En Alsace, la consigne relancée

Jusqu’au début des années 1990, partout en France, la consigne, cette petite somme supplémentaire payée par le consommateur, était restituée au retour de la bouteille en magasin. Une bouteille en verre pouvait être réutilisée jusqu’à cinquante fois, un geste vertueux pour l’environnement, le consommateur protégeait la planète sans même s’en rendre compte. Mais le système n’a pas résisté à la multiplication des emballages en plastique.

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Aujourd’hui, la consigne a quasiment disparu dans l’hexagone. Le recyclage des bouteilles en plastique n’a pas fait oublier la consigne qui limite pourtant l’usage des ressources naturelles utilisées et permet, selon une étude menée en Alsace et reprise par la fondation Nicolas Hulot en 2017, d’économiser jusqu’à 75 % d’énergie et 33 % d’eau par rapport au recyclage. Heureusement, à l’instar des pays du Nord, l’Alsace n’a pas complètement perdu ses bonnes habitudes.

Dans des pays comme l’Allemagne, les trois quarts des bouteilles sont consignées, un exemple à suivre, même si, dans notre région, les brasseurs d’Alsace qui vendent l’essentiel de leur production sur un petit territoire où les hypermarchés acceptent les consignes, n’ont jamais abandonné la pratique. 25 millions de bouteilles sont encore récupérées chaque année, mais surtout dans l’hôtellerie-restauration. Dans la moyenne et grande distribution, plusieurs centaines de points de vente ont encore une machine à «déconsigner», mais souvent invisibles, bien cachée au fond du magasin.

Les marques alsaciennes s’investissent

Alors aujourd’hui, Carola, Lisbeth, Meteor et l’association Zéro Déchet lancent le réseau Alsace Consigne, une initiative 100 % financée par ces quatre membres fondateurs ! C’est local et innovant, le verre consigné répondant à la fois à la volonté de plus en plus forte des consommateurs de réduire leurs déchets et de consommer des produits locaux.

« Cela fait plusieurs mois que nous avons de plus en plus de consommateurs qui nous demandent où se procurer notre gamme de verre consigné. Les volumes de vente des eaux gazeuses nature en verre consigné en grandes surfaces affichaient d’ailleurs une croissance de + 9 % en 2018 », explique Julian Schmitt, Chef de Groupe Carola. La marque a développé un outil sur son site Carola.fr qui permet aux consommateurs de géolocaliser les points de vente près de chez eux et de trouver les endroits où acheter de l’eau de source en bouteille de verre consignée. Chez Meteor, même son de cloche : « Nous dynamisons déjà depuis plusieurs années la consigne via des opérations et des animations en magasin qui nous montrent la bonne réceptivité des consommateurs à ce type de pratique », affirme Véronique DEBS, Directrice marketing de la Brasserie.

Une réduction de l’impact environnemental

Favorable à l’environnement dans une dimension régionale (au-delà de 300 kilomètres de transport, son intérêt écologique est limité) le verre consigné permet une réduction de 79 % des gaz à effet de serre par rapport au verre perdu (verre à usage unique) selon une étude Deroche. Par rapport aux bouteilles plastiques recyclables PET, à distance de transport équivalente, la consigne réduit de 10 % l’impact environnemental.

La secrétaire d’État en visite en Alsace

Les Allemands ont bien compris que la consigne est économique et écologique. Lorsqu’ils font leurs courses, ils rapportent des sacs remplis de bouteilles en verre et en plastique et récupèrent le montant payé en plus au moment de leur achat. Du coup, dans le cadre du projet de loi anti-gaspillage, Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique, en visite à Kehl, a fait part d’un constat d’échec sur le recyclage en France des canettes en métal et des bouteilles en plastiques, le système est défaillant.

Dans les villes de France, les taux de performances sont inquiétants : 45% des canettes en métal et 55% des bouteilles en plastique (premiers déchets sur les plages en France) sont collectées après avoir été jetées, contrairement à l’Allemagne qui est à 90% de ses bouteilles en plastiques jetées. Pour atteindre l’objectif de La Commission européenne qui a fixé à 90% des bouteilles en plastique collectées et recyclées d’ici 2029, la secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire souhaite développer un système de consigne «à la française». L’idée est de créer de nouvelles machines, un projet très bon pour l’environnement et le marché du travail, car il s’agit d’emplois non délocalisables.

Des objectifs clairs

Le verre consigné est toujours présent sur les tables des restaurants alsaciens, et le réseau Alsace Consigne souhaite le valoriser davantage dans les grandes surfaces. En Alsace aujourd’hui, 30% des magasins sont équipés de machines de consigne, mais, nous l’avons dit plus haut, l’offre manque de visibilité.

Les objectifs du réseau Alsace Consigne sont de promouvoir l’usage de la consigne, de lever les freins d’usage que peuvent rencontrer les consommateurs et les distributeurs, de faire mieux connaître l’offre de produits consignés et ses lieux de distribution, de faciliter l’accès au verre consigné avec la création d’une carte interactive en ligne qui permettra aux consommateurs de repérer les points de vente depuis une application mobile et enfin, d’améliorer la visibilité et l’attractivité de l’offre en point de vente, en partenariat avec des acteurs de la grande distribution et de la filière. En verre, mais pas contre tous.

Infos Alsace consigne :
contact@alsaceconsigne.fr
Sur Facebook : @Alsaceconsigne