction de la Tour de Faudé, à Lapoutroie, en 2002. J’étais alors tombé sur une série rédigée dans le magazine du Club Vosgien sur ces fameuses tours.

L’idée est venue en se promenant ?

Oui ! J’aime bien randonner et la marche est une bonne façon d’avoir des idées ! Je marchais du côté de Saverne, à la tour de Brotsch, et je me suis dit « pourquoi ne pas la faire entrer dans une histoire de Jules ? » Ça collait bien, ça nous faisait voyager dans toute l’Alsace, de Wissembourg au Sundgau. Et puis je me dis qu’un roman de grand air, après trois mois de confinement, c’est pas mal ! (rires)

Les tours, il a fallu aller les voir une par une… ?

Bien sûr ! Elles font partie de la trame du roman, il fallait que ce soit le plus juste possible. Ces tours ont été bâties par le Club Vosgien avec toujours le même esprit : avoir un but de balade et avoir une vue à 360° sans couper des arbres !

Et ce Jules Meyer alors ? Vous l’avez retrouvé comme quelqu’un de proche ?

Ça devient un bon camarade. Il me surprend. Dans mon premier roman, Jules avait 11 ans, c’était un personnage secondaire. Un enfant qui filait un coup de main à Sherlock Holmes. Quand j’ai voulu faire mon premier roman policier, je me suis dit : « je vais piquer mon petit personnage qui avait de l’admiration pour Holmes ». Il devient donc détective privé, mais il a un côté un peu étourdi. Ce n’est pas la machine implacable que peut être Sherlock Holmes. Il a un côté plus humain.

Autre endroit qu’on retrouve souvent, c’est la rédaction des StraSburger Neueste Nachrichten…

Oui, mais là ce n’est pas l’ancien journaliste qui s’amuse à parler du journal : Jules Meyer est correcteur. Au tout début de ma carrière, j’ai travaillé au Nouvel Alsacien, qui avait encore cette imprimerie à l’ancienne, avec le plomb, cette cabine de correction. C’est donc très proche de ce que connaît Jules. Et puis ça m’a permis de m’interroger sur le rapport à la vérité. À un moment Jules s’exclame : « Vous n’avez pas le droit d’écrire ça ! » Sans tomber dans la psychanalyse, il y a aussi des questions que l’on peut se poser parfois quand on est journaliste. Comme l’influence ou non d’un papier qu’on a écrit. Clairement, Jules Meyer a affaire à son enquête la plus éprouvante.

Ce sera quoi le prochain ?

« Un nouveau défi de taille attend Jules. Que diable a fait Gutenberg de 1444 à 1448 ? Si on le savait, on pourrait trancher définitivement si l’imprimerie a été inventée à Strasbourg ou à Mayence. Et pour résoudre son enquête, Jules devra répondre à cette question. J’ai déjà écrit 4 chapitres sur 15. »