Éric Greff – Il était une fois Helmut Fritz

Le tube que tout le monde a entendu en 2009 Ça m’énerve (un demi-million de singles vendus et 48 millions de vues sur You Tube) est encore dans les mémoires et sur toutes les lèvres. Dans Rock star sinon rien un livre confession (Chez Anne Carrière), Éric Greff qui est depuis longtemps sorti du costume de son double démoniaque, revient sur ses moments de gloire, mais aussi sur ce qui va avec, l’argent, l’alcool, le sexe, la solitude et la chute. L’artiste ouvre avec beaucoup d’autodérision les coulisses de sa vie et de ce succès fou qu’il est allé chercher avec les dents. Maxi Flash l’a retrouvé à Paris, à deux pas des Champs Élysées.

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©DR

Je vous trouve très courageux, car dans votre livre, vous n’épargnez personne et surtout pas ce « monstre » que vous avez créé, Helmut Fritz, votre double qui est finalement assez loin de vous !

Ce livre était en moi depuis très longtemps, en vrai. J’avais envie de raconter cette histoire pour que les gens sachent que derrière cette blague il y a un artiste, quelqu’un qui a envie d’exister sur scène à travers sa vraie musique.

À un moment de votre carrière, vous avez écrit des chansons pour les autres, ce que finalement vous n’aimez pas. Écrire ce livre était un vrai défi ?

J’aime écrire, j’aime le verbe, mais ce que je n’ai pas aimé dans l’écriture pour les autres, c’était finalement de faire cadeau de chansons que j’aurais pu interpréter moi-même. Elles sont restées dans les tiroirs d’un directeur artistique qui m’a fait miroiter beaucoup de choses. Un livre est un très bel exercice pour quelqu’un qui aime le verbe. Et, même si j’ai un problème de légitimité par rapport aux auteurs dont c’est vraiment le métier, j’en suis hyper fier.

Il y a un truc qui est clair : la star, c’est vous. Vous écrivez que vous aimez prendre toute la lumière, cela vient de quoi ?

Peut-être parce que lorsque je suis né, on a dit à mes parents que j’allais mourir dans les 15 jours, car j’avais un problème au cœur. J’étais un fils unique, un enfant roi, j’ai été hyper protégé et en même temps responsabilisé très tôt. Et puis, j’ai perdu des proches très jeune, la vie est tellement fragile, elle peut basculer tellement vite, c’est sans doute pour cela que j’ai rêvé d’un destin artistique extraordinaire. 

Ce qui est frappant dans ce livre, c’est que vous ne parlez pas de votre jeunesse !

C’est vrai, ce n’est pas ce qui fait le récit, je n’avais pas envie de m’y attarder, car on comprend très bien mon envie de bifurquer au moment où je quitte mon taf pour la prise de risque d’une carrière artistique. J’aurais pu écrire que depuis tout petit j’ai des tocs, des pensées intrusives, c’est très fort lorsque je me sens mal, pas épanoui, pas en sécurité ou quand le vent est contraire, ce qui est tout le temps le cas dans ce métier, mais ce qui était encore plus le cas quand j’étais cadre commercial dans l’automobile. J’avais l’impression de me gâcher. Pendant toute la période de l’ascension au succès, je n’avais plus de toc, mais c’est revenu.

Vous êtes né à Forbach, vous avez eu une enfance heureuse ?

Oui, j’avais mes codes et mes repères dans ma petite ville, je faisais du skateboard avec mes potes, j’étais en sécurité, je ne me posais pas trop de questions sur mon avenir. À huit ans, j’ai fait du théâtre et de la musique vers 12 ans. Devenu adulte, quand j’ai commencé à m’ennuyer, quand les tocs ont commencé à m’envahir, il y a eu cette petite flamme à l’intérieur qui voulait dire que j’étais fait pour autre chose.

Et vous avez découvert Karl Lagerfeld !

