Hubert Walter, Maire de Reichshoffen – De la Covid à Alstom

Réélu sans trembler avec presque 55% des voix, Hubert Walter a entamé son quatrième mandat en pleine crise sanitaire. L’autre dossier chaud du moment est le rachat du plus grand employeur de la région, l’usine Alstom qui s’apprête à changer de main. Maxi Flash a rencontré l’édile dans son bureau à Reichshoffen. C’est le temps du dialogue.

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En France, beaucoup de maires ont renoncé à cette fonction de plus en plus difficile. Pas vous. Pourquoi ?

C’est vrai qu’aujourd’hui, c’est un peu moins simple qu’avant. On n’est pas toujours soutenu par Paris, il faut s’adapter, on est entre le marteau et l’enclume comme on dit, mais il y a quand même de belles réalisations possibles, des rencontres magnifiques avec les associations qui m’ont encouragé à continuer, des relations qui se nouent au fil des ans. Nous pouvons poursuivre les missions que nous avons commencées lors du mandat précédent, la revitalisation du centre-ville notamment.

Ça ne vous est pas venu à l’idée d’arrêter, à aucun moment ?

Vous savez, on ne se décide pas deux mois avant d’y aller ou pas, comme le font parfois les opposants. Quand on est dans la fonction, on se demande si l’on a encore sa place, si l’on est utile, si l’on avance ensemble, si l’on progresse. C’est une question quotidienne.

Vous avez été élu sans étiquette, même si votre sensibilité est toujours de droite ?

Oui, je suis dans ce qu’on appelle la majorité alsacienne, mais je ne veux pas donner de couleur à la commune. Je n’ai jamais demandé à mes colistiers ce qu’ils votaient. Chacun est libre de faire comme il l’entend.

Claude Sturni, le maire de Haguenau disait la même chose. Vous êtes proche de lui ?

Nous venons du même quartier. Nous avons vécu des expériences très chaleureuses, très conviviales, porteuses d’envie et de motivation pour agir, et pas seuls dans notre coin. Nous avons partagé des relations humanistes dans la paroisse et je pense que ça nous a marqués. Cela se sent dans notre méthode, dans notre manière d’être.

Qu’est-ce qui vous passionnait ?

Jouer aux cartes ou au ping-pong avec les copains, et faire du camping. On en faisait beaucoup à ce moment-là !

Vous êtes nostalgique de cette époque ?

Non, mais je suis un peu déçu de constater que nos jeunes n’arrivent plus à vivre de cette façon. Aujourd’hui, c’est du zapping. On devient de plus en plus individualiste.

Qu’est-ce qui a le plus changé en vous depuis votre premier mandat ?

J’ai plus d’expérience et ça tombe bien parce que l’on nous pardonne de moins en moins. Je crois que je suis beaucoup plus dans le dialogue, dans le partage avec mes colistiers qu’auparavant.

Il y a quelque chose que vous ne supportiez pas en vous et que vous avez réglé avec l’expérience ?

Je suis peut-être moins intransigeant.

Mais pas moins exigeant ?

Moins intransigeant, mais plus exigeant avec moi-même. Le matin quand je me lève, je pense à tout ce que j’ai à faire dans la journée et le soir quand je rentre, je suis heureux si elle a servi à quelque chose.

Noël approche, il y a beaucoup d’incertitudes. Avez-vous déjà pris des décisions pour la ville de Reichshoffen ?

Nous avons annulé la fête des aînés qui rassemblait entre 350 et 400 personnes à la mi-décembre depuis si longtemps. Il faut être raisonnable. Nous savons tous que l’on ne va pas vers une amélioration. Mais, on souhaite maintenir tout ce qui est logistique, comme le marché de Noël. On va s’adapter en appliquant les règles sanitaires.

Vous avez été élu maire avec 56,31 % d’abstention. Avec le recul, que pensez-vous de ce chiffre et que répondez-vous à ceux qui parlent de légitimité ?

L’abstention a été importante partout, pas seulement à Reichshoffen, mais il faut sûrement faire encore plus attention aux avis exprimés. On a d’ailleurs très vite expérimenté tout cela pendant le confinement. Nous avons énormément échangé avec les médecins, les entreprises, les commerces et les citoyens.

C’était comment Reichshoffen pendant le confinement ?

Très vide. Il y avait un grand respect des règles, mais la communication était intense sur la trentaine de panneaux d’information de la ville notamment, car tout le monde n’a pas Internet. Personne n’avait vécu une telle expérience, personne n’avait été confronté à une telle situation.

À quel point le territoire souffre de l’épidémie ?

Les petits commerces et les petites entreprises font moins de chiffre d’affaires, mais ils tiennent bon, l’activité tourne, les gens commencent à consommer, à sortir, ils sont prudents, mais ça bouge. Le territoire ne me semble pas plus en difficulté que cela. Historiquement, il a toujours été obligé de se défendre, par rapport aux grandes villes, et aussi parce que nous sommes après la forêt ; certes nous ne sommes pas l’Outre-forêt, mais c’est tout comme, et notre tradition industrielle forge des volontés et des caractères, il y a une dynamique très intéressante.

C’est pour ça qu’Alstom, le principal employeur du territoire, a de l’avenir à Reichshoffen ?

Oui, ce n’est pas la première fois qu’Alstom connaît une difficulté ou un changement de cap. C’est la troisième fois depuis que je suis maire.

Vous ne faites pas partie des gens en colère et opposés à cette vente imposée par la Commission européenne ?

Je comprends cette colère. On a tous compris que l’État et la direction générale d’Alstom se sont parfaitement accordés sur le sujet. De plus, on se tire une balle dans le pied en Europe parce qu’on s’applique des règles que les autres ne s’appliquent absolument pas. Il était facile pour l’entreprise de se débarrasser de l’usine de Reichshoffen, parce qu’il y a quelques années, le choix de faire une usine monoproduction a fragilisé le site.

Croyez-vous toujours en Alstom Reichshoffen ?

Les ouvriers d’Alstom ont toujours su montrer beaucoup de volonté et de motivation pour surmonter les difficultés, ils se sont investis. C’est encore le cas aujourd’hui, ils participent au débat. C’est en eux que je crois.

Mais ils se sentent trahis. Partagez-vous ce sentiment ?

Oui. Ils ont le sentiment d’avoir été laissés pour compte, de ne pas faire partie de la famille. Mais ce n’est pas nouveau. S’il n’y avait pas eu cette dynamique partagée entre la direction, les employés et les élus, les difficultés sur Reichshoffen auraient été certainement beaucoup plus importantes.

Qu’attendez-vous du futur repreneur ?

Je souhaite qu’il vienne avec un vrai projet industriel de développement. Sur le site, il y a un département qui travaille pour l’ensemble du groupe dans le monde, nous avons également un travail remarquable, une référence dans les crashs-tests, etc. Il y a un vrai savoir-faire qui doit rester ici, il faut que le repreneur continue à valoriser le site.

Craignez-vous des licenciements ?

Tout dépendra du programme d’investissement que le repreneur mettra sur la table. On va suivre cela de très près avec les syndicats, avec les élus, nous travaillons en concertation.

Pour conclure, à part votre rôle de maire, qu’est-ce qui vous passionne dans la vie ?

La nature. J’ai la chance de pouvoir m’occuper, seul, de mon potager et de mon verger. Et j’y tiens !