Hervé Kerac, Fleur de peau

L’Alsacien Hervé Kérac, un an après la sortie d’un premier album remarqué et gorgé de titres qui tournent en boucle dans les têtes (Passer par là, ailleurs…) est à l’affiche de l’Humour des notes de Haguenau. Il interprétera la plupart des chansons de « La résistance », la première étape de l’envol du poète, auteur-compositeur-interprète à la sensibilité à fleur de peau. Kérac est programmé le 31 mai à 12h et 18h, au QG. Si vous aimez les mots, la poésie, la chanson française, ne ratez pas le rendez-vous.

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Comment avez-vous découvert la musique ?

J’ai découvert la musique grâce à mon père qui est musicien organiste ; il m’a mis sur un piano à l’âge de six ans, la guitare est arrivée plus tard, vers 14/15 ans. À l’adolescence, j’écoutais Nirvana, Bob Dylan, c’est forcément marquant.

À quel moment, avez-vous eu envie de devenir un artiste ?

J’ai fait un bac S, j’avais choisi une carrière plutôt scientifique, mais tout a basculé en première, je suis devenu un fou des mots, de la poésie, de Rimbaud, de Verlaine. Je me voyais parolier. Comme je faisais du piano et de la guitare, je me suis dit que cela pouvait être marrant de mettre de la musique sur de la poésie. Je découvrais Léo Ferré, Gainsbourg, Brassens. La poésie a besoin
de la musique pour exister.

Vous êtes un poète chantant, cette définition vous
convient ?

J’aime bien cette idée-là. C’est ce que m’avait dit Jean-Jacques Debout, un soir à la Closerie des Lilas, à Paris. Je chante, mais le moteur ce sont les mots. D’ailleurs, j’ai de plus en plus envie d’écrire pour les autres.

Justement, parlons un peu de Paris. C’est en faisant vos études que vous avez fréquenté des artistes comme Jean-Jacques Debout, Étienne Roda-Gil ou Renaud, une grande période pour vous ?

Oui, je suis arrivé à Paris après mon DEA pour commencer une thèse et préparer l’Agrégation, mais je passais plus de temps à faire de petites scènes ouvertes devant un maigre public dans les bars. J’ai eu des touches avec une grande maison de disques, mais le principe de réalité fait que j’ai pris un poste de prof; c’est aussi le métier qui me faisait rêver quand j’avais dix ans, mes parents ont mené cette carrière-là et un jour j’ai vu le film d’Arnaud Desplechin « Comment je me suis disputé », avec Mathieu Amalric en prof de lettre.
J’ai fait ça, j’adore la transmission du savoir, mais du coup j’ai mis ma carrière d’artiste entre parenthèses. Je suis revenu en Alsace il y a dix ans, j’ai rencontré une femme qui a partagé ma vie et qui m’a dit que je n’avais pas le droit de laisser tomber mes chansons et ma carrière de chanteur. Peu à peu, je m’y suis remis, j’ai connu le guitariste Raphaël Lamothe. Nous avons fait un album ensemble et j’ai repris la scène.

Qui est Hervé Kérac, en fait ?

Il y a une phrase de Louise Portal que j’aime beaucoup, elle dit
« être poète, c’est cultiver le jardin de ses souffrances ». Et une autre de Renaud, « celui qui n’est pas d’une hypersensibilité extrême n’est pas un poète, c’est juste un escroc ». Ces deux phrases me définissent bien.

C’est étonnant de se définir en citant les autres…

C’est l’humilité, l’antichambre de toutes les perfections, comme disait Sartre, et je récite… Moins on a de connaissances, plus on a de certitudes, cette phrase a gouverné ma vie et m’a donné envie d’apprendre et de connaître.

Pour finir, que représente l’Alsace pour vous ?

Beaucoup et pas grand-chose. Beaucoup, car j’y suis né, mais je me sens tellement universaliste, par nature, citoyen du monde, parfois plus Parisien qu’Alsacien. En même temps, je suis très attaché à ma région, au Racing, etc. Je suis ravi de venir du côté de Haguenau, un coin que je ne connais pas assez.