Oui, en le voyant à la télé je me suis dit que j’allais créer une marionnette, comme lui, et qu’on allait être obligé de me regarder. À ce moment-là, il était urgent d’exister artistiquement et j’ai inventé Helmut Fritz.

Dans ce livre, vous racontez beaucoup de choses, le succès, votre passage chez Ruquier, la tournée internationale, votre nomination aux Victoires de la musique, et puis la chute. On entre dans les coulisses de votre vie, c’est fort de raconter tout ça sans filtre !

Cet ouvrage est une extension de ce que l’on vit aujourd’hui. Avec les réseaux sociaux, l’artiste est désacralisé, il y a une sorte de proximité, il fait beaucoup plus de vidéos, il est proche de son public. Ce livre c’est aussi cela, il démontre qu’un artiste est un être comme les autres, mais l’image que l’on a de lui n’est jamais réelle. On vend un peu du rêve, mais il ne faut jamais oublier que l’on n’est ni pompier ni chirurgien. Pour moi, on n’a pas de quoi se la raconter. Trop de gens oublient ça.

Vous avez su garder beaucoup d’autodérision. C’est ce qui vous a sauvé ?

Oui. Exactement. Même dans les périodes où j’étais tout en haut. À un moment donné, en Russie, les gens m’ont sauté dessus pour m’arracher mes fringues, je me suis bien dit qu’ils étaient fous, que je n’étais que moi. Je pouvais imaginer cela avec Robbie Williams, mais pas avec moi. C’est marrant.

Helmut Fritz est encore très important pour vous ?

C’est le cœur de mon livre. Quand on me demande ce que je fais dans la vie, j’en parle immédiatement parce qu’avant le succès, j’ai beaucoup souffert; quand je disais aux gens que je faisais de la musique, comme je n’avais rien de reconnu, je me sentais désocialisé, j’étais comme une merde. On me disait « non, mais pour manger, tu fais quoi ? ». Un peu comme une fille qui dit qu’elle est comédienne et à qui on répond, « tu travailles dans quel resto ? » En parlant d’Helmut, je pose le décor.

Après le projet Helmut Fritz et Geronimo, vous revenez avec un autre nom : Rémo. 

Oui, avec mes textes, sensibles, très sombres ou mélancoliques, et je prends encore un nom de scène différent, parce que j’ai besoin d’auréoler le projet avec un bel emballage, Éric Greff ce n’est pas suffisant. Le seul truc que j’ai fait sous mon nom, car il raconte toute mon histoire, c’est ce livre.

Aujourd’hui, savez-vous qui vous êtes ?

Plus j’avance et plus je suis déçu par les êtres humains, cela entraîne beaucoup de cynisme, mais aussi beaucoup de résilience, de la lassitude et de la mélancolie. Mais il y a de belles choses à vivre, la transmission surtout. Humainement, je suis un papa, un mari, un mec qui n’a pas fini de rêver. J’espère être un bon pote, et profondément un artiste, car je serai toujours mieux dans la réalité parallèle, pour éviter que la mélancolie m’explose complètement à la gueule.

Quel est votre rêve le plus fou ?

Mon envie la plus forte plutôt, c’est que toute ma vie je voie de la fierté dans les yeux de ma fille lorsqu’elle me regarde. 


EXTRAIT

… J’ignore à ce moment-là que la joyeuse créature que j’ai créée refusera de me lâcher et me dépouillera de ma propre substance, de mon identité. Le monstre Fritz, truchement de ma transgression, outil d’extirpation de ma normalité, être imaginaire qui dans la mythologie grecque incarne l’obstacle pour le héros (Eliott) ! Voilà exactement ce que j’ai mis au monde : un doppelganger, un double maléfique, car si Éric tentera de tirer un peu la couverture à lui et ne sera pas loin d’y parvenir, il y aura toujours l’ombre d’Helmut dans un coin de la pièce, attendant impatiemment le feu vert pour reprendre un peu de lumière, beaucoup de lumière, toute la lumière. Jusqu’à ce que l’ampoule finisse par cramer.

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