Haguenau – Éric, Fanny et Titouan, le calme après la tempête

Il est guitariste, elle chante. Éric, 41 ans, et Fanny, 39 ans, se rencontrent en 2019 dans une chorale. Dans la vie, il a été réceptionniste d’hôtel, en ce moment, il travaille comme intérimaire dans une grande chocolaterie. Elle a travaillé comme secrétaire médicale, elle est professeure de français langue étrangère. Fanny est atteinte de la sclérose en plaques. Ils vivent à Haguenau. Il y a neuf mois, ils ont assisté au déplacement du centre de la Terre.

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Au début de leur histoire, Fanny a du mal à marcher, des problèmes visuels lui compliquent la vie. Mais au fil du temps, avec son traitement contre la sclérose en plaques, la situation s’améliore, ils avancent, à deux. Ils s’aiment, c’est du sérieux, ils ont envie de devenir parents. Ils se renseignent, Fanny fait partie d’une association spécialisée dans l’aide des personnes atteintes par cette maladie auto-immune qui affecte le système nerveux central. Les nombreux témoignages les rassurent, on peut devenir mère avec la maladie, elle ne se transmet pas. La décision est prise.

Pendant sa grossesse, Fanny fait face à des crises d’angoisses, c’est son premier enfant, elle a peur de l’accouchement, elle est très fatiguée. Une psychiatre lui parle de l’unité mère/bébé (UMB) que les futurs parents visitent. La possibilité d’y entrer au moment de l’accouchement est évoquée, Éric et Fanny n’y voient pas d’inconvénients si c’est pour le bien de leur enfant. Les semaines passent, la psy aide Fanny à franchir le cap et rapidement, elle va mieux. Plus l’accouchement approche, plus elle est heureuse.

Le grand jour arrive et tout se passe très bien. Un jour du joli mois de mai, Titouan – un prénom de marin – fait son apparition dans ce monde. La maman et le bébé se portent merveilleusement bien. Mais, après la maternité, au lieu de rentrer à la maison où la chambre du bébé est prête, ils suivent les conseils de la psy et décident de passer d’abord par la case UMB. Ils ont confiance et se disent alors qu’avec la maladie de Fanny, pour quelques jours, c’est une bonne idée. Mais ce qu’ils ne savent pas vraiment c’est que ce service accueille des femmes avec des problèmes psychologiques, celles qui font des baby blues aussi. Personne n’a les compétences pour gérer des problèmes neurologiques. En fait, Fanny n’a rien à faire là. Les règles ne sont pas adaptées à sa situation. Le plus souvent, elle n’a pas le droit de faire des bisous à son bébé, de le prendre dans ses bras, de l’approcher de trop près, ni de lui chanter plus de deux chansons par jour. Elle aime tellement chanter. Pour elle, cette situation est un stress permanent, ce qui avec sa maladie provoque des problèmes de mémoire ; elle oublie parfois l’heure d’un biberon, mais rien de très grave, du point de vue des jeunes parents. Fanny affirme même que l’une des infirmières est perverse et malveillante, qu’elle lui répète constamment qu’elle fait mal les choses, elle lui dit de faire attention, ce qui stresse encore plus la jeune maman.

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De son côté Titouan va très bien, il est très calme, très vite il sourira sans se préoccuper de la tempête que vont traverser ses parents. L’infirmière affirme que le bébé est en danger, que Fanny a failli le faire tomber. Éric est là à ce moment-là : pour lui à l’UMB, on fait un drame de rien. Fanny a simplement pris le bébé dans ses bras, il n’y a eu aucun problème. Mais les rapports rédigés de la professionnelle de santé décrivent une situation très négative, l’enfant est en danger avec une mère pareille. Après une semaine, Fanny veut rentrer chez elle, mais c’est devenu impossible. Un entretien pour faire le point tourne au dialogue de sourds, Fanny et Titouan resteront dans ce service pendant… deux mois. Deux mois pendant lesquels même les proches du couple se demandent ce que Fanny a bien pu faire pour être enfermée comme cela avec son enfant. Mais ce n’est pas terminé. La responsable de l’unité se range du côté de ses infirmières et fait un signalement.

UN SIGNALEMENT

Ce qui signifie qu’à partir de là, le dossier passe dans les mains de la justice, qu’Éric et Fanny sont seuls. Ils ne comprennent pas. Au début de l’été, la juge aux affaires familiales qui ne les connaît pas décide, dans un premier temps, de se baser sur le dossier de l’UMB pour rendre une décision. En attendant les résultats d’une enquête, le bébé sera placé dans une famille d’accueil.

UNE FAMILLE D’ACCUEIL

Titouan y restera pendant quatre mois. Quatre mois, avec quelques visites, et assez vite la permission de passer une nuit par semaine avec ses parents. La juge avait besoin des résultats de l’enquête pour prendre une nouvelle décision. Les rapports arrivent sur son bureau et c’est une évidence, même les familles d’accueil sont du côté d’Éric et Fanny, l’aide sociale à l’enfance est sidérée. Personne ne comprend pourquoi Éric et Fanny sont séparés de leur bébé depuis six mois. La juge n’attend pas la nouvelle audience fixée au mois de janvier pour rendre Titouan à ses parents. Le petit est là où il aurait dû être depuis sa naissance, chez lui depuis trois mois.

Tout va bien à présent, l’audience au tribunal de Strasbourg a confirmé la décision de la JAF, le petit marin vient de fêter ses neuf mois.

C’est une histoire qui se termine bien, mais quelles traces laisse-t-elle chez ce jeune couple ? Éric et Fanny ne répondront pas à la question, c’est trop tôt, mais l’on sent bien que c’est compliqué. Avec dignité, ils préfèrent évoquer ce besoin de témoigner, pour éviter que d’autres parents vivent la même chose, pour commencer à se libérer de ces mois d’angoisse, pour passer à autre chose. En parler fait partie du processus. Et la vie fera le reste.

Lorsque l’on devient parents, on dit que l’on assiste au déplacement du centre de la Terre. En observant la joie sur le visage de ce bébé et les yeux que posent éric et Fanny sur lui, on ne peut que leur souhaiter le plus grand des bonheurs dans ce monde. Bon vent. Maintenant, le temps est beau.

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