Éveil tardif

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Elle était remontée ma voisine, tellement remontée qu’après notre conversation, elle est remontée chez elle. Tout a commencé par une question quand elle descendait l’escalier : « Tu es woke ou pas ? » Bon, c’est vrai, je n’ai pas répondu immédiatement. Cette question demande réflexion, je ne peux pas m’exprimer comme ça entre deux portes mal fermées, dans les courants d’air de l’histoire, et même si le « wokisme » a le vent en poupe, je n’aime pas que l’on me souffle ma façon de penser. Comme j’étais bouche bée, ma voisine m’a balancé : « Tu n’as pas l’air très éveillé. Tu vis en ouvrant les yeux sur les problématiques sociales et raciales ou pas putain ? » Là, j’ai commencé à sourire, car je venais enfin de comprendre, mais elle a fait la mou, genre pauvre type, tu ne comprends pas qu’il faut garder à l’esprit l’intersectionnalité, mec ! « Moi je suis super woke », elle a ajouté. « Je te parle de notre avenir, je te parle des droits des femmes, je te parle de justice sociale, de l’exclusion des minorités ». Et c’est vrai que j’ai déconné en répliquant « On avait besoin de mettre un mot là dessus ? ». C’est à cet instant qu’elle est remontée. Du coup, j’ai descendu une moitié de bouteille de schnaps en cherchant sur Internet tout ce qui concernait le wokisme, bien décidé à habiter la Terre, conscient et éveillé, même si j’ai une voisine adepte des uppercuts.

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