Germain Schrodi, le nez fin d’un Figaro

La vie de Germain Schrodi est un roman. Pas le genre roman de gare, plutôt d’aventures. Né à Sélestat il y a 75 ans, il aime dire qu’il est coiffeur depuis l’âge de 13 ans et demi. Meilleur ouvrier de France, il a fait partie pendant 30 ans de la haute coiffure française et compte des collaborations avec des marques comme L’Oréal. Avec Lara son épouse, il ouvre un autre grand chapitre du livre de sa vie. Le couple se lance dans une nouvelle aventure avec Air Beauty, spécialisé dans le marketing olfactif et le traitement de l’air. Ils créent des signatures olfactives, notamment pour la ville de Nice et viennent d’être choisis pour « olfacter » la partie wellness du nouveau Nautiland.

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Comment a commencé votre carrière de coiffeur ?

À la maison, nous étions deux garçons, je suis arrivé en seconde position, et mes parents se sont saignés pour payer des études universitaires à mon frère. À moi on a dit « il n’y a plus d’argent il faut que tu trouves un métier ». J’ai répondu un peu bêtement coiffure parce que j’accompagnais ma maman de temps en temps chez le coiffeur et ça m’impressionnait beaucoup quand on lui faisait des permanentes avec des bigoudis dans les cheveux. Mais en fait, j’ai dit ça comme j’aurais pu dire menuisier ou charpentier.

Donc, c’est un vrai coup de chance ?

Oui. J’ai fait quatre années d’apprentissage. Cela n’a pas été facile, car nous habitions Bischheim près de Strasbourg et mon papa m’avait trouvé un maître d’apprentissage à Barr, près d’Obernai. À 13 ans et demi, je partais à vélo avec mes affaires pour la semaine, j’étais nourri et logé. À l’époque ça ne faisait pas peur aux parents de laisser partir un ado avec ses trois slips et ses chaussettes. Entre midi et deux, j’essuyais la vaisselle avec la bonne, je mangeais une demi-heure avant les patrons, c’étaient les restes de la veille. Donc, j’ai commencé au ras des pâquerettes. Si j’ai un sale caractère, je le dois beaucoup à cette période-là. Ensuite, j’ai travaillé pour quelques salons de coiffure à Strasbourg, dont le plus grand, en face du cinéma Vox, qui comptait trente-trois collaborateurs ; ils m’ont envoyé chez Alexandre à Paris toutes les deux semaines pour me former. J’ai coiffé Grace Kelly, Juliette Gréco ou Sophie Daumier.

Et vous êtes arrivé à Haguenau !

J’avais 22 ans, je cherchais à m’installer, mais je n’avais pas de capitaux propres, je n’avais rien. Mon père était contremaître dans une usine et ma maman charcutière dans une boucherie. On m’a parlé d’un salon à reprendre, avec un fonds de commerce correct. Le 18 juin 1968, j’ai ouvert Germain Coiffure rue Marché aux grains (c’est maintenant Koehler Coiffeur). J’ai habité dans le salon, il y avait une chambre avec douche. Pour commencer, je travaillais avec ma femme et une collaboratrice. à Noël, nous étions six, et nous avons fini à 14 dans ce salon. À 27 ans, j’avais 3 commerces et plus tard 3 salons à Strasbourg, 2 à Haguenau et 1 à Wissembourg.

Quelle est votre plus belle réussite ?

C’est d’avoir pu faire vivre de mon travail « artisanal », 50 à 55 personnes pendant plus de 40 ans, moi qui au départ n’avais qu’un certificat d’études primaires. Ensuite, j’ai fait un CAP coiffure mixte, un brevet professionnel, un brevet de maîtrise avant d’être Meilleur Ouvrier de France. Ici, je suis le seul MOF coiffure dame.

Vous parlez de votre carrière avec tellement de passion…

J’ai aimé ce que je faisais. Je n’ai pas eu la chance d’aller à l’université, mais mon université était ma clientèle. C’était assez passionnant. Dans ce métier, tu coiffes une avocate et 5 minutes plus tard la sous-préfète ou une femme de ménage. Si tu n’as pas un peu de psychologie et des connaissances, tu n’intéresses personne, tu ne fais que coiffer, et cela ne suffit pas.

On sent une réelle fierté en vous. Parce que vous êtes parti de rien ?

Oui, surtout quand on vient d’un milieu ouvrier, c’était un plaisir et un honneur de grandir et de faire confiance à des collaborateurs. Tout est allé assez vite, j’ai pu acheter une maison. Une 504 aussi ; j’étais tout fier en arrivant chez mes parents. Petite anecdote: ma mère m’a dit « tu ne te gares pas devant, je ne veux pas que les voisins voient que tu as acheté une voiture de ce type ». Elle qui a vécu avec un patron au-dessus d’elle toute sa vie, elle me regardait avec d’autres yeux, le rapport social avait changé. Plus tard, je les ai fait venir à Haguenau et je les ai accompagnés jusqu’à leurs derniers jours.

Vous avez 75 ans, une épouse de 34 ans de moins que vous, et vous êtes toujours en activité, avec des idées plein la tête. Vous avez créé Air Beauty avec Lara. Qu’est-ce qui vous fait avancer ?

Je suis toujours en action. Et je pense que demain, si on m’enlève mes activités, je meurs. Je ne connaissais pas le marketing olfactif. On m’a expliqué qu’il y avait un marché, et quand j’ai découvert tout cela je me suis rendu compte que rien n’était réellement professionnalisé. L’olfactif est le sens le moins développé par les professionnels, alors qu’il est celui qui se mémorise le mieux. Depuis cinq ans, nous avons rassemblé tous les éléments pour attaquer le marché. Air Beauty s’adresse aux collectivités, aux mairies, aux écoles, aux gymnases, aux transports en commun, aux cabinets médicaux, aux hôtels, aux restaurants ou encore aux domiciles privés. Nous avons créé notre propre collection de parfum, et cela n’a rien à voir avec le parfum corporel. C’est un marché en plein développement et j’ai créé un nouveau métier : olfactisien. Pour olfacter des lieux et proposer des signatures olfactives. Par exemple, le chiffre d’affaires des ventes de pop-corn du cinéma Pathé Brumath a augmenté de 30% depuis que l’on diffuse une odeur de pop-corn.

